Arsenal de Cherbourg

De Wikimanche

Plan de situation.

L'Arsenal de Cherbourg est un établissement militaire de la Manche, situé à Cherbourg-en-Cotentin.

Il est spécialisé dans la construction et la réparation des navires de guerre.

Sa dénomination officielle, qui était DCNS, pour Direction des Constructions Navales Système et Services [1] depuis que l'établissement est devenu une entreprise de droit privé détenue par l'État à 74 %, est devenue Naval Group le 28 juin 2017..

Les autres grands arsenaux français sont situés à Toulon (Var), Brest (Finistère) et Lorient (Morbihan). Il existe des établissements plus petits à Saint-Tropez (Var) et Indret (Loire-Atlantique).

Caractéristiques

Formes n° 5 et n° 6, zone DCNS.

L'arsenal s'étend sur 33 hectares.

Bassins 

- avant-port dit port Napoléon, inauguré le 27 août 1813 : 292 m de long sur 236 m de large, 9,50 m de profondeur, 7 ha de superficie
- bassin Charles X, inauguré le 25 août 1829 : 291 m de long sur 217 m de large, 9,50 m de profondeur, 6,5 ha de superficie. Il est relié au précédent par une écluse de 19,70 m
- bassin Napoléon III, inauguré le 7 août 1858 : 420 m de long sur 200 m de large, 9,24 m de profondeur, 8 ha de superficie. Il communique avec l'avant-port et bassin à flot par des écluses, l'une de 26 m, l'autre de 18 m [2].

Bâtiments

- cales de construction, couvertes en 1820
- ateliers : bâtiment en fer (1874, agrandi en 1907), atelier à bois...
- les subsistances : bâtiment construit sur pilotis entre 1854 et 1863, le long d'un canal qui le relie à la mer. « Ses vastes proportions lui permettaient de fournir six mois de vivres de campagne à 10 bâtiments de guerre ayant un effectif de 5 600 hommes, et six mois de vivres journaliers à plus de 10 300 marins et soldats ≥ [3].
- immeuble de la Direction, place Bruat
- Direction du port (DP)

...

L'Arsenal de sa création à la Première Guerre mondiale

L'arsenal de Cherbourg est un port militaire créé à Cherbourg au XVIIIe siècle, qui a été spécialisé dans la construction et la réparation des bâtiments de guerre.

L'historique de sa création

La porte d'entrée principale.
La sortie des personnels.
Vieux canons.

Le premier arsenal de Cherbourg est édifié à partir de 1740. Il est construit à l'emplacement des « petits établissements privés des frères Boulabert », « réquisitionnés (loués puis acquis) pour créer en 1793 le Service des constructions navales qui devient le premier employeur de la ville »[4]. Le vieil Arsenal ( les chantiers Boulabert ) était composé de deux cales. L'établissement est situé précisément « dans la partie est de l'avant-port de commerce » [5]. La marine a acquis le terrain pour 119 300 francs [5]. Il se compose « de quatre grandes cours entourées de bâtiments » [5].

C'est en 1777 que la première étude fut entreprise par Louis XVI suivant les conseils du duc de Marcourt pour les conditions de réalisation d'un port militaire. À cette époque, la France ne possède aucun port militaire. Louis XVI suivit l'avis du lieutenant de vaisseau La Couldre de la Bretonnière et l'on prit parti d'édifier le port à Cherbourg.

Le second arsenal, celui que nous connaissons aujourd'hui, est d'abord proposé par une commission nommée par une loi du 1er août 1792. Le projet est de creuser « en plein rocher, à cinquante pieds au-dessous du niveau des plus hautes marées, un avant-port et deux bassins » [6].

En 1798, l'ingénieur Pierre Forfait reçoit l'ordre du Ministère d'achever à Cherbourg deux vaisseaux pré-fabriqués au Havre et de déterminer l'emplacement des cales de construction. C'est ainsi que naissent les deux cales de Chantereyne.

Un décret du 15 avril 1803 en ordonne la construction [6]. L'ensemble est conçu pour recevoir « 42 vaisseaux de guerre ».

L'arsenal construit d'abord des bâtiments de surface. Puis il se spécialise dans la construction de sous-marins.

En 1834, l'activité du vieil arsenal est transférée au nouvel arsenal.

La construction

Les différents ateliers

Ancienne cale de construction des sous-marins.

Les ateliers de la direction des constructions navales (DCN) sont essentiellement des ateliers à bois définis en 1826 dans des hangars au sud de l'arsenal. En 1831, on implante les fonderies, les forges et les ateliers mécaniques dans un grand bâtiment à l'est des cales.

Le plan général de distribution de l'arsenal en 1841 est conçu pour une marine à voile, mais le développement de la machine à vapeur va en modifier la conception générale. On entreprend alors la construction de l'atelier de grandes tôleries, ainsi que la Halle des montages des chaudières placée au Sud des cales, des bâtiments de chaudronnerie au Nord de ces mêmes-cales et, en 1843, l'agrandissement des fonderies.

À partir de 1870, l'atelier des bâtiments en Fer sera modifié à de nombreuses reprises à cause de l'accroissement considérable des dimensions des bâtiments.

Durant le XIXe siècle, l'énergie nécessaire au fonctionnement des diverses machines était la vapeur produite par des locomobiles équipant chaque atelier. C'est à partir de 1911 et la centrale électrique Sud que l'électricité fut la principale source d'énergie alimentant l'arsenal.

Les bassins

De 1813 à 1858, le bassin Napoléon-III, le bassin Charles-X et l'avant-port militaire sont édifiés. 1 500 hommes participent au creusement du bassin qui s'étend sur un territoire d'un kilomètre situé au nord-ouest de Cherbourg dans l'anse du Galet.

Les bâtiments construits dans cette période

Les différents navires

Antoine Chazal, Lancement du Friedland à Cherbourg le 4 avril 1840.

De 1793 à 1803, l'arsenal était consacré à la réparation et la rénovation de goélettes comme et notamment La Colombe dans les chantiers Boulabert.

À partir de 1803, et ce jusqu'en 1840, l'arsenal de Cherbourg se spécialise dans la construction de bâtiments à voile :

Bâtiments à voiles
Types des bateaux Vaisseaux Goélettes Frégates Corvettes Cuffers Bricks Transports
Nombre
10
7
19
14
17
15
6

De 1830 à 1850 l'arsenal construit des bâtiments à vapeur à roue : 2 remorqueurs, 3 frégates et 3 corvettes.

À partir de 1850, l'arsenal construit des bâtiments à vapeur à hélices. Il a construit ce type de navire jusqu'en 1870.

Bâtiments à vapeur
Types des bateaux Vaisseaux Frégates Corvettes Canonnières Transports Remorqueurs
Nombre
2
1
1
2
8
3

De 1850 à 1870, les ateliers de l'arsenal construisent aussi des cuirassés. Ils font partie des premiers constructeurs de ce type de navire de guerre. Deux frégates, deux corvettes, un garde-côte, une batterie flottante et un cuirassé d'escadre sortiront des cales de l'arsenal.

Ensuite, l'arsenal construit principalement des croiseurs, des torpilleurs et des canonnières, jusqu'à sa spécialisation dans les sous-marins.

voir l'article détaillé Liste des bateaux construits à Cherbourg

Les sous-marins

Les cales de contruction des sous-marins.

L'arsenal se spécialise dans la construction de sous-marins à la toute fin du XIXe siècle. C'est en juillet 1899 que le Morse, le premier sous-marin construit à l'arsenal sous les ordres de l'ingénieur Gaston Romazzotti (1855-1915), est mis à l'eau. Le Morse est le premier submersible autonome long de 36,50 m, lourd de 143 tonnes en surface et équipé de moteurs électriques de 150 chevaux.

Un édifice plus important est terminé en octobre 1899 : le Narval, un « torpilleur sous-marin » conçu par l'ingénieur Maxime Laubeuf (1864-1939). C'est l'ancêtre des « submersibles » qui vont équiper toutes les flottes du monde, c'est aussi le premier sous-marin à ballasts extérieurs.

L'épopée de la construction de sous-marins est endeuillée en 1912 par le naufrage du "Vendémiaire", qui sombre lors d'un de ses premiers essais au large de Goury. De 1899 à 1914, l'arsenal voit la construction de 35 sous-marins, soit trois sous-marins en moyenne par an.

L'Arsenal pendant la Première Guerre mondiale

Pendant la Première Guerre mondiale, il doit faire face à un manque de main d'œuvre, en quantité et en qualification. Entre 1910 et 1914, il y a environ 3 060 personnes à l'arsenal. L'entrée en guerre de la France provoque un doublement des effectifs, qui atteignent alors 6 000 personnes.

voir aussi l'article détaillé L'Arsenal de Cherbourg pendant la Première Guerre mondiale

Depuis le XXe siècle

voir l'article Naval Group pour les époques DCAN (-1991), DCN (1991-2007), DCNS (2007-2017) et Naval Group (2017-)

Constructeur de sous-marins

Depuis la fin du XIXe siècle, l'arsenal de Cherbourg est spécialisé dans la construction de sous-marins.

Le premier qui y a été construit est le Morse, lancé le 4 juillet 1899.

Il a notamment construit Le Redoutable, premier sous-marin nucléaire français lanceur d'engins (SNLE), lancé le 29 mars 1967.

voir l'article détaillé Liste des sous-marins construits à Cherbourg

Formation

Une école est créée en 1864 pour former des apprentis appelés à devenir les ouvriers, et pour certains élèves les cadres, de l'arsenal. Ce centre de formation, implanté à Équeurdreville-Hainneville, ferme ses portes le 31 décembre 1999 [7].

Mouvements revendicatifs

L'arsenal connaît sa première grève en 1905. Elle dure deux jours et rassemble 600 participants. L'établissement attendra trente ans pour enregistrer un autre mouvement revendicatif [8]. Le Syndicat des ouvriers et apprentis catholiques s' y implante en mars 1914.

Agence postale

L'arsenal de Cherbourg a longtemps disposé d'une agence postale en propre dénommée « Cherbourg Arsenal ». Elle a fonctionné du 1er octobre 1958 au 1er octobre 1979. Elle était rattachée à la recette principale de Cherbourg. On lui connaît un timbre à date hexagonal et un timbre à date circulaire.

Divers

En 1971, le 28 novembre, une opération « portes ouvertes » est organisée : elle attire 25 000 visiteurs [9].

Le 21 avril 1979, ouverture du nouveau restaurant des personnels civils de la Marine, rue de l'Abbaye : 650 places assistes, trois services [10].

Liste des directeurs

Depuis le début du 19e siècle, l'Arsenal de Cherbourg comprend deux directions bien distinctes, la Direction des constructions navales, chargée de la conception et de la fabrication des navires, et la Direction de l'artillerie navale, chargée de l'installation, l'entretien et la réparation de leur matériel d'armement. Après la Seconde Guerre mondiale, ces deux entités sont réunies pour former la DCAN (Direction des constructions et armes navales).

Directeurs des constructions navales


  • 1799-1801 : Jacques Louis Bonard
  • 1801-1802 : Jean Jacques Denaix
  • 1802-1808 : Jacques Louis Bonard
  • 1808-1812 : J. M. Segondat
  • 1812-1818 : J. F. Lafosse
  • 1818-1831 : Louis Jean Baptiste Bretocq
  • 1831-1847 : J. B. Lefebvre
  • 1847-1848 : Joseph Anne Marie Siméon Pierre Daviel
  • 1848-1851 : J. A. Vincent
  • 1851-1855 : Jean Baptiste Adolphe Pironneau
  • 1855-1865 : Prix Charles Jean Baptiste Sochet
  • 1865-1881 : Charles Henri Moll
  • 1881-1882 : Gustave Alexandre Zédé
  • 1882-1884 : Victor Pierre Justin Léon Legrand
  • 1884-1887 : Marie Pierre Henri Félix Carlet
  • 1887-1892 : Philippe Frédéric Korn
  • 1892-1900 : Romain Léopold Eynaud
  • 1900-1905 : Charles Auguste Korn
  • 1905-1910 : Victor Alexandre Choron
  • 1910-1919 : Henri Raymond Bosquillon de Frescheville
  • 1919-1920 : J. L. Maurice
  • 1920-1928 : Marie Joseph Victor Paul Bailly
  • 1928-1929 : Charles Maurice François
  • 1929-1933 : Henri Léon Renault
  • 1933-1936 : Édouard Victor Davaux
  • 1936-1938 : Louis Eugène Poiget
  • 1938-1940 : P. J. Séry


Directeurs de l'artillerie navale


  • 1818-1831 : Antoine Jacques Fougeroux de Godonvilliers
  • 1831-1836 : Auguste Julien Lelubois de Marsilly
  • 1836-1838 : Maurice Romme
  • 1838-1840 : F. E. Charpentier
  • 1840-1842 : H. F. Briois
  • 1842-1849 : Louis Pierre Martin Leclère
  • 1849-1850 : M. F. Raoul
  • 1850-1852 : A. A. Dupont
  • 1852-1856 : François Hilaire Isidore Tournal
  • 1856-1858 : J. L. Lagier
  • 1858-1865 : Eugène Michaux
  • 1865-1870 : Louis Adolphe Dupuis
  • 1870-1871 : A. S. Alexandre
  • 1871-1875 : Charles Louis Laurent
  • 1875-1881 : François Marie Kermarec
  • 1881-1883 : Pierre Joseph Legrix
  • 1883-1884 : E. Brinster
  • 1884-1891 : Auguste Modeste Caris
  • 1891-1895 : Léopold Marie Joseph Javouhey
  • 1895-1898 : P. M. Houeix de la Brousse
  • 1898-1899 : Joseph Alexandre Odillon Puel
  • 1899-1901 : Raymond Théodore Jacob de Marre
  • 1901-1903 : B. D. Brun
  • 1903-1905 : M. J. Sornein
  • 1905-1907 : Alexandre Louis Marie Derbès
  • 1907-1908 : A. J. Le Bigot
  • 1908-1911 : D. L. Bernard
  • 1911-1918 : Émile Cyprien Savary
  • 1918-1921 : Jules Théodore Goldsmidt
  • 1921-1924 : Pie Marie Henry Thiriet
  • 1924-1934 : Léon Antonin Nicolas
  • 1934-1938 : Yves Georges Thépot
  • 1938-1940 : Jean Étienne Adolphe Raoul Lecointre


Bibliographie

Livres
  • A. Adam, Le Port de Cherbourg
  • Claude Coutanceau, Yves Marie, Richard Nguyen-Huu, Jean Pivain, André Rozec, Charles Sohier, Raymond Theiss, L'Arsenal de la Marine à Cherbourg : une ville dans la ville, Les Éditions du Cotentin, 2013
  • Alain Demangeon, Bruno Fortier, L'Arsenal de Cherbourg, collection Les Vaisseaux et les villes, éd. Mardaga, 1978
  • Hubert Foillard et Gérard Piketty, avec Fabrice Dambrine, Rapport sur le maintien des compétences et l'optimisation économique des activités de la DCN-Cherbourg, juin 1998 ((lire en ligne).
  • Norbert Girard, Les Années Arsenal, 2015
  • Roger Lepelley, Le vieil arsenal de Cherbourg, de 1793 à 1814, Société nationale académique de Cherbourg, 1990
  • Jean Lavalley, Hubert Lemonnier, Un siècle de construction de sous-marins à l'arsenal de Cherbourg, éd. Isoète, 2000
  • Edmond Thin, Cherbourg bastion maritime du Cotentin
  • Edmond Thin, Sentinelle de mer en Cotentin
  • De la Colombe au Redoutable : deux siècles de construction navale à l'arsenal de Cherbourg
  • Collectif, L'Arsenal de la Marine à Cherbourg : une ville dans la ville, 180 pages, éditions du Cotentin, 2013
Articles
  • J.S.B., « Les grondements de l'arsenal de Cherbourg », L'Humanité, 11 juillet 1996 (lire en ligne)
  • Marc Lindon, « Arsenal de Cherbourg : résistances à la marche vers la privatisation », Convergences révolutionnaires, n° 51, mai-juin 2007 (lire en ligne)

Notes et références

  1. Naval Group sur WP
  2. Adolphe Jeanne, Géographie de la Manche, Hachette et Cie, 1884
  3. Paul Bailly, « Le port militaire de Cherbourg », L'Illustration économique et financière, numéro spécial « La Manche », 28 août 1926
  4. Fabrice Ripoll, « Cherbourg, ville-arsenal en crise », Norois, n° 190, 2004.
  5. 5,0, 5,1 et 5,2 Amiral Lepotier, Cherbourg, port de la Libération, éd. France-Empire, 1972, p. 268.
  6. 6,0 et 6,1 Paul Bailly, « Le port militaire de Cherbourg », L'Illustration économique et financière, numéro spécial « La Manche », 28 août 1926.
  7. Jean-Pierre Buisson, « Cherbourg perd ses arpètes », Ouest-France, 15 avril 1999.
  8. André Dupont, Histoire du département de la Manche, tome V, éd. Ocep, 1989, p. 48-49.
  9. « Nos années 70 », La Presse de la Manche, hors-série, novembre 2012, p. 152.
  10. « Nos années 70 », La Presse de la Manche, hors-série, novembre 2012, p. 160.

Articles connexes