Manoir du Tourp

De Wikimanche

Façade de l'ancien logis, qui abrite l'exposition permanente

Le Tourp est une ancienne ferme seigneuriale de la Manche, située à Omonville-la-Rogue, transformée en espace culturel.

Situation

La ferme-manoir du Tourp est situé près de la côte de la Hague, en lisière d'une vallée bocagère. La voie antique Coriallo-Portbail passerait à proximité tandis qu'aujourd'hui le Tourp est légèrement en contrebas de la D911, qui suit la côté[1].

La ferme-manoir

Toponymie

Le fief du Tourp

Le Tourp était l'un des trois fiefs nobles d'Omonville-la-Rogue.

Propriété de Richard Carbonnel, seigneur de Saint-Martin-de-Varreville, Rauville-la-Bigot et Omonville-la-Rogue, le fief passe dans la famille de Sainte-Mère-Église à la fin du XIVe siècle dans la fille de celui-ci, Guillemette, épouse Guillaume de Sainte-Mère-Église[1].

Marié à Anne de Grimouville en 1589[2], Louis de Sainte-Mère-Église s'oppose devant la justice, en 1601, à Guillaume de Surtainville, propriétaire du fief dit « d'Omonville-la-Rogue », pour le titre de seigneur de la paroisse. Le Parlement de Rouen tranche en faveur de Guillaume de Surtainville, Louis de Sainte-Mère-Église prenant le titre de « seigneur du Tourp et d'Omonville en sa partie »[1]. En 1605, le domaine est constitué de 400 acres fieffés, 212 acres non-fieffés, essentiellement recouverts de landes, un manoir, un moulin sieural et un colombier[2].

La petite fille de Louis, Charlotte de Sainte-Mère-Église, épouse en 1657 Jacques de Surtainville, petit-fils de Guillaume, faisant entrer le Tourp. Puis, leur dernière descendante, Charlotte-Catherine, s'unit en 1723 à Alexandre-Robert Le Pigeon, seigneur de la Bellegarde[3] et de Regnoufmesnil. La ferme seigneuriale est ensuite allée au gré des mariages successifs aux Barbou de Querqueville, Le Febre de la Grimonière, Le Vavasseur d'Hiesville, Frigoult de Liesville puis au Traynel en 1855. Vers 1975, l'héritière Traynel, et son mari, Dennis Lavarack vendent la propriété par lots[2]. Les verrières de la chapelle, réalisées en 1979, représentent les blasons de deux de ses familles : celui des de Sainte-Mère-Église (d'azur à six aigles éployés d'or, 3, 2, 1) et celui des Surtainville (d'azur à deux chevrons d'argent accompagné de trois coquilles de même)[1].

Architecture

Enclos de la ferme, avec de gauche à droite les cottins à cochons (derrière l'arbre), le pigeonnier (à l'extérieur de l'enceinte), la porte, la boulangerie, la chapelle, les étables transformées en restaurant

Cette ferme-manoir a subi de nombreuses transformations au cours des siècles. Les différents bâtiments s'organisent autour d'un plan typique du Nord-Cotentin de cour fermée, ici trapézoïdale[1].

Face à la porte charretière, le logis seigneurial de caractère Louis XIII offre une façade asymétrique en moellons de granite. Au centre, la porte est dominée par une imposte elle-même coiffée de trois plaques de schiste en arc brisé et d'un tableau au dessous d'une double fenêtre demi-croisée. Les deux fenêtres à meneaux au rez-de-chaussée encadrant la porte, sont surmontées à l'étage par une demi fenêtre à meneau à gauche, et une fenêtre de lucarne pendante à meneaux au fronton triangulaire[2] qui devait originellement coiffer toutes les fenêtres de l'étage[1]. Un pavillon carré d'angle se détache à l'extrémité est du logis par une légère saillie et par une haute toiture à quatre pans (deux versants et deux croupes), avec des baies alignées : fenêtre à meneaux au rez-de-chaussée, demi-fenêtre à meneaux à l'étage, lucarne sous fronton triangulaire au niveau de la mansarde. Un second pavillon similaire a pu être envisagé sans être réalisé, puisque la partie droite est postérieure à celui-ci, avec une large porte à linteau et deux fenêtres étroites au rez-de-chaussée et à l'étage, sans alignement vertical[2].

A l'intérieur du logis, un couloir qui va de la porte au potager dessert une pièce de chaque côté dôtée d'une cheminée[2]. Dans la tour, trois petites pièces sont superposées : un salon avec boiseries et cheminée du XVIIIe siècle, un cabinet avec latrines, et une mansarde avec cheminée. A l'arrière se loge l'escalier en pierre à demi-volées[1].

De part et d'autre du logis, s'étendent les bâtis agricoles. À l'est, se trouvent initialement la charreterie à deux arcades, les granges, la bergerie et un bûcher. La façade a dû être modifiée suite à un incendie de la grange lors d'une batterie vers 1930, tandis que la spécialisation laitière au début du XXe siècle a amené à aménager la bergerie en étable et le bûcher en laiterie avec deux portes en arc. A l'ouest, également refaits au début du XXe siècle, se succède appentis, passage, écurie, resserre et pressoir[2]. Jouxtant la porte charretière, la porcherie, une remise et l'étable aux veaux à droite, la chapelle domestique et la boulangerie à gauche[1].

A l'extrémité nord du bâtiment occidentale, un escalier à vis « en œuvre » en granite desservait probablement une tourelle[1]. Celui-ci, ainsi que des meurtrières, deux portes au rez-de-chaussée, deux arcades intérieures en plein cintre avec des claveaux étroits de part et d'autre d'un pilier et des corbeaux en pierres, attesterait de l'incorporation d'un manoir primitif dans le manoir du XVIIe siècle[2].

L'angle extérieur du pignon conserve la base sculptée en cul de lampe conique mouluré d'une échauguette aujourd'hui disparue, élément fréquent dans le Cotentin à la fin du XVIe siècle qui témoignerait également de ce manoir primitif et aurait pu être réutilisé pour supporter une statue[2].

À l'extérieur de l'enceinte, un colombier à pied couvert de schiste, face à la porte, et une mare à proximité alimentée par une source captée dans le jardin, attestent des privilèges de ce fief noble comme les droits de pigeonnier et de vivier. Doté de 2 ouvertures, dont la plus basse possède un linteau gravé à la date de 1601, le pigeonnier possède environ 1100 boulins, alternant en quinconce de bas en haut pavés de grès et tablettes en schiste[1]. Décoiffé en 1945, ses plaques de schistes sont utilisés pour le manoir de la Bellegarde. Un buret, près de la mare, date probablement du développement de la production beurrière des petites coopératives au début du XXe siècle[2].

Sur la route, se dresse une croix de chemin, la croix du Tourp ou « croix des trente Anglais ». L'inscription de l'an 1257, postérieure à son érection, n'est pas crédité, contrairement à celle du fût qui indique sa restauration par M. d'Hiesville en 1814[2].

La fin de l'activité agricole

En 1945, l'exploitation s'étend sur 91 hectares (28 de landes, 5 de labour, le reste en herbage), comprend 25 laitières, 18 génisses, 70 moutons, entre 15 et 20 cochons, 2 à 300 volailles dont 20 oies, et occupe un couple de fermiers, une domestique, deux commis et un ouvrier agricole[2].

En 1975, la Société d’aménagement foncier et d’établissement rural de Normandie (Safer) de Basse-Normandie fait valoir son droit de préemption. Rénovée (le logis retrouve schiste et taffettes à boutons sur le toit, la chapelle son plafond de bois en carène, la poutre de gloire sculptée et une porte ancienne) et modernisée (laiterie, salle de traite et parc d'attente dans le bâtiment oriental, stabulation à logettes pour 60 vaches et deux silos à l'extérieur), la ferme réduite à 76 hectares est cédée à la famille Gallis en 1979, qui y installe une exploitation laitière jusqu'en 1994, ainsi qu'un gîte d'étape équestre. Des champs près du buret (transformé en sanitaires) accueillent un camping temporaire pour les ouvriers des chantiers de l'usine de retraitement de la Hague et de la centrale nucléaire de Flamanville[2].

La maison de la Hague

Réhabilitation

En 1994, deux ans avant le départ à la retraite de Jean-Paul Gallis, le Conservatoire du littoral acquiert alors la propriété, et délègue en 1997 sa gestion au District de la Hague pour la mise en œuvre d'un projet en lien avec l'objet du conservatoire[1]. Cette délégation est renouvelée en 2001 pour 30 ans, à la communauté de communes de la Hague[2].

Des travaux importants sont entrepris par le District pour consolider les murs et les fondations et rénover la charpente en la dotant de nouvelles poutres maîtresses de deux tonnes et demi chacune en provenance de la forêt sarthoise du Tronçay, sans retirer la toiture, et en concevant une charpente cintrée en lamellé-collé chêne[1].

A la fin des années 1990, le District de la Hague organise plusieurs spectacles estivaux dans l'enclos, retraçant les légendes locales, comme celle de sainte Colombe, ou évoquant le passé médiéval, avec le Complots des Mesels (1997), et les Cris du Tourps par la compagnie des Fous du Roy (1998)

Le centre culturel

La Maison de la Hague est inaugurée le 28 mars 2002, avec l'exposition La France vue du ciel du photographe Yann Arthus-Bertrand.

Elle est constituée de plusieurs espaces consacrés au patrimoine naturel et culturel de la Hague :

  • La maison seigneuriale accueille l'exposition permanente « La Hague à tous points de vue » consacré à la géologie, au climat, à la faune et la flore ou encore à l'histoire et aux traditions de la Hague, croisés aux paysages des autres côtes soumises au climat océanique (îles Anglo-Normandes, Bretagne, Irlande, Écosse, Galice, Tasmanie...)[1]. Initialement payant, cet espace a été rendu gratuit en raison du faible nombre de visiteurs. Il se complète d'un jardin d'ambiance et d'une boutique.
  • Le corps occidental abrite à l'étage les expositions temporaires, liées aux thèmes de la nature ou de la Hague, qui prennent place dans les anciens greniers. Parmi elles, celles de Yann Arthus-Bertrand (La Terre vue du ciel - 140 000 visiteurs en 2002-, Bestiaux : Un patrimoine français, en 2006, Vivants, en 2007), et de Philip Plisson (La Mer). L'entrée se fait par un l'angle sud-ouest où le passage et l'appentis ont laissé place à un prolongement en charpente mettalique et verre[2]. Les expositions peuvent se prolonger dans la néfile, champ derrière le pigeonnier où sont exposées des photographies très grand format ou des œuvres monumentales.
  • L'ancien pressoir abrite la médiathèque Côtis-Capel.
  • Dans la chapelle, un film retrace l'histoire du Tourp.
  • Dans les anciennes étables un hôtel-restaurant a été aménagé, avec une veranda extérieure à la place de la stabulation.
  • Le Département d'études des paysages océaniques (DEPO) a installé son laboratoire de recherche dans le bâtiment près de la mare[1].

Depuis 2006, le manoir du Tourp accueille le festival des arts de la rue La Rue bucolique à la mi-août.

Le Tourp dans les arts

Le Tourp par François Millet

La ferme est peinte par François Millet (1851-1917) dans une toile exposée au musée Thomas-Henry évoquant comme l'œuvre de son père, le monde rural. Son neveu, Charles Heyman (1881-1915), l'a pour sa part dessinée à la plume[1].

Roman Polanski tourne, en 1978, de très nombreuses scènes de son film Tess, tant au manoir que dans les chemins environnants.

Bibliographie

  • P. Brunet, « La ferme du Tourp à Omonville-la-Rogue », Annuaire des cinq départements normands, congrès de Cherbourg et la Hague, 2008, pp. 69-80

Notes et références

  1. 1,00 1,01 1,02 1,03 1,04 1,05 1,06 1,07 1,08 1,09 1,10 1,11 1,12 1,13 et 1,14 Rémy Desquesnes, Vieilles pierres, vocations nouvelles : les grands projets patrimoniaux en région Basse-Normandie, Conseil régional Basse-Normandie, Caen, 2000 p.98-111.
  2. 2,00 2,01 2,02 2,03 2,04 2,05 2,06 2,07 2,08 2,09 2,10 2,11 2,12 2,13 et 2,14 Pierre Brunet, « La Ferme-manoir du Tourp à Omonville-la-Rogue », Annuaire des cinq départements de la Normandie, 2008.
  3. La ferme de la Bellegarde se situe à côté de l'église d'Omonville-la-Rogue.

Lien interne

Lien externe

Localisation

49°41′15″N 1°50′14″W / 49.6875, -1.83722