Bocage

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Paysage de bocage à Saint-Côme-du-Mont.

Le bocage est un système paysager majoritaire en Normandie et dans la Manche.

Vu depuis le Mont Robin

Présentation générale

Le bocage désigne une région où le paysage est marqué par la présence de talus surmontés de fortes et épaisses haies clôturant les champs et les prés. L'habitat, constitué de fermes et de hameaux, y est très dispersé.

Les parcelles ainsi constituées permettent à l'eau d'être retenue limitant ainsi l'érosion.

La haie permet un apport de bois de chauffage et de construction. Elle abrite souvent des arbres fruitiers, qui complètent la production des champs.

Le bocage demande un entretien constant. Les talus et murets doivent être réparés, les haies doivent être taillées.

Daniel Clary qualifie de « bocage ancien » la quasi totalité du terroir de la Manche. S'en distinguent les cantons de Montebourg et Sainte-Mère-Église qualifiés de « bocage récent », les marais du Cotentin et polders du Mont-Saint-Michel ainsi que le littoral du Val-de-Saire et de la côte des havres[1]. Armand Frémont regroupe le Mortainais et l'Avranchin, avec les bocages virois et ornais, sous le vocable « bocage profond » qui se rapproche de l'aire du Bocage normand, avec des exploitations en 1977 inférieures à 7 hectares[2].

Lors de la Seconde Guerre mondiale, durant la bataille de Normandie, le bocage est le théâtre de combats intenses : la bataille des haies. Les armées se sont accrochées dans le réseau de haies, talus, murets et chemins creux rendant le passage des chars difficile et les combats âpres. Des avancées technologiques improvisées et testées directement sur le terrain permettent aux Américains de venir à bout de ces difficultés : c'est la percée d'Avranches.

Aujourd'hui, le bocage disparaît peu à peu à la suite des remembrements et de la politique d'une agriculture plus intensive. Les haies, encombrantes, sont détruites par les agriculteurs ou lors des remembrements. On souhaite de larges passages, les chemins et fossés sont agrandis pour laisser passer les engins agricoles de plus en plus imposants.

Histoire du mot

En ancien français, le mot boschage (dont boscage est la forme normano-picarde attestée dès 1138) est à la fois un adjectif (attesté en 1160) signifiant « des bois, sauvage; boisé », et un nom (attesté en 1170) désignant un bosquet, ainsi qu'un amas de bois ou de bûches, et un droit seigneurial sur les bois. Il fonctionne en ancien français comme un dérivé de bosc, ancien appellatif qui a précédé l'emploi de bos et de bois, et dont il ne subsiste plus aujourd'hui que l'emploi toponymique [3], selon lequel l'appellatif le bosc(q) est traditionnellement prononcé [lə bo], le bô [4]. En réalité, il représente l'aboutissement du gallo-roman °BOSCÁTICU, dérivé nominal en -ÁTICU [5] du mot °BOSCU « bois », emprunt précoce au francique °busk- « bois, buisson ».

Les premiers emplois normands de l'appellatif boschage / boscage sont conformes à son étymologie, et font référence à des lieux boisés. Son usage toponymique primitif dans la Manche s'est en effet appliqué à la région forestière autrefois située entre Valognes et le Val de Saire, à l'origine du déterminant de Teurtheville-Bocage (Tourqueteuville en Boscage en 1299), des appellations anciennes de Montaigu-la-Brisette, à savoir Montaigu au Boscage attestée en 1604, et de Crasville, à savoir Crasville au Bocage, attestée en 1764, et du nom de l'ancienne commune de Sainte-Croix-Bocage, aujourd'hui rattachée à Teurthéville-Bocage [6]. L'appellation de Bocage s'est par la suite étendue, à partir du 19e siècle, à une zone située au sud de Valognes et s'étendant jusqu'à Saint-Sauveur-le-Vicomte, où elle a pris sa valeur moderne de « paysage bocager, caractérisé par la présence de petites parcelles closes de haies vives ». C'est à cette dernière valeur que répondent Flottemanville-Bocage, Hautteville-Bocage, Reigneville-Bocage, Saint-Cyr-Bocage, Sortosville-Bocage, Urville-Bocage et Yvetot-Bocage.

Dans les anciens textes normands, on trouve souvent le mot boschage associé à la locution plaine terre [7], en tant que deux configurations opposées du terrain : lieu boisé (boschage) d'une part, grande étendue de pays uni (plaine terre) de l'autre. L’association des deux expressions apparaît au 12e siècle; on la trouve par exemple dans la Chronique de Jordain Fantosme (ne purrad en nul lieu guarir en plein ne en boscage). Elle est aussi présente à plusieurs reprises chez Wace, en particulier dans le Roman de Rou (1160/1174) : N’a baron en sa terre o si grant herbergage / Qui ost le pais enfraindre em plein ne en boscage [8]; Cil del boschage et cil del plain [9]; cels de boschage et cels de plain [10], etc. [11]. En ce qui concerne la deuxième citation de Wace, François de Beaurepaire [6] s'interroge aussi sur la valeur exacte de cette distinction : se basant sur le fait que l'auteur Jersiais commente des guerres se déroulant dans le Cotentin, il se demande s'il ne s'agit pas déjà de la distinction moderne Bocage / Plain du Cotentin.

Réforme territoriale

À l'occasion de la réforme territoriale engagée à partir de 2016, plusieurs communes nouvelles choisissent d'utiliser l'élément -Bocage au moment de choisir leur toponyme officiel : Mortain-Bocage, Sartilly-Baie-Bocage et Tessy-Bocage dans la Manche, Tinchebray-Bocage dans l'Orne et Souleuvre-en-Bocage dans le Calvados.

Bibliographie

  • Jules Lecœur, Esquisses du bocage normand, 2 vol., 1883, réédité en 1976 par les éd. Gérard Montfort.

Voir aussi

Notes et références

  1. Normandie, coll. Que sais-je ?, PUF
  2. Armand Frémont, Atlas et géographie de la Normandie, Flammarion, 1977
  3. Ainsi, le Boscq, hameau ou lieu-dit à Biéville, Breuville, Carantilly, Coudeville-sur-Mer, Giéville, Hébécrevon, Le Mesnil-Rouxelin, Montabot, Nicorps, Saint-André-de-Bohon, Saint-Nicolas-de-Pierrepont, Saint-Vigor-des-Monts, Trelly et Tribehou; les Boscqs à Marchésieux; le Bas Boscq à Méautis; le Bord du Boscq à Saint-Pierre-d'Arthéglise, etc., sans oublier la commune d'Anctoville-sur-Boscq‎.
  4. La prononciation plus récente [bɔsk], bos-que, que l'on entend parfois, est due à l'influence malheureuse de la graphie ancienne. Elle ne s'entend pas lorsque bosc(q) a été réécrit beau ou bot, d'après la prononciation régulière : ainsi, Beau Guillot à Sainte-Marie-du-Mont. On pourra ainsi longuement méditer sur les effets bénéfiques d'une mauvaise orthographe.
  5. Ce suffixe aboutit régulièrement à -age en (ancien) français.
  6. 6,0 et 6,1 François de Beaurepaire, Les noms de communes et anciennes paroisses de la Manche, Picard, Paris, 1986, p. 82-83.
  7. Dans cette expression, l'adjectif plain (gallo-roman PLANU, du latin planus), parfois aussi écrit plein, signifie « plat, uni »; il n'a rien à voir avec le français moderne plein « rempli ».
  8. Roman de Rou, t. I, v. 39-40.
  9. Roman de Rou, t. III, v. 820.
  10. Roman de Rou, t. III, v. 4800.
  11. Cf. Glyn S. Burgess (trad.), Wace, The Roman de Rou, Société Jersiaise, Jersey, 2002 [édition augmentée de notes historiques par E. Van Houts], p. 3 et 125 : « Those from woodlands and those from open country », et la note n° 3 d'E. Van Houts, p. 357, indiquant qu'il pourrait éventuellement s'agir d'une allusion aux systèmes de culture en vigueur en Normandie, en openfield (plaine terre) et en champs clos de haies vives (boschage).

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