Histoire de Couville

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Histoire de la commune

La commune est un des premiers lieux d'évangélisation du Cotentin comme en atteste la découverte en 1826 d'un sarcophage de pierre d'un prêtre portant l'inscription « Bertowinus (H)icr[equiescit] (ici repose Berthowinus) pouvant dater du VIIe siècle [1].

En 1852, environ 300 petites haches à douille et à anneau sont trouvées fortuitement au lieu-dit Les Champs Houguets [1].

En 1204, Couville dépend de la baronnie de Brix qui est saisie par Philippe Auguste car les barons de Brix ont opté pour leurs biens d’Angleterre (choix possible : ou les biens en Angleterre, ou ceux en Normandie !). Pendant la Guerre de Cent ans, en 1418, le roi d’Angleterre donne la seigneurie de Couville à Robin Le Cop, puis à Guillaume Wolston.

Après la défaite et l'expulsion des Anglais, la seigneurie revient au domaine royal jusqu’en 1697, époque où elle est vendue à Louis Lucas, écuyer, sieur de Saint-Luc, qui bénéficie de la rente formée par les terres et le moulin. La seigneurie est érigée en fief noble d'un quart de haubert.

Église

L’église date du XIIIe siècle. Elle a été certainement bâtie à l’emplacement d’une église gallo-romaine dont ont été certainement repris les fonts baptismaux. Elle a subi quelques modifications depuis cette époque. A l’origine, il semble que la tour située au nord n’existait pas, il y aurait eu un clocher qui reposait sur deux voûtes au centre de l’édifice. L’édification de la tour a dû être entreprise vers 1738 après que la foudre eut détruit l’ancienne. En 1753, le chœur fut prolongé. C’est la même année que la sacristie fut construite.

Les arcades qui soutenaient l’ancien clocher ont subsisté jusqu’en 1768.

L’un des faits les plus intéressants notés par M. Tardif est la découverte de nombreux sarcophages de pierres calcaires, non seulement dans le cimetière, mais dans toutes les pièces de terre qui le bordent. Leur nombre est disproportionné par rapport à la population de Couville, ce qui permet d’émettre l’hypothèse qu’à une époque reculée, on soit venu de fort loin enterrer ces sarcophages dans le cimetière de Couville à cause de la présence de la sépulture d’un saint nommé Berthevin. Mais ce n’est qu’une supposition due à la découverte dans un de ces sarcophages du mémorial d’un prêtre portant ce nom. Le procès-verbal de la visite archidiaconale de 1721 nous apporte l’écho d’une ancienne tradition sur la sépulture d’un saint : « L’on nous a dit que le cymetière était loué pour être pasturé, ce qui est entièrement opposé aux constitutions de l’Église qui veut qu’on honore le corps des saints et comme il y a plusieurs siècles que le cymetière est étably et qu’il y a en apparence le corps de plusieurs saints nous avons absolument deffendu de pasturé à painne d’interdiction. ».

Château

Le château fût bâti de 1640 à 1660 par Guillaume Simon, descendant de Martin Simon, de Rauville-la-Bigot, anobli en 1550 par François Ier. Une de ses petites filles devint dame Lucas de Saint Luc, dont le mari devint seigneur de Couville en 1697, titre que conserveront les Lucas jusqu’en 1886, date à laquelle M. Hyppolite Lucas vendit la terre de Couville à M. Lefèvre Deplinval. Le château fut modifié au siècle dernier, la tour en particulier date de cette époque.

Au temps de Louis XIV, Louis Lucas, sieur de saint Luc, avait un emploi à la Glacerie de Tourlaville, ce qui lui permettait de travailler sans être déchu de ses titres de noblesse car ce genre d’emploi pour les nobles avait été autorisé par le Roi. C’est l’oncle de ce Louis Lucas, Richard Lucas de Néhou, qui inventa le verre blanc et la méthode de couler les glaces à miroir (1656).(les "verriers" étaient reconnus comme nobles).

M. Tardif mentionne également la présence d’une verrerie à Couville même, vers 1548 au lieu dit « Le Breuil », une longue tradition et la découverte au début du siècle dernier de gobelets de verre l’attestent.

Noblesse

Une seconde branche de Simon porta les titres de sieurs de la Cour et de Frémare. Des Lucas de Couville possédèrent la ferme de Butteville jusqu’au début de ce siècle.

Les autres familles nobles de Couville furent les Messent qui habitèrent à Butteville avant Les Lucas et les d’Yvetot qui succédèrent aux Grouchie à la Neuvillerie. Cette terre portait le nom de Gruchy jusqu’en 1730 environ, date à laquelle la maison appartenant à la famille Compère fut édifiée par Jacques d’Yvetot, ce qui lui conféra le titre de sieur de Neuville (nova-villa : nouvelle maison). Le dernier des d’Yvetot vendit sa terre à sa tante Émilie d’Yvetot, veuve, de Hervé Maurouard de Virandeville. L’un des fils de cette dame Louis fut maire de Couville, lui même père d’Auguste, adjoint au maire en 1874.

Notes historiques diverses

  • Vers 1550, Gilles de Gouberville note dans son journal qu’il se rend à la foire de Couville le jour de la saint Christophe qui, à cette époque, était fixée en juillet.
  • Ce sont les habitants de Couville qui ont fourni les légumes lors du voyage de Louis XVI à Cherbourg.
  • Sur un état (qui n’est pas daté) des parcelles de terre de la commune, (les unités de surfaces sont encore les vergées, les perches, les acres), près du Breuil, une parcelle porte le nom de « La Verrerie ». Ce qui confirme l’existence de la verrerie de Couville au XVIe siècle.
  • Le moulin de Couville dont quelques ruines subsistent encore sur la route de Virandeville, a certainement fonctionné jusqu’en 1894. En effet, dans la liste de commerçants patentés, nous trouvons : Jean Lecourt, minotier, né en 1814 et décédé en 1887. Apparemment, son fils Joseph, né en 1844, lui succède jusqu’en 1894, date de son décès. Après cette date, on ne trouve plus de minotier (ou meunier) et le moulin doit être laissé à l’abandon.
  • Le nombre de commerçants, spécialement d’auberges, était important à Couville au XIXe siècle et au début du XXe. En 1891, la liste s’établit ainsi :

- aubergistes : Maxime Decosse, Sylvain Legoupillot, Albert Launay, Pierre Lerenard, Albert Maurouard, Louis Mourier
- marchand de bois : Frédéric Leconnetable
- minotier : Joseph Lecourt
- Lucas de Couville de Saint Luc devient maire en 1809 et succède à Vastel. Peut-être a-t-il émigré vers 1792 et serait rentré sous Napoléon Ier. On le retrouve signant le premier une lettre d’allégeance aux Bourbons au moment de la Restauration en 1815.

Hameaux

Au tout début du XIXe siècle a vécu une famille Moulin à La Beslière et une famille Lemarie à La Perrelle. Sur le cadastre de 1935, ces noms de famille sont devenus aussi des noms de lieux-dits.

Verrerie

La Verrerie de Couville est-elle l’ancêtre des célèbres glaceries de Tourlaville actuellement située sur la commune de La Glacerie ?

Quelques documents attestent que des verriers étaient installés au Breuil dans la première partie du XVIe siècle. Pierre de Belleville qui en était le propriétaire l’a transférée à Brix et il semblerait que plus tard l’activité se soit poursuivie à Tourlaville.

Les familles nobles de Couville seront encore plus tard en relation avec la glacerie de Tourlaville puisque c’est l’oncle de Louis Lucas, sieur de Saint Luc, Richard Lucas de Néhou qui inventa le verre blanc et la méthode de couler les glaces à miroir en 1656.

Extrait de l’ouvrage d'Eugène Boivin, Autour de la Glacerie de Tourlaville (1929) :

« Les verreries du Cotentin
La Verrerie de Couville l’aïeule du Cotentin
Les débuts de l’industrie du verre dans le Cotentin
Verreries oubliées
Malgré l’absence de documents antérieurs au XVIe siècle, il n’est pas douteux que l’existence de verreries dans la forêt de Brix ou à ses abords, ne soit plus anciennes.
[…] il faut arriver au milieu du XVIe siècle pour trouver un texte relatif à la première verrerie connue dans le Cotentin : il s’agit d’un acte de vente passé à Couville, le 14 novembre 1547, en la verrerie du dit lieu.
La Verrerie de Couville
Pierre de Belleville
Quel était le propriétaire de cette verrerie ? La notice de M. Avoine sur la famille de Belleville nous renseigne à ce sujet : un acte de vente passé en juillet 1548 devant Me Guiffart et son collègue, tabellions à Cherbourg, fait mention de « noble homme Pierre de Belleville, écuyer, demeurant à Couville, en la verrerie du Breuil .»
Les rares vestiges de sa verrerie
Il existe encore aujourd’hui à Couville un hameau portant le nom, légèrement modifié, de Breil[2] ; il ne comprend que deux petites maisons situées à 250 mètres au nord-est de la bifurcation des routes Cherbourg-Bricquebec et de Couville-Saint-Martin-le-Gréard.
L’abbé Tardif dans son livre paroissial de Couville, manuscrit conservé par son successeur, M. Regnault signale que des vieillards de son temps avaient recueilli près de là, dans les fossés des champs, des globules de terre et de verre fondus ensemble. M Avoine ajoute que l’auteur du manuscrit lui avait déclaré en 1881, « qu’assez récemment, l’on y a trouvé des débris de gros verre dans quelques champs environnants ». Le temps ayant fait son œuvre, des recherches effectuées sur place en 1926 ne m’ont pas permis de trouver trace de ces vestiges.
Cependant, le plan cadastral de Couville [3] situe l’ancienne verrerie à 350 mètres à l’est des deux maisons du Breil : un terrain, figuré sous le n° 4 de la section A se nomme « La Verrerie » et il est vraisemblable que Pierre de Belleville avait établi là sa fabrication.
L’abbé Tardif affirme que l’existence de la verrerie de Couville n’aurait été qu’éphémère et elle aurait été transférée à Brix en 1553. Cette dernière date doit être rectifiée : en effet dans son intéressant journal, où il rapporte fidèlement jusqu’aux moindres événements de sa vie quotidienne, le sire de Gouberville, Gilles Picot, écrit déjà, à la date du 19 septembre 1549 : « Je m’en vins par La Vente où je trouve Belleville qui faisoyt cyer les fougères ». Si sa verrerie avait encore fonctionné à Couville, on ne s’expliquerait pas que de Belleville eût fait couper à trois lieues de là la fougère qui lui était nécessaire. Nulle part, Gilles de Gouberville, dont le journal commence au 25 mars 1549, ne fait allusion à la verrerie de Couville ; l’installation des Belleville à Brix paraît donc être quelque peu antérieure. »

La rectification d’Eugéne Boivin n’est peut être pas justifiée car Gilles de Gouberville peut faire allusion à un lieu-dit « La Vente » situé à Brix mais aussi au bois de la vente situé sur la commune de Breuville et qui n’est pas très éloigné de Couville.

Notes sur la population de Couville au début de 1792

(au vu du rôle d’imposition mobilière établi au début de 1792)

120 chefs de famille (hommes ou veuves) quelque fois avec un fils sont imposés.

Ce rôle nous permet de faire des remarques intéressantes sur les différentes activités des Couvillais à l’époque de la révolution.

Bien que la profession des personnes soumises à l’imposition ne soit pas toujours mentionnée on dénombre 41 laboureurs (paysans propriétaires de la plus grande partie des terres qu’ils exploitent), 12 journaliers et 7 fermiers en ce qui concerne directement l’agriculture. Il y a par ailleurs un meunier (les ruines du moulin sont sur la route de Virandeville), un menuisier, un tisserand et cinq fileuses.

La suite de ce rôle d’imposition nous plonge dans l’actualité brûlante de 1791, année de la constitution civile du clergé par la Constituante.

Sont imposés d’une part François Henry ci-devant curé pour 5 mois 5 jours (144 livres 18 sols 1 denier) et le sieur Rouland ci-devant vicaire pour la même période (61 livres 6 sols 3 deniers). Ces deux prêtres ont refusé de jurer et plus tard devront se cacher et émigrer à Jersey. D’autre part, nous trouvons Jean Louis Hébert, curé pour 6 mois 24 jours (138 livres 15 sols 10 deniers) et le sieur Agnès, vicaire, les prêtres « jureurs» qui les ont remplacés.

Nous remarquons que les prêtres qui bénéficient encore des revenus de la cure sont plus imposés que Lucas qui est le noble de Saint-Luc (66 livres 5 sols 4 derniers) et qu’un sieur Fouque est imposé pour 1 200 livres de pension (211 livres 11 sols 4 deniers). Il est à noter que Lucas, sieur de Saint Luc, et le sieur Rouland n’ont pas payé leur contribution, peut-être ont-ils déjà émigré.

Comme en 1789, Jean-Louis Fleury est maître d’école. Son épouse, Françoise, maîtresse d’école en 1789 est désignée ici comme sage femme (elle devait exercer les deux activités).

Guillaume Lampierre est greffier de la municipalité depuis «  le 14 9bre 1791 ».

Ce document nous indique les noms de famille des Couvillais, noms que nous retrouvons actuellement comme noms de hameaux : Fleury, Leconnetable, Dorange, Le Marchand, Le Blond (le hameau des Blonds a disparu dans le chantier), Villot.

Le nom de Fleury[4] revient le plus souvent : 22 fois bien avant Dorange 4, Compère 4, Villot 4, Leconnetable 3, Samson, Martin, Renard, Vastel, Lampierre, Lecarpentier, Dyvetot.

En 1816, les Couvillais font allégeance aux Bourbons

Le rôle d’imposition mobilière établi début 1792 (l’un des rares documents de cette époque existant en mairie) nous laissait supposer que Lucas de Couville avait émigré puisqu’il n’avait pas payé sa contribution tout comme le sieur Rouland, curé de la paroisse. Or nous les retrouvons en 1816 signataires avec la majorité de la population d’un document d’allégeance à la famille des Bourbons qui viennent de succéder à Napoléon après Waterloo. Ce document en lui-même n’a rien d’original. Un tel texte a dû circuler dans la majorité des communes puisque Gilles Perrault le mentionne dans son ouvrage qui retrace l’histoire de Sainte-Marie-du-Mont.

« Nous , soussigné, protestons hautement, en face du ciel et de la terre, que la mort de sa Majesté Louis XVI, roi de France et de Navarre, de sainte et glorieuse mémoire, a été le plus exécrable de tous les crimes, tristes fruits des principes impies et séditieux introduits et professés en France par une minorité factieuse.

Nous reconnaissons que les fléaux versés sur notre malheureuse patrie en sont la juste punition et pour expier, autant qu’il est en nous, un pareil attentat et donner au monde le gage de la seule réparation qui soit maintenant au pouvoir des hommes, nous nous empressons de réitérer le serment que nos députés, fidèles interprètes des sentiments de la nation, viennent de prêter en notre nom au pied du trône de notre roi Louis XVIII, légitime successeur de nos rois Louis XVI et Louis XVII. En conséquence, nous promettons, pour nous et nos descendants, que nous serons fidèles à l’illustre race des Bourbons, tant qu’elle existera ; que jamais nous reconnaîtrons pour nos rois légitimes que les princes qui en seront issus et à qui l’ordre de primogéniture en aura imprimé le caractère. Nous le jurons devant Dieu et devant les hommes, que le nom français se perde dans l’oubli plutôt que de trahir le serment de l’honneur ».
Arrêté par nous maire de Couville.
Le 15 février 1816.
D. Lucas de Couville.

S’il avait émigré Lucas de Couville avait dû bénéficier des amnisties de Bonaparte, d’autant plus qu’à cette époque le maire n’était pas élu par le Conseil Municipal, mai désigné par le préfet représentant du gouvernement. Mais en ce qui nous concerne le plus intéressant c’est la liste des couvillais signataires : beaucoup de lecteurs vont se rendre compte que leurs ascendants se sont engagés pour eux vis à vis de famille des Bourbons. Il y a comme en 1792 de nombreux Fleury ( dont l’instituteur greffier de mairie déjà en poste en 1789) mais des noms comme : Compère, Villot, Dorange, Orange, Pesnel, Bihel, Le Marié, Le Connétable, Martin, Launey, Voisin, Lecourt, Hamel, Samson.

À propos du patronyme Fleury qui semble le plus fréquent à Couville jusqu’au XIXe siècle, dans l’Histoire de la Normandie, de Michel de Bouard, le texte suivant est mentionné :

« En 1718, Julien Fleury, laboureur à Couville, déclarait hautement, en parlant du mariage de sa fille, qu’il l’a toujours laissée dans sa volonté pour choisir un époux tel qu’elle jugerait agréable, connaissant qu’elle n’était point capable d’un mauvais choix. »

Les V1 de Couville

Au printemps 1943, l'Organisation Todt entreprit à Couville, pour le compte de la Luftwaffe, la construction d'un énorme bunker devant permettre en un même lieu l'assemblage final des bombes volantes V1, leur approvisionnement, leur réglage, ainsi que leur lancement à proximité immédiate.

Les travaux furent interrompus suite au bombardement allié du 11 novembre 1943.

Voir l'article détaillé Site V1 de Couville.

  • Source : Manuscrit de l’abbé Tardif, curé de Couville de 1874 à 1899

Notes et références

  1. 1,0 et 1,1 Bulletin du Groupe de recherches archéologiques du Cotentin, n° 14, janvier 2011.
  2. Livre édité en 1929, le nom original semble figurer sur le cadastre de 1935.
  3. Cadastre de 1802 car l’ouvrage en question date de 1929 et le cadastre a été rénové en 1935.
  4. Les Fleury sont parfois distingués par des surnoms. Exemples : Fleury dit La Vallée, ou la mention « fils de… ».

Bibliographie

  • Jean Canu : « Un survol historique », Vikland, n° 23, hiver 1982, pp. 41-43.

Voir aussi