La Chapelle-en-Juger

La Chapelle Enjuger est une commune du département de la Manche,

La Chapelle Enjuger
Arrondissement Saint-Lô
Canton Marigny
Intercommunalité Communauté de communes de Marigny
Gentilé Les Chapelais(es)
Population 671 hab.
Superficie 15 km²
Altitude 17 m (mini)
112 m (maxi)
Code postal 50570
N° INSEE 50123
Maire Nelly Villedieu
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Sommaire

[modifier] Géographie

  • Longitude Ouest : 01° 12' 53
  • Latitude Nord  : 49° 07' 42

[modifier] Étymologie

Les historiens réclament que le nom de la commune s'écrive La Chapelle-Enjuger pour respecter le nom patronyme dont elle tire son nom : Engelger de Bohon, seigneur du 12e siècle [1]. Engelger, en latin Engelgerus ou Ingelgerus, est un nom de personne germanique

[modifier] Histoire

[modifier] Origine

Les premiers habitants de La Chapelle-Enjuger s'installèrent sur les plateaux escarpés qui surplombent La Terrette, entre les villages de La Trourie et de La Métairie. C'est au moment où les Romains envahirent la Gaule qu'ils arrivèrent à La Chapelle, qui s'appelait alors « La Chapelle O'Gauhier », ce qui signifie « la chapelle en bois de noyer ». Puis au XIIe siècle, le seigneur Engelger de Bohon épousa Adelise, s'installa à La Chapelle, lui donna son nom pour devenir par la suite La Chapelle-Enjuger.

[modifier] Démographie

Évolution démographique
1801 1821 1838 1841 1886 1911 1921 1926 1931 1936 1946 1954 1962 1968 1975 1982 1990 1999 2006
874 975 1004 1049 854 702 605 621 593 631 475 602 576 514 490 445 592 625 671 Source INSEE

[modifier] Administration

[modifier] Circonscriptions administratives avant la Révolution

[modifier] Les maires

Liste des maires
Période Identité Qualité
1793 - 1800 Charles François Dumont .
1800 - 1800 Jean Girard .
1800 - 1803 Robert Beaugendre .
1803 - 1816 Pierre Beaugendre .
1816 - 1824 Charles Lechartier .
1824 - 1830 Paul Bernardin de Beaugendre .
1830 - 1849 Jacques Doublet-les-Poteries .
1849 - 1878 Jean Dudouyt .
1878 - 1887 Louis Dumont .
1887 - 1900 Louis Genest .
1900 - 1908 Alphonse Meslin .
1908 - 1925 Victor Lemaître .
1925 - 1947 Gabriel de Carville .
1947 - 1950 Gustave Lescot.
1950 - 1977 Gabriel de Carville .
1977 - 1995 Francis Fontaine .
1995 - 2001 Gérard Sophie .
2001 - ....... Nelly Villedieu .
À compléter.

[modifier] La ruée vers le mercure

René Toustain de Billy, un historien local, écrivit vers la fin du XVIIe siècle « qu’en la paroisse de La Chapelle Enjuger, sur le fief et au bout de l’avenue du Mesnildot (Le Mesnildot était un fief de chevalier, d’une centaine d’hectares, et son avenue reliait la maison du Mesnildot à l’église de La Chapelle-Enjuger), on a trouvé une mine qui est d’or, que des particuliers y ont travaillé et y ont découvert du cinabre et du vif-argent (mercure) ».

Le gisement de cinabre (sulfure de mercure de couleur rouge) aurait été découvert en 1663 tout à fait fortuitement. Des ouvriers chargés de creuser un abreuvoir dans un champ au hameau du Quédel (appelé depuis le XVIIIe siècle la Mine) retirérent leurs pioches comme « ensanglantées ». De là, ils abandonnèrent l'ouvrage, certainement effrayés. Cependant, ils recommencèrent la nuit suivante à l'insu du propriétaire du champ. Une lourde masse de marcassite (sulfure de couleur jaune aussi appelé "l'or des fous") fut extraite du sol. Persuadés d'avoir découvert un métal précieux, ils en portèrent à un apothicaire qui fit ramasser tout le cinabre et la marcassite. Ce dernier transforma le cinabre en vif-argent, qu'il s’empressa de vendre. Depuis, plusieurs tentatives furent faites pour exploiter le mercure de La Chapelle-Enjuger.

La première eut lieu probablement entre 1710 et 1715. Une dame dite « de Santerre » obtint la concession de cette mine et y fit travailler à tranchées ouvertes, dont la profondeur ne dépassait pas 10 mètres. À proximité dans unlaboratoire, on distillait le cinabre pour obtenir du mercure. Une grande quantité de ce minéral aurait été sortie, mais une partie fut volée, l’autre transportée à dos de mulet par « les chasses du Mesnildot » jusqu’au port de Carteret, d’où il était embarqué pour Jersey.

La deuxième tentative de 1731 à 1742 est assurément la plus significative, si l’on se réfère seulement à la durée de l’exploitation, au nombre de travailleurs et au nombre de puits ouverts.

En 1731, des notables parisiens de la Compagnie des mines de Normandie (CMN) obtinrent la concession de la mine du Mesnildot. Apparemment, 6 puits ont été ouverts durant cette période : les puits Sutter et Pauly (les plus anciens) de 70 à 75 m de profondeur, le puits de la Joye et de Launay de 20 m de profondeur, le puits de la Forge de 7 m et le puits des Marcassites de 15 m de profondeur. Certaines galeries s’étendaient de 80 à 100 m de long.

En 1741, et ce avant licenciement, l’importance du personnel était fixée avec exactitude à 81 employés. Il se répartissait comme suit : 1 directeur, 1 caissier, 3 sergents de mine, 3 caporaux de mine, 17 mineurs, 33 pompeurs, 12 moulineurs, 4 décombreurs, 2 charpentiers, 2 maréchaux, 1 garde-magasin, 1 fondeur et 1 garçon pour servir à la fonderie. Tous étaient du pays, hormis le fondeur qui était flamand. La machinerie était composée d’un manége à l’aide duquel on extrayait les eaux et le minerai, d’un bocard qui servait à briser le minerai et de plusieurs pompes. 18 chevaux étaient nécessaires au fonctionnement de ces machines. Les bâtiments de l’exploitation, contigus et voisins de ceux d’une ferme, comprenaient la maison dite de la mine, le manège, la forge, les fourneaux avec les locaux réservés aux ouvriers de la fonderie, le magasin à poudre, le magasin des matières, et une baraque pour chacun des puits. Les matières indispensables à l’exploitation étaient le bois (en 1741, pénurie de bois à 3 lieues à la ronde, soit environ 12 km), la poudre à canon (les besoins d’une année dépassaient les 1 500 kilos), le charbon de terre et des cornues de terre à potier (ces vases à col étroit et courbé pour la distillation provenaient de l’industrie locale qui fabriquait une poterie grise dont la consommation était considérable).

Durant cette période, 63 tonnes de minerai auraient été extraites des deux puits les plus productifs, le puits de la Joye et le puits des Marcassites. La mine du Mesnildot aurait produit 350 à 400 kilos de mercure, lequel « a été trouvé parfait et vendu au plus haut prix ». Les principales causes de la fin de l’exploitation furent le manque d’expérience des associés (défaut d’organisation, travaux inutiles, relâchement de la discipline et défaut de surveillance), les primitives cornues (très fragiles au feu et de petite contenance) et l’abondance de l’eau dans les puits et les galeries (notamment lors de la grande inondation de l’hiver 1740-1741 qui obligea la compagnie à suspendre le travail dans le puits de la Joye et renvoyer 37 ouvriers). Un mémoire de cette époque mentionne « tandis que les chefs étaient à s’amuser, les ouvriers étaient au cabaret ». Ils abandonnaient certainement l'exploitation faute de paiement.

De 1788 à 1963 différents travaux sporadiques, projets ou recherches se sont succédé sans succès :

· 1788-1791 : travaux de la Compagnie du Plessis avec déblaiement des anciens puits et fonçage du puits Bunel (situé à 200 m au sud du hameau de la mine) de 20 m de profondeur, abandonnés à cause de l’envahissement des eaux.

· 1829-1831 : projet Baber et Cie, des banquiers parisiens : demande de concession refusée.

· 1838-1839 : projet Sibille, Cazeaux et Lemaître, deux banquiers parisiens et un ancien contrôleur des Contributions directes de Saint-Lô: quelques recherches de surface.

· 1853-1864 : travaux de recherches de Mosselmann, concessionnaire des Canaux de la Manche demeurant à Agneaux, qui restèrent infructueux. De plus, les propriétaires du sol s’opposèrent à leur continuation.

· 1905-1905 : travaux de la Société d’études et de recherches de la Manche, déblaiement du puits de la Joye et dénoyage de galeries. Ces travaux ont permis de prouver l’existence d’un réseau de galeries pouvant atteindre 100 m de long et de retrouver les traces de cinq autres puits. Les travaux furent interrompus au bout de trois mois à cause d’inondations.

· 1941-1944 : travaux menés par le Service des mines de Rouen, qui consistaient à déblayer les deux puits les plus fructueux, les puits de la Joye et des Marcassites. Les travaux cessèrent suite à des venues d’eaux. C’est alors que, sous l’instigation des Allemands, on décida de creuser un puits latéral au puits de la Joye, dit puits des Allemands. Le courant électrique fut amené à pied d’œuvre, dans le but d’actionner des pompes puissantes et une entreprise de Paris aurait dû remettre les galeries à jour. Mais, étant donné la destination probable du mercure et grâce au patriotisme des ouvriers français, les travaux n’avançaient guère, si bien que la première galerie ne fut jamais atteinte. L’Opération Cobra stoppa définitivement ces travaux.

· 1962-1963 : travaux du Bureau des recherches géologiques et minières (BRGM) , fonçage d’un puits, appelé puits BRGM, de 47,80 m de profondeur et différents sondages. Les résultats insuffisants et des affaissements de surface mirent un terme à ces travaux.

· 1969 : remblaiement du puits des Allemands.

· 1974 et 1996 : ruptures de dalle et remblaiements du puits BRGM. Aujourd’hui, les noms de lieux « village de La Mine » et « rue du Mercure » indiquent que La Chapelle-Enjuger a connu une activité industrielle d’une certaine importance. Et peut-être, comme l’affirmait Paul Bernardin de Beaugendre, maire de La Chapelle-Enjuger en 1826, que l’«on trouve encore de temps en temps du minerai en labourant les pièces qui avoisinent le gîte de la mine… » ?

Sources :

  • Capitaine Germain Baudre, Monographie de la mine de cinabre de La Chapelle-Enjuger, 1926.

-* Alfred Wild, La Manche Libre, 28 janvier 1951.

  • Direction régionale de l’industrie, de la recherche et de l’environnement.
  • Synthèse documentaire sur la mine de La Chapelle-Enjuger, 2002.

[modifier] Opération Cobra

La Chapelle-Enjuger, quasiment rayée de la carte, a failli mourir les derniers jours de juillet 1944. La grande route Saint-Lô - Périers la coupe dans sa partie nord, et c'est précisément cette infrastructure, dans sa traversée de La Chapelle-Enjuger, qui a servi à la fois de point de départ à l'assaut des troupes américaines et à la fois de tremplin pour la « Grande percée ».

Le 25 juillet 1944, le plus grand bombardement de tous les temps (3 000 forteresses volantes et 6 000 tonnes de bombes) a donc failli anéantir à jamais la commune. Le village, situé au centre du tapis de bombes, est entièrement détruit. Une vingtaine de civils, plus de 900 bovins et une cinquantaine de chevaux y laissèrent la vie. Le général Bayerlein, commandant en chef de la Panzer Lehr, décrit ainsi la scène : « Les avions continuaient d'arriver comme une courroie de transmission. Ma DCA avait à peine ouvert le feu que les batteries reçurent des coups directs qui mirent hors de combat la moitié des pièces et firent taire les autres. Au bout d'une heure, je n'avais plus de communications avec personne. A midi, on ne voyait plus rien que la fumée et la poussière. Mes positions ressemblaient à un paysage lunaire et au moins 70% de mes hommes étaient tués, blessés ou inertes. Tous mes chars avancés furent détruits ».

L'assaut terminé, les Américains ramassèrent toutes les victimes militaires et les enterrèrent près du village de L'Aubrie.

Après la Libération, le calme revenu, les habitants mirent tout leur courage pour panser les plaies du plus intense pilonnage de toute la guerre. En 1947, le préfet de La Manche posait la première pierre. Cette reconstruction devait se faire lentement puisque cinq ans après des habitants vivaient encore dans des baraques en bois, mais peu à peu les maisons s'élevèrent et la reconstruction se termina par l'église en 1960.

[modifier] Religion

[modifier] Circonscriptions ecclésiastiques avant la Révolution

[modifier] Lieux et monuments

Le Mesnildot
  • Le Mesnildot avec tourelle Louis XII (début 16e
Le château de La Mietterie
  • Château de La Mietterie (16e - 19e)
Le Manoir
  • Le Manoir (17e - 19e) avec cheminée Renaissance : autrefois Groucy
Le château de Bas-Marais
  • Château du Bas-Marais (18e)
L'église
  • L'église, détruite lors de l'Opération Cobra le 25 juillet 1944, fut reconstruite de 1957 à 1959. Seuls le porche et une partie de la tour à bâtière ont pu être conservés. Le 30 mars 2004, l'église de La Chapelle-en-Juger a reçu le label Patrimoine du XXe siècle en raison de ses qualités architecturales et décoratives.
  • Le culte de Saint-Célerin y est célébré depuis des temps immémoriaux (une statue très ancienne de Saint-Célerin fut brisée en 1562 par les protestants et remplacée par une autre en terre cuite, oeuvre d'un artisan du pays).
Le cimetière militaire allemand
  • Le cimetière allemand dit de Marigny se trouve en fait sur la commune de La Chapelle-en-Juger (11 169 tombes).

Les soldats tombés dans cette région lors de l'Opération Cobra ont été inhumés par les Américains près du village de L'Aubrie. Les 3 609 sépultures américaines ont été transférées en 1948 aux cimetières militaires américains de Colleville (Calvados) et Saint-James (Manche).

En 1957, issus de nombreux petits cimetières et de tombes isolées, les soldats allemands tombés au combat ont été transférés par le Volksbund dans le cimetière militaire allemand situé à La Chapelle-en-Juger. L'année suivante, le Volksbund a commencé les travaux d'aménagement d'horticulture. Le cimetière est divisé en cinq rangées de tombes, allongées et entourées de remparts. L'édifice d'entrée est construit dans le style des vieilles églises normandes avec une maçonnerie en moellons. Des plaques posées sur les tombes portent les noms, grades, dates de naissance et de décès des soldats; des groupes de croix sont dispersés. Ce cimetière a été inauguré le 20 septembre 1961.

[modifier] Personnalités liées à la commune

[modifier] Sport

  • Football : AS La Chapelle-en-Juger (disparu) ; FC La Chapelle-en-Juger, fondé en 2006.

[modifier] Notes

  1. Fernand Lechanteur, La Presse de la Manche, 6 janvier 1960, repris dans La Normandie traditionnelle, tome 2, éd. Ocep, 1985, p. 61