Henri Cornat

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Henri Cornat.

Henri Cornat, né à Lunéville (Meurthe-et-Moselle) le 14 février 1903, mort à Valognes le 16 juin 1968, est un homme politique de la Manche.

Il est maire de Valognes (1941-1944 et 1953-1968), président du conseil général de la Manche (1946-1968), et conseiller de la République puis sénateur de la Manche (1952-1968).

Biographie

Fils de négociant[1], Henri Cornat est élève au collège de Lunéville puis diplômé de l’Institut électrotechnique de Nancy et licencié ès-sciences[2]. Après avoir dirigé à 20 ans un secteur de la Société électrique de la vallée de la Meuse[1], l'ingénieur électricien arrive à Valognes en 1927, pour fonder la Société d’Électricité du Cotentin[3]. Sous sa direction, et jusqu'à la nationalisation, l'entreprise électrifie deux tiers de l’électrification du département[1].

Il épouse Suzanne Piroulas à Toul (Meurthe-et-Moselle), le 21 février 1925[1]. Il est élu à la chambre de commerce de Cherbourg en 1937[1].

Passionné d’aviation[3], engagé volontaire dans l'armée de l'air et officier de réserve[2], il est à cette époque le pionnier de l’aéroclub de Cherbourg dont il devient le président [3].

Mobilisé comme lieutenant-pilote en 1939, il revient à Valognes en juillet 1940. L’année suivante, il est nommé maire de la ville par Vichy. « Sa parfaite connaissance de la langue allemande lui permet maintes fois, durant l’Occupation, d’éviter des inconvénients plus graves encore à la population et, très certainement, de sauver bien des vies. Tout cela, il le laisse ignorer », a écrit le journaliste Georges Lepelley (La Presse de la Manche) [3]. Il est nommé conseiller départemental en 1943 jusqu'en 1945.

Il est donc à la tête de la cité quand surviennent les terribles bombardements lors de la Libération. C’est alors qu’il donne toute la mesure de son énergie et de son courage. On le voit toujours au premier rang des sauveteurs. Le 6 juin 1944, on l’aperçoit au milieu du quartier d’Alleaume ravagé. Le lendemain, tandis qu’un déluge de fer et de feu s’abat sur le quartier de la gare, le maire arrive en pleine fournaise au milieu des cratères. Voyant le Refuge en feu, il s’élance dans les flammes et prend dans ses bras la supérieure de l’établissement qui a un pied arraché et la dépose sous un porche. Le 8 juin, le cœur de Valognes est foudroyé par les bombes. Il parcourt les rues en pressant les habitants de s’enfuir. L’enfer va durer jusqu’au 20 juin[3]. En 1948, il reçoit la croix de chevalier de la Légion d'honneur[2].

Démissionnaire peu après la libération, il rentre l’année suivante au conseil municipal sans être candidat, et est élu maire en 1953, puis toujours réélu[3]. En 1953, il est également nommé chef de centre EDF à Cherbourg, puis administrateur d’EDF[3].

Siégeant au conseil général depuis 1945, il en devient le président quelques mois plus tard. Il devait conserver cette fonction jusqu’à sa mort en 1968[3]. Le conseil général investit à cette époque de reconstruction dans l'enseignement et la formation professionnelle, le logement, les infrastructures routières, le tourisme, l'aide sociale, le développement industriel...[2]. Pour reprendre une expression de Léon Jozeau-Marigné, son successeur à la présidence du conseil général de la Manche, il fut « un grand honnête homme », dont le nom mérite d’être associé à l’histoire du département [3].

Il est élu le 21 décembre 1952 au Sénat, où il siège au sein du groupe des Républicains indépendants (RI). Il siège à la commission de la marine et des pêches pendant trois ans et à la commission de la production industrielle à partir de 1953. Réélu en 1955, 1959 et 1965, il est désigné vice-président de la commission des Affaires économiques de la chambre haute.

Cet homme de culture et de science est aussi un gestionnaire avisé. La Manche lui doit notamment la modernisation de son équipement rural au lendemain de la guerre. Les Valognais lui doivent la résurrection de leur cité meurtrie. « Cornat a été l’artisan principal de la reconstruction de Valognes », dit Gaston Monnerville, président du Sénat[3] : « reconstruction de l'église et de l'hôtel de ville, aménagement de jardins publics, expansion économique et touristique, mise en place d'équipements sportifs, construction d'un collège d'enseignement secondaire, d'habitations à loyer modéré, de logements pour personnes âgées, etc. »[2].

Membre de l'Union nationale des cadres et de la maîtrise, Eau-Gaz-Électricité (UNCM) de sa fondation en 1938 jusqu’à la nationalisation des industries électrique et gazière en 1946, il représente ce syndicat au conseil d’administration d’EDF de 1947 jusqu'à son élection comme sénateur[1].

Il est le premier président de l'AS Cherbourg.

Polémique

Le lycée de Valognes porte le nom d'Henri Cornat depuis 1969. Une polémique s'est engagée sur le maintien de ce nom. Certains reprochent à Henri Cornat d'avoir collaboré avec les Allemands pendant la Seconde Guerre mondiale [4]. Pour l'historien Michel Boivin, « Il n'y a pas de preuve de collaboration, ni de résistance d'ailleurs. Mais, à son actif, on peut rappeler qu'il s'est porté au secours des gens dans les bombardements de Valognes. »[5].

En 1986, plusieurs personnalités de la Manche signent une déclaration défendant la mémoire de Henri Cornat dans laquelle ils affirment « l'inanité et le ridicule des attaques dont il est l'objet » [6]. Ce sont : Léon Jozeau-Marigné, Maurice Hébert, président de l'Union départementale des combattants volontaires de la Résistance, Anne Heinis, Ernest Ingouf, ancien premier adjoint de Henri Cornat, Henri Lecacheux, Robert Bastin, ancien directeur régional de la SELF, et René Travert. Ils y soutiennent que le comportement d'Henri Cornat pendant l'occupation a été celui d'« un patriote soucieux d'apporter son concours à la fois à la Résistance et à ses concitoyens »[6].

En rendant hommage à l’ancien membre du Palais du Luxembourg, le président Gaston Monnerville, qu’on ne peut soupçonner de complaisance envers le régime de Vichy, a, à l’avance, répondu à cette accusation en déclarant : « Demeuré officier de renseignements de l’armée de l’air, Henri Cornat allait, tout au long de l’Occupation, apporter aux Alliés, et spécialement aux Américains, un concours précieux que résume cette citation à l’Ordre de la Division, lui attribuant la Croix de Guerre : Officier de renseignements de première valeur. A fourni des indications du plus haut intérêt sur les installations et les travaux de la Lutwaffe dans la partie nord du département de la Manche, ainsi que sur les installations de détection dans la pointe de la Hague. Exemple de modestie, de courage et de dévouement. »[3].

Hommages

À Valognes

Le lycée de Valognes perpétue sa mémoire, ainsi que trois voies de communes de la Manche commémorent également Henri Cornat : la rue Henri-Cornat à Valognes et à La Glacerie, et la rue Président-Henri-Cornat à Siouville-Hague.

La salle de réception de la Préfecture de la Manche est appelée salle Henri-Cornat jusqu'au 6 février 2018, date à laquelle elle est rebaptisée salle Claude-Érignac, du nom du préfet de la Corse assassiné dans l'exercice de ses fonctions vingt ans plus tôt.

Notes et références

  1. 1,0, 1,1, 1,2, 1,3, 1,4 et 1,5 Éric Belouet et Michel Dreyfus, « CORNAT Henri, Michel, Désiré », Dictionnaire biographique des militants des industries électriques et gazières, Le Maitron, 2014. (Lire en ligne).
  2. 2,0, 2,1, 2,2, 2,3 et 2,4 Journal officiel de la République française - Débats parlementaires, Sénat, vendredi 12 Juillet 1968. (Lire en ligne)
  3. 3,00, 3,01, 3,02, 3,03, 3,04, 3,05, 3,06, 3,07, 3,08, 3,09 et 3,10 Jean-François Hamel, sous la direction de René Gautier, Dictionnaire des personnages remarquables de la Manche, t. 2, éd. Eurocibles, Marigny, 2001, ISBN 2914541147.
  4. Boris Thiolay, « Mémoire : Polémique au nom de l'école », L'Express n° 2661, 4 juillet 2002.
  5. « Les années 50 dans la Manche », Ouest-France, hors-série, sd.
  6. 6,0 et 6,1 Ouest-France, 12 mai 1986.

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