Bernard Cazeneuve

De Wikimanche

Bernard Cazeneuve.
Premier ministre le 6 décembre 2016.

Bernard Cazeneuve, né à Senlis (Oise) le 2 juin 1963, est une personnalité politique de la Manche.

Premier ministre du 6 décembre 2016 au 10 mai 2017, Bernard Cazeneuve a été ministre tout au long du quinquennat de François Hollande : ministre délégué aux Affaires européennes (mai 2012), ministre délégué au Budget (mars 2013) et ministre de l'Intérieur (avril 2014). Il a été député (PS) de la Manche de 1997 à 2002 et de 2007 à 2012 et maire de Cherbourg-Octeville de 2001 à 2012.

Biographie

Premiers pas politiques

Bernard Cazeneuve naît dans une famille de gauche, d'un père instituteur, cadre de la fédération du Parti socialiste de l'Oise. À dix ans, celui-ci l'amène à un meeting de François Mitterrand qui devient un modèle politique[1].

Dirigeant des jeunes radicaux de gauche de la Gironde durant ses études à Sciences Po Bordeaux (Gironde), il adhère au PS lorsqu’il s'installe à Paris pour préparer le concours d'entrée de l’ENA. À cette époque, il rencontre Arnaud Montebourg et Thierry Mandon[1] avec qui il rejoint à 20 ans le club politique « Espace 89 » de Laurent Fabius[2].

Il échoue au concours à cause d'une hépatite[1] et entame une carrière de juriste à la Banque populaire, avant d'intégrer les cabinets ministériels. Il devient ainsi conseiller technique au cabinet de Thierry de Beaucé, secrétaire d'État chargé des Relations culturelles internationales en 1991, puis chef de cabinet d'Alain Vivien, secrétaire d'État chargé des Affaires étrangères, en 1992, et de Charles Josselin, secrétaire d'État à la Mer, en 1993. À cette date, il est nommé secrétaire général du Conseil supérieur de la navigation de plaisance et des sports nautiques auprès de son président, Thierry Lajoie.

Mandats à Octeville et Cherbourg

Homme d'appareil, il est envoyé par Laurent Fabius [1] en 1994 dans le canton d'Octeville dont il devient conseiller général. Mettant fin aux divisions socialistes locales qui avaient fait perdre la mairie du chef-lieu en 1989, il s'installe à la mairie d'Octeville en 1995 puis gagne le siège de député de la cinquième circonscription de la Manche en 1997. À l'Assemblée nationale, il est le rapporteur de la mission parlementaire d'information sur la politique de la France durant le génocide rwandais [2].

Après avoir mené campagne pour le « Grand Cherbourg » (fusion des communes de la Communauté urbaine de Cherbourg), il devient en 2001 le maire de la nouvelle commune unifiée, à la suite de Jean-Pierre Godefroy, contre le candidat UMP Jean Lemière. Sa fierté, dit-il, est « d'avoir fait de Cherbourg l'une des villes les moins endettées de France » [3]. Il perd en revanche son siège à l'Assemblée nationale contre ce dernier en 2002.

En 2004, le premier secrétaire socialiste François Hollande le convainc de prendre la tête de la liste manchoise de l'élection régionale en Basse-Normandie après la défection de Jean-Pierre Godefroy. Fervent partisan de l'énergie nucléaire, dans un département dont l'économie en dépend fortement, ses prises de position, notamment en faveur de l'implantation de l'EPR dans le Cotentin, confirment le divorce des socialistes avec les Verts, qui s'unissent aux Radicaux de gauche pour le premier tour. Avec la victoire de Philippe Duron, il devient premier vice-président du Conseil régional de Basse-Normandie, et préside le Comité régional de tourisme normand, commun aux deux régions administratives de Normandie, où il a cherché à promouvoir une image normande forte. Il est favorable à la réunification administrative normande qui permettrait, selon lui, d'assurer l'avenir du port de Cherbourg.

Il poursuit en parallèle une carrière juridique, nommé juge titulaire à la Haute cour de justice et à la Cour de justice de la République du 25 juin 1997 au 18 juin 2002, puis inscrit comme avocat au barreau de Cherbourg à partir de 2003. En 2006, il a rejoint l'équipe « Public, règlementaire et concurrence » du cabinet de droit des affaires parisien August & Debouzy, en qualité d’avocat non-associé.

Il est élu à l'Assemblée nationale par la 5e circonscription de la Manche en juin 2007 contre le député sortant UMP Jean Lemière avec un score de 58,96 %. Il démissionne alors de la vice-présidence de la région. L'année suivante, face à une droite divisée, il emporte l'élection municipale en mars 2008, au premier tour, et prend la présidence de la Communauté urbaine de Cherbourg en avril suivant. Il travaille à accentuer le caractère maritime de la ville, à travers l'organisation de festivités nautiques (courses internationales de voile), et d'engager la revitalisation de la ville unifiée par une opération de rénovation urbaine autour des quartiers des Bassins et des Provinces, alliant projets commerciaux, culturels et urbains (aménagement urbain et rénovation de l'habitat social) [4]. Pour un budget de 300 millions d'euros, il comble le canal de retenue, augmentant le centre-ville de deux hectares [2].

Il est rapporteur d'une mission parlementaire sur l'attentat de Karachi, présidée par Yves Froment (UMP), qui rend son rapport en 2010. À cette occasion, le député de Cherbourg s'insurge contre le refus du gouvernement Fillon de lui communiquer plusieurs documents importants, « une véritable entrave au travail du Parlement », dit-il [5], alors que des proches de Nicolas Sarkozy sont visés par le volet financier de cette enquête [2].

De secrétaire d'État à Premier ministre sous François Hollande

Sans appeler à voter pour lui par fidélité à Laurent Fabius, il se rapproche de François Hollande lors de la primaire socialiste de 2011. Ce dernier étant choisi candidat du PS, il désigne Bernard Cazeneuve comme l'un de ses quatre porte-parole le 16 novembre. Il aurait pesé pour que le chantier EPR de Flamanville et l'usine de retraitement des déchets nucléaires de la Hague ne soit pas remis en cause dans l'accord électoral entre Parti socialiste et Europe écologie - Les Verts. Face aux attaques de l'UMP contre François Hollande, il manie l'humour et l'ironie, disant que « l'UMP dissout la campagne présidentielle dans la polémique, dans l'hémoglobine de Massacre à la tronçonneuse et dans l'adrénaline des tweets de Nadine Morano » et qu' « à l'UMP, leur moyen de locomotion, c'est le rétropédalage »[2]. Sa nouvelle notoriété lui vaut d'être évoqué parmi les ministres potentiels en cas de victoire socialiste en 2012, comme il l'avait été déjà lors de la candidature de Lionel Jospin à la présidentielle de 2002 [6], notamment à la Défense.

Le 16 mai 2012, François Hollande, fraîchement élu président de la République, le nomme ministre délégué aux Affaires étrangères, chargé des Affaires européennes, auprès de Laurent Fabius[7]. Partisan du non au référendum de la constitution européenne de 2005, il doit défendre le traité européen sur la stabilité, la coordination et la gouvernance (TSCG) critiqué par l'aile gauche du PS et les écologistes.

La règle du non cumul de mandats locaux avec les postes ministériels, édictés par François Hollande, laissent la tête de la mairie de Cherbourg-Octeville et de la Communauté urbaine vacante. Jean-Michel Houllegatte lui succède à l'hôtel de ville, André Rouxel à l'agglomération[8]. En juin 2012, aux élections législatives, il est réélu dès le premier tour, avec 55,39 % des suffrages, laissant son siège à sa suppléante, Geneviève Gosselin, ancienne première adjointe cherbourgeoise.

Le 19 mars 2013, il est nommé ministre délégué au Budget, remplaçant en urgence Jérôme Cahuzac, démissionnaire. Il a la tâche de trouver 50 milliards d'économies dans le budget de l'État d'ici 2017[1]. Homme de dossiers, il négocie les budgets à la baisse avec chaque ministre en évitant les oppositions frontales par la discussion[1]. Il est chargé par le président de la République de désamorcer la grogne fiscale des artisans en novembre 2013 à la place de Sylvia Pinel[1].

Devenu « homme de confiance » de François Hollande, qualifié même d'« homme des situations impossibles », il est annoncé dans la presse au secrétariat général de l'Élysée, et finalement nommé le 2 avril 2014, ministre de l'Intérieur du gouvernement de Manuel Valls [9], sans être un spécialiste des questions de sécurité. Pour succéder à Manuel Valls, emblématique locataire de la Place Beauvau, il adopte un positionnement plus discret dans l'ombre du Premier ministre, sans être trop présent sur le sécuritaire[10]. Il développe sa présence dans les médias, travaille les conséquences de la réforme territoriale et s'oppose avec succès à l'accès au dossier en garde à vue lors de la réforme pénale de Christiane Taubira[11],[10]. Il défend une loi antiterroriste peu critiquée dans son parti et au sein de la gauche[10] mais contesté par des acteurs d'Internet et dans une partie de la presse.

Il est critiqué pour une intervention des forces de l'ordre lors d'une manifestation écologiste sur le site du futur barrage de Sivens (Tarn) le 26 octobre 2014, qui provoque la mort d'un opposant [12].

Les attentats islamistes de janvier 2015, qui choquent la France entière, et au-delà, le mettent en première ligne [13]. Il révèle dans l'action des qualités de chef insoupçonnées et un sang-froid remarquable, gagnant ainsi « ses galons de poids lourd du gouvernement » [13] et une cote de popularité « en flèche » [13]. En septembre 2015, il est même cité parmi les successeurs potentiels de Manuel Valls à Matignon par L'Express, qui en fait le portrait suivant : « Cet homme est d'abord un style, pétri de précision et de retenue. Persuadé que la mesure et l'impassibilité sont des armes politiques, le ministre de l'Intérieur est le premier policé de France. Quand il est fou de rage, il lève un sourcil et, plus il veut exprimer l'autorité, moins il parle fort, substituant des chuchotements définitifs aux coups de gueule de ses prédécesseurs. Le ministre est un reptilien tendance varan : peu d'émotion, pas d'agitation. Qu'on le dise boute-en-train dans le privé ne fait qu'ajouter à l'impression de professionnalisme. »[14].

Les attentats de novembre 2015 confirment sa stature d'homme d'État.

Le 6 décembre 2016, François Hollande, président de la République, le nomme Premier ministre [15].

Après les élections législatives de 2017, il se retire de la vie politique et rejoint le cabinet d'avocats August Debouzy à Paris en tant qu'associé au sein du pôle « contentieux-arbitrage pénal des affaires »[16].

Attachement au Cotentin

« Je serai toujours fidèle à Cherbourg. Tout ce que s'y passe m'implique et m'importe. (...) Ma relation avec le Cotentin est indestructible. Rien ne pourra l'altérer. » [17].

Visites dans la Manche

Comme ministre de l'Intérieur

Comme Premier ministre

À Cherbourg le 16 décembre 2016.

Vie privée

Le 2 août 2015, il se marie à Aiguines (Var) avec Véronique, éditrice, la mère de ses deux enfants, dont il a divorcé quelques années plus tôt ; François Hollande, président de la République, est présent [22].

Mandats et fonctions

Anciens mandats

Mandats locaux 
  • 27/03/1994 - 28/01/1998 : conseiller général de la Manche
  • 25/06/1995 - 14/03/2000 : maire d'Octeville
  • 15/03/2000 - 18/03/2001 : 2e adjoint au maire de Cherbourg-Octeville, en charge des affaires portuaires et de l'ancien territoire d'Octeville
  • 01/04/2004 - 16/03/2008 : 1er vice-président de la Communauté urbaine de Cherbourg
  • 28/03/2004 - 01/07/2007 : 1er vice-président du Conseil régional de Basse-Normandie en charge du développement économique, de la politique maritime et du tourisme
  • 19/03/2001 - 23/06/2012 : maire de Cherbourg-Octeville
  • 10/04/2008 - 23/06/2012 : président de la Communauté urbaine de Cherbourg
Mandats et fonctions nationaux
  • 1er juin 1997 - 18 juin 2002 : député de la Manche
  • 17 juin 2007 - 22 juillet 2012 : député de la cinquième circonscription de la Manche
  • 16 mai 2012 - 19 mars 2013 : ministre délégué aux Affaires étrangères, en charge des Affaires européennes
  • 19 mars 2013 - 2 avril 2014 : ministre délégué au Budget
  • 2 avril 2014 - 6 décembre 2016 : ministre de l'Intérieur
  • 6 décembre 2016 - 10 mai 2017 : Premier ministre

Distinctions

14 juillet 2017 : commandeur de la Légion d'honneur [23].

Hommages

  • François Hollande : « J'ai pu, au fil des fonctions qu'il a pu occuper (ministre des Affaires européennes, ministre du Budget, ministre de l'Intérieur, Premier ministre), mesurer toutes ses qualités d'homme d'État et de sérieux, et même de loyauté et de dévouement . Il est exemple de ce que la vie publique peut fournir de meilleur. » [24].

Ouvrages

  • Première manche, éd. Isoète, Cherbourg, 1993
  • La Politique retrouvée, éd. Isoète, Cherbourg, 1994
  • La Responsabilité du fait des produits en France et en Europe, éd. Dunod, Paris, 2005
  • Karachi, l'enquête impossible, éd. Calmann-Lévy, 2011
  • Chaque jour compte (150 jours sous tension à Matignon), éd. Stock, 2017

Notes et références

  1. 1,0, 1,1, 1,2, 1,3, 1,4, 1,5 et 1,6 Elsa Conesa et Frédéric Schaeffer, « Bernard Cazeneuve, l’homme qui cherchait 50 milliards », Les Échos, 18 mars 2014 (lire en ligne).
  2. 2,0, 2,1, 2,2, 2,3 et 2,4 « Remaniement : Bernard Cazeneuve, un bâtisseur à l'Intérieur », Le Point.fr, 2 avril 2014 (lire en ligne).
  3. Élisabeth Chavelet, François de Labarre et Anne-Sophie Lechevallier, « Bernard Cazeneuve refuse de tailler dans le vif », Paris Match, n° 3348, 18-24 juillet 2013.
  4. « Cherbourg : les réseaux d'influence - Bernard Cazeneuve] », Les Échos, 14 mai 2008 (lire en ligne).
  5. Pascal Ceaux, « Karachi : "Nous n'avons pas eu accès aux documents », L'Express, n° 3071, 12-18 mai 2010.
  6. « Bernard Cazeneuve, porte-parole de François Hollande », lamanchelibre.fr, 16 novembre 2011 (lire en ligne).
  7. « Gouvernement : la liste des ministres de Jean-Marc Ayrault et François Hollande », lexpress.fr, 16 mai 2012 (lire en ligne).
  8. « Qui prendra les fauteuils de Bernard Cazeneuve ? », Ouest-France, 18 mai 2012.
  9. « Le joker Bernard Cazeneuve à l'intérieur », Le Monde.fr, 2 avril 2014 (lire en ligne).
  10. 10,0, 10,1 et 10,2 Bastien Bonnefous et Laurent Borredon, « Bernard Cazeneuve, le ministre qui avance en toute discrétion », Le Monde, 8 juillet 2014.
  11. « Le discret Cazeneuve sur le devant de la scène », Journal du Dimanche, 21 juillet 2014.
  12. « Mort de Rémi Fraisse : Valls n'acceptera pas la mise en cause des forces de l'ordre », Le Parisien, 28 octobre 2014 (lire en ligne).
  13. 13,0, 13,1 et 13,2 Bruno Jeudy et François de Labarre, « À l'Intérieur, l'ancien maire de Cherbourg a gagné sur le front ses galons de grand ministre », Paris Match, n° 3427, 20-28 janvier 2015.
  14. Christophe Barbier, « Bernard case neuve », L'Express, n° 3350, 16 septembre 2015.
  15. « Bernard Cazeneuve nommé Premier ministre », AFP, 6 décembre 2016, 9 h 44.
  16. Julien Munoz, « Bernard Cazeneuve retrouve sa vie d'avocat », La Presse de la Manche, 3 juillet 2017.
  17. Thierry Dubillot, « Ma relation avec le Cotentin est indestructible », Ouest-France, 31 janvier 2014.
  18. « François Hollande salue le succès du retour du Mont-Saint-Michel à la mer », AFP, 31 octobre 2015, 15 h 02.
  19. « Hollande poursuit en Normandie une tournée de valorisation de son bilan », AFP, 3 novembre 2016, 13 h 55.
  20. Yann Halopeau, « Le Premier ministre à bras ouverts à Cherbourg », Ouest-France, 17 décembre 2016 ; « Le Premier ministre salue Cherbourg », La Presse de la Manche, 17 décembre 2016.
  21. Ouest-France, site internet, 20 janvier 2017 (lire en ligne).
  22. Marcelo Wesfreid, « Bernard Cazeneuve dans le premier cercle », L'Express, n° 3350, 16 septembre 2015.
  23. Décret du 12 juillet 2017, journal officiel du 14 uillet 2017 (lire en ligne).
  24. « Bernard Cazeneuve, un exemple », interview de Julien Munoz, La Presse de la Manche, 30 août 2018.

Article connexe

Lien externe