Emmanuel Michel

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Emmanuel Michel, né à Saint-Pierre-Église le 27 mai 1901 et mort à Lisieux (Calvados) le 22 février 1992, cheminot, est un résistant déporté de la Manche.

Emmanuel Michel après la Libération.

Biographie

Le 23 août 1924, il entre dans une compagnie de chemin de fer qui fusionnera au sein de la SNCF. Marié en 1927, il a deux enfants.

Lors des élections cantonales d’octobre 1937, le Parti communiste le présente comme candidat au Conseil d’arrondissement dans la circonscription de Trouville-sur-Mer (Calvados). En mars 1941, il participe à l’activité communiste clandestine, notamment par le transport et la distribution de tracts.

Le 1er juillet 1941 au soir, Emmanuel Michel est arrêté à son domicile 5, rue des Écoles à Trouville-sur-Mer (Calvados) [1], puis conduit à la prison de Pont-l’Évêque (Calvados), où il est interrogé sur ses « activités communistes ». Le 21 juillet 1941, il comparaît devant un tribunal français qui décide de sa mise en liberté surveillée : il doit se présenter régulièrement au commissariat pour y signer un registre.

Le 1er mai 1942, à la suite de l’attentat ferroviaire de Moult-Argences [2] (Calvados), il est de nouveau arrêté et son domicile est perquisitionné. Des tracts et des documents clandestins y sont trouvés. Il est ensuite conduit au commissariat de Trouville où il subit un premier interrogatoire devant un Feldgendarme, puis est descendu en cellule ; situation qui se répète à plusieurs reprises.

Le 3 mai, il est transféré à la prison de Pont-l’Évêque. Quatre cents personnes manifestant devant le commissariat, les policiers l’emmènent « dans une auto rapide » pour éviter cette foule. De Pont-l’Évêque, il est conduit à Caen en camion avec 25 à 30 hommes remis aux autorités d’occupation comme otages.

Le lendemain après-midi, Emmanuel Michel fait partie du groupe de détenus emmenés à la gare de Caen et embarqués dans deux wagons de marchandise.

Le 6 juillet 1942, il fait partie d'un convoi composé d'un millier d'otages (résistants et juifs) en route vers l'Allemagne, en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande [3]. Aumont, Bonnifet, Breton, Cadiou, Cardin, Cariou, Datin, Doucet, Fouquet, Hamel, Hodiesne, Lebreton, Édouard et Maurice Lechevalier, Lecrées, Leriche, Levaufre, Longle, Marie, Mauger, Morin, Passot, Paouty, Picquenot, Richard, Siouville, Truffert font aussi partie de ce convoi.

Deux jours plus tard, il est enregistré au camp d’Auschwitz-Birkenau sous le numéro 45878 [4].

Le lendemain, tous sont conduits à pied à Birkenau où ils sont répartis dans les blocks 19 et 20. Le 10 juillet, après l’appel général et un bref interrogatoire, au cours duquel ils déclarent leur profession, ils sont envoyés au travail dans différents Kommandos.

Le 13 juillet, Emmanuel Michel est dans la moitié des membres du convoi qui est ramenée au camp principal d'Auschwitz-I après l’appel du soir. Au cours du premier mois, il travaille dans le kommando de terrassement de la « Hutta » [5], ce qui l’amène souvent à traverser la petite ville d’Auschwitz. Il travaille alors à côté de femmes détenues à Birkenau. Il est ensuite affecté au Kommando spécialisé dans les travaux de route.

Blessé à la jambe gauche depuis le 28 juillet, Emmanuel Michel demande l’autorisation d’entrer à l’infirmerie où il est admis le 12 septembre. Le 17 septembre, il entre au Krakenbaü [6]. Le 19, il est conduit dans la salle d’opération, où le chirurgien, estimant qu’il n’a plus que quelques jours à vivre, décide que son amputation est inutile. Le 2 octobre, il est sélectionné pour la chambre à gaz. Ayant sombré dans l’inconscience à cause d’une forte fièvre, il est sauvé par l’intervention d’un compagnon de châlit et d’un médecin polonais qui inscrit son matricule au crayon sur la poitrine d’un mort ; envoyé au crématoire à sa place.

Début décembre, Emmanuel Michel est de nouveau affecté dans différents kommandos de terrassement. L’un de ceux-ci consiste à niveler un terrain devant recevoir des voies de chemins de fer, à proximité de Birkenau.[7]

Victime du typhus, Emmanuel Michel doit retourner à l’hôpital. En avril 1943, sélectionné pour la chambre à gaz, il s’enfuit et se dissimule toute une journée à l’intérieur du camp. Battu quand il revient à l’hôpital, il en est chassé et affecté au block 6A où, étant le seul Français, les kapos le brutalisent régulièrement. Puis il est dirigé vers le block 25 et affecté aux cuisines, à l’épluchage de pommes de terre.

Le 4 juillet 1943, comme les autres « politiques » français, il reçoit l’autorisation d’écrire en allemand et sous la censure à sa famille et d’annoncer qu’il peut recevoir des colis.

Un soir de juillet, Emmanuel Michel assiste à une pendaison collective qui a lieu, au son de l’orchestre du camp, devant tous les détenus rassemblés sur la place d’appel devant les cuisines [8]

À la mi-août 1943, Emmanuel Michel est parmi les « politiques » français rassemblés entre 120 et 140 au premier étage du block 11, la prison du camp, pour une « quarantaine ». Exemptés de travail et d’appel extérieur, ils sont témoins indirects des exécutions massives de résistants, d’otages polonais et tchèques et de détenus du camp au fond de la cour.

Le 12 décembre 1943, à la suite de la visite d’inspection du nouveau commandant du camp [9], qui découvre leur présence et après quatre mois de ce régime qui leur a permis de retrouver quelques forces, ils sont pour la plupart renvoyés dans leurs blocks et kommandos d’origine. Emmanuel Michel est assigné au block 6A, puis au block 25, parmi les détenus affectés aux cuisines.

Le 3 août 1944, Emmanuel Michel est parmi les trois-quarts des « 45000 » restant à Auschwitz qui sont de nouveau placés en « quarantaine », au block 10, en préalable à un transfert.

Le 29 août 1944, il est parmi les trente « 45000 » intégrés dans un convoi disciplinaire de 807 détenus. Les détenus éprouvent une grande frayeur en se rapprochant des crématoires. En même temps, ils assistent à l’arrivée d’un nouveau convoi de Juifs hongrois. À leur arrivée à Oranienburg-Sachsenhausen, et jusqu’au 25 septembre, les trente “45000” sont affectés au block 66.

Emmanuel Michel est évacué le 21 avril 1945. Du 25 au 30 avril, il est détenu à Wisttock/Dosse (Allemagne). Le 1er mai, sa colonne de détenus est libérée à la jonction des armées soviétique et américaine.

Rapatrié, il retrouve sa famille en France le 23 mai suivant.

Emmanuel Michel décède le 22 février 1992 à Lisieux (Calvados).

Hommage

Par sa délibération du 2 avril 1947, le Conseil municipal donne son nom à une rue nouvelle partant de la rue de la République et aboutissant à la cité départementale.

Notes et références

  1. Par le commissaire de police de Trouville.
  2. Dans la nuit du 15 au 16 avril 1942, le train quotidien Maastricht-Cherbourg transportant des permissionnaires de la Wehrmacht déraille à 17 kilomètres de Caen, à l’est de la gare de Moult-Argence, à la hauteur du village d’Airan, suite au déboulonnement d’un rail par un groupe de résistance.
  3. En application d’un ordre de Hitler.
  4. Ce matricule sera tatoué sur son avant-bras gauche quelques mois plus tard.
  5. Surnommé « le kommando de la mort ».
  6. Blockchirurgical.
  7. Il commence à en apprendre davantage sur le processus industriel de mise à mort. C’est probablement dans ces périodes de travail près de Birkenau qu’il assiste à des arrivées de convois et à la sélection de familles juives vouées à l’extermination.
  8. Il s’agit probablement de l’exécution, le 19 juillet 1943, de douze détenus polonais suspectés par la police politique du camp de complicité avec trois de leurs compatriotes évadés. Les corps sont laissés longtemps sur place pour servir d’exemple.
  9. SS-Obersturmbannführer Arthur Liebehenschel.

Sources

  • Emmanuel Michel, Auschwitz : antre du crime et du sadisme.
  • De Caen à Auschwitz, par le collège Paul Verlaine d’Évrecy, le lycée Malherbe de Caen et l’association Mémoire Vive, éditions Cahiers du Temps, Cabourg (14390), juin 2001, notice biographique par Claudine Cardon-Hamet page 128.
  • Hommes et femmes à Auschwitz, Hermann Langbein, éditions Fayard, 1998, page 128.
  • Claude Doktor, Le Calvados et Dives-sur-Mer sous l’Occupation, 1940-1944, La répression, éditions Charles Corlet, novembre 2000, Condé-sur-Noireau, page 206.
  • Mémorial de la Shoah, Paris, Archives du Centre de documentation juive contemporaine (CDJC) ; liste XLIII-91.
  • Site Gallica, Bibliothèque Nationale de France, L’Humanité 14160 du 25 septembre 1937, page 4, “vingtième liste…”.
  • Service d’information sur les anciens détenus, Biuro Informacji o Byłych Więźniach, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, Oświęcim, Pologne ; page du registre du Block 4.
  • Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), ministère de la Défense, Caen, dossier d’Emmanuel Michel, cote 21 P 597 898, recherches de Ginette Petiot (message 12-2013).
  • Fondation pour la mémoire de la déportation.

Lien interne