Couesnon

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Le Couesnon, à son embouchure dans la baie du Mont Saint-Michel avant 2015
À l'approche du Mont-Saint-Michel.

Le Couesnon est un fleuve de la Manche, long de 101 km.

  • Prononciation. — API : [kwe'nɔ̃]; transcription francisée : koué-non.

Il prend sa source à Saint-Pierre-des-Landes (Mayenne). Il se jette dans la Manche dans la baie du Mont-Saint-Michel, après être passé en Ille-et-Vilaine. Il draine un bassin couvrant 1 110 km² [1]. Il ne sépare pas la Bretagne et la Normandie sur ses derniers kilomètres comme le dit le dicton : « Le Couesnon en sa folie a mis le mont en Normandie. » Le cours du Couesnon a bien changé avec le temps mais sa position actuelle est en réalité son emplacement recensé le plus à l'est. La frontière entre les deux régions se trouve aujourd'hui à 6 km à l'ouest de l'embouchure du Couesnon.

Le Couesnon, la Sée et la Sélune chassent vers le large, autour du Mont-Saint-Michel, les sédiments apportés par la marée.

Hydronymie

Attestations directes

  • super fluvium Coysnon 1015/1026 [2].
  • Coisnun 1030 [3].
  • flumen Cosnonis f-11e s. [4].
  • Coisnun 1160/1174 [5].
  • Coisnon 1160/1174 [6], ~1175 [7].
  • unda Coetni 1214/1224 [8].
  • Cosmun [lire Cosnun] ~1260 [9].
  • la riviere de Caynon 1420/1447 [10].
  • l[a] riviere […] de Couesnon 1449 [11].
  • Coynon R[iviere] quy separe normandie et bretaigne 1542/1544 [12].
  • Cenon flu[vius] 1594 [13].
  • Anon flu[vius] [sic] 1606 [14].
  • la riuiere de Cœsnon 1608 [15].
  • Couesnon (?) R[iviere] 1661 [16].
  • Couesnon R[iviere] 1694 [17].
  • Coyesnon 1692/1699 [18].
  • Couesnon R[iviere] ~1700 [19], 1706 [20], 1716 [21].
  • Coesnon R[iviere] 1719 [22].
  • Couesnon [Riviere] 1720 [23].
  • Coüesnon R[iviere] 1720 [24].
  • Coesnon 1758 [25].
  • Coesnon R[iviere] 1768 [26].
  • Couesnon R[iviere] 1771 [27].
  • Conesnon [lire Couesnon] 1777 [28].
  • Coesnon R[iviere] 1745/1780 [29].
  • Riviere de Coesnon 1780 [30].
  • le Couesnon R[iviere] 1753/1785 [31].
  • Couesnon R[iviere] 1792 [32].
  • le Coesnon ou Couesnon 1830 [33], 1837 [34].
  • [le] Couësnon 1839 [35].
  • Rivière du Couèsnon 1825/1866 [36].
  • le Couesnon 1880 [37].
  • Couesnon R[ivière] 1889 [38].
  • Couesnon 1926 [39].
  • le Couesnon Fl[euve] 2007 [40].
  • le Couesnon (Rivière) 2009 [41].

Attestations indirectes

  • Osmond Coisnon 1180 [42]; surnom médiéval issu de l'hydronyme.
  • Coisnon 1198 [43]; même remarque.

Étymologie

Ce nom d'origine vraisemblablement pré-latine est à rapprocher de celui du Couasnon ou Coinon (Eure-et-Loir; affluent rive gauche de l'Eure) et du Couasnon, Coisnon ou Couanon (Maine-et-Loire, affluent rive droite de l'Authion). Dauzat, Deslandes et Rostaing [44] les rattachent à une « racine obscure ». Ils sont suivi en cela par François de Beaurepaire [3], qui ne s'avance guère au-delà d'une « origine prélatine indéterminée ».

C'est à Ernest Nègre [45] que revient le mérite d'avoir proposé une origine plausible : cet auteur rattache en effet ces noms à un radical hydronymique pré-celtique de sens inconnu °cosa-, qui a l'avantage d'être bien attesté et à l'origine de très nombreux dérivés en France : formes simples Couze, Cuze (de °COSA), dérivés de type Coole (de °COS-ULA); Couzance, Cuzance (de °COS-ANTIA), diminutif Cusancin; Couzon (de °COS-ŌNE); Cousin (de °COS-ĀNE); Coise (de °COS-IA), etc. En l'occurrence, Ernest Nègre propose de voir dans le type Coisnon et ses variantes un dérivé à sens diminutif en -on < °-ŌNE d'un radical issu du cas régime tardif du type °COS-IA, soit °COS-IĀNE + °-ŌNE, « la petite Coise ». Reste que l'on cherche vainement ici la trace d'une Coise primitive : aussi le suffixe -on < °-ŌNE n'a-t-il peut-être pas de valeur diminutive, mais simplement expressive.

Histoire

Sur la tapisserie de Bayeux (fin 11e siècle) : Guillaume le Conquérant traverse le Couesnon

Traduction du texte latin :

  • ligne du dessus : « Le duc Guillaume et son armée arrivèrent au mont Saint-Michel, et ici ils traversèrent le fleuve de Couesnon et allèrent à Dol et Conan prit la fuite. »
  • ligne du dessous : « Ici le duc Harold les tirait du sable. »

Le Couesnon est navigué à la fin du 18e siècle quand, sur sa rive bretonne au Pas-au-Bœuf, un petit port permet le chargement de bois de construction pour la marine royale.[46]

Jusque dans les années 1860 le Couesnon se jette dans la baie du Mont-Saint-Michel au lieu-dit le Pas-au-Bœuf et divague, soit à l'ouest vers Cancale, soit au nord vers le Mont-Saint-Michel. [47]

Le Couesnon avant et après canalisation

Le Couesnon est canalisé en 1858 pour favoriser la poldérisation de la baie du Mont-Saint-Michel[48].

Ensuite, jusqu'en 1900, on peut revoir quelques bateaux naviguer sur le Couesnon et remonter jusqu'au port de Moidrey, en Normandie, mais jamais jusqu'à Pontorson. [46]

En 1969, on inaugure le barrage de la Caserne. Il est démoli en 2008 et remplacé par le barrage du Couesnon dans le cadre de l'opération de rétablissement du caractère maritime du Mont-Saint-Michel. La phase de décantation qui précède le lâcher d'eau du barrage doit limiter l'envasement du Couesnon, le lâcher d'eau lui-même contribuer à désensabler le Mont-Saint-Michel.

En 2010 on drague le Couesnon sur 4,7 km en amont du barrage ; 9 km de chenaux dans l'anse de Moidrey lui rendent sa capacité de stockage d'eau.

En 2015 des aménagements hydrauliques en aval du barrage et la destruction de la digue route permettent au Couesnon de circuler dans deux chenaux autour du Mont-Saint-Michel en chassant les sédiments.

Barrage

Affluents

Dans la Manche
  • Le Tronçon,(une portion sert de limite entre Manche et Ille-et-Vilaine) rive droite.
  • La Dierge ou Guergue, rive droite.
  • Le Loison, rive droite.
  • Le Ruisseau de la Barbais (une portion sert de limite entre Manche et Ille-et-Vilaine)
Ailleurs
  • La Loisance ou Loysance, rive droite.
  • La Minette, rive droite.
  • Le Nançon, rive droite.
  • La Tamoute, rive gauche.
  • Le ruisseau du Chênelais, rive gauche.

Galerie d'images

Bibliographie

  • A. Jacquet, « Que vaut le dicton : “Le Couesnon en sa folie a mis le Mont en Normandie” ? », Annuaire des cinq départements normands, congrès d'Avranches, 1972, pp. 61-68

Notes et références

  1. Fernand Verger, « Colmatage et génie civil aux environs du Mont-Saint-Michel », Mappemonde, n° 63, mars 2001.
  2. Dudon de Saint-Quentin, De moribus et actis primorum Normanniæ ducum, édité par Jules Lair, impr. F. Le Blanc-Hardel, Caen, 1865 [initialement publié dans les Mémoires des Antiquaires de Normandie XXIII], p. 185.
  3. 3,0 et 3,1 François de Beaurepaire, Les noms de communes et anciennes paroisses de la Manche, Picard, Paris, 1986, p. 105.
  4. Tapisserie de Bayeux.
  5. Wace, Roman de Rou, 1160-1174, édition de Frédéric Pluquet, Édouard Frère éd., Rouen, t. I, 1827, p. 333, v. 6580.
  6. Ibid., p. 93, v. 1858.
  7. Benoît de Sainte-Maure, Chronique des ducs de Normandie (~1175), édition de Francisque Michel, in Collection des documents inédits, Imprimerie Royale, Paris, t. I, 1836, p. 381, v. 8616.
  8. Guillaume le Breton, Philippide, livre VIII, v. 42.
  9. Vie de saint Josse, dans le supplément de la Légende dorée (~1260) de Jacques de Voragine, édition Dom Jean Mabillon.
  10. Siméon Luce, Chronique du Mont-Saint-Michel (1343-1468), Firmin-Didot, Paris, t. I, 1879, p. 22.
  11. Siméon Luce, op. cit., t. II, 1883, p. 220, § CCLXXII.
  12. Jean Rotz, [Carte de la Manche], 1542/1544 [British Library].
  13. Abraham Ortel dit Ortelius, Neustria. Britanniae, et Normandiae Typus, Anvers, 1594.
  14. Pierre Bertius, Normandia, 1606.
  15. François Des Rues, Description contenant les antiquitez, fondations et singularitez des plus célèbres villes, chasteaux et places remarquables du royaume de France : avec les choses plus mémorables advenues en iceluy, Coutances, 1608, p. 360.
  16. N. Sanson et P. Mariette cartographes, R. Cordier graveur, Duche et Gouvernement de Normandie, Paris, 1661.
  17. Jean-Baptiste Nolin, Le duche et gouvernement de Normandie Divisé en Haute et Basse Normandie, en Divers Pays, et par Evechez, Paris, 1694 [BN, IFN-7710251].
  18. Justus Danckerts (1635-1701), Canalis inter Angliae et Galliae tabula cum omnibus suis portibus, arenis et profundis, Amsterdam, 1692/1699.
  19. Gerard Valk, Normannia Ducatus, tum Superior ad Ortum, tum Inferior ad Occasum, Praefectura Generalis […] Anglici Caesarea sive Jarsey…, Amsterdam, ~1700.
  20. Alexis-Hubert Jaillot (1632?-1712), La Bretagne divisée en ses neuf Eveschés […], aux Deux globes, Paris, 1706.
  21. Guillaume de l'Isle, Carte de Normandie, Paris, 1716.
  22. Bernard Jaillot, Le Gouvernement général de Normandie divisée en ses trois généralitez, Paris, 1719.
  23. Jean-Baptiste Homann, Tabula Ducatus Britanniæ Gallis / le Gouvernem[en]t General de Bretagne, Nuremberg, 1720.
  24. G. Mariette de la Pagerie, Carte topographique de la Normandie; feuille 3 : Fougères, Vire et Avranches, 1720 [BNF, fonds Cartes et Plans, cote Ge DD 2987 (1009, III B)].
  25. Robert de Vaugondy, Carte du gouvernement de Normandie, Paris, 1758.
  26. Robert de Vaugondy, Carte du gouvernement de Bretagne, Paris, 1768.
  27. Rigobert Bonne, Carte du Gouvernement de Normandie avec celui du Maine et Perche, 1771, recueillie in Jean Lattre, Atlas Moderne ou Collection de Cartes sur Toutes les Parties du Globe Terrestre, ~1775.
  28. P. Santini, Gouvernement de Normandie avec celui du Maine et Perche, Remondini, Venise, 1777.
  29. Atlas de Trudaine pour la généralité de Caen (1745/1780), Archives Nationales, fonds CP, F/14/*8469.
  30. Anonyme, Plan des Départemens de Caen Bayeux et Saint Lo suivant la Marche que les Ambulants Tiennnent lors de Leurs Recouvremens [de la taille], 1780 [BNF département Cartes et plans, GE AA-3798 (RES)].
  31. Carte de Cassini.
  32. Les Auteurs de l’Atlas National de France, Atlas National Portatif de la France, Bureau de l’Atlas National, Paris, 1792.
  33. J. G. Masselin, Dictionnaire universel de géographie physique, commerciale, historique et politique du Monde Ancien, du Moyen Age et des Temps Modernes comparées / Dictionnaire universel de géographie, t. I, Auguste Delalain, Paris, 1830, p. 335b.
  34. Dictionnaire géographique universel ou description de tous les lieux du globe sous le rapport de la géographie physique et politique, de l’histoire, de la statistique, du commerce, de l’industrie, etc., etc., Sociétés de Paris, Londres et Bruxelles pour les publications littéraires, Bruxelles, 1837, t. I, p. 531a.
  35. Panorama pittoresque de la France […], par une société de gens de lettres, de géographes et d’artistes, Firmin Didot, Paris, t. V (section Manche), 1839, p. 21a.
  36. Cartes d’État-Major (relevés de 1825 à 1866, mises à jour jusqu’à 1889).
  37. Adolphe Joanne, Géographie du département de la Manche, Hachette, Paris, 1880, p. .
  38. Carte de la Manche, in Adolphe Joanne, Géographie du département de la Manche, Hachette, Paris, 1889.
  39. Carte du département de la Manche, L’Illustration économique et financière, 28 août 1926.
  40. Carte IGN au 1 : 25.000.
  41. Cadastre moderne.
  42. Léchaudé D’Anisy, Grands Rôles des Échiquiers de Normandie, première partie, Mémoire de la Société des Antiquaires de Normandie XV, 2e série, 5e volume, Paris, 1845, p. 5b.
  43. Léchaudé D’Anisy et Antoine Charma, Magni Rotuli Scaccariæ Normanniæ sub regibus Angliæ, pars secunda, Mémoire de la Société des Antiquaires de Normandie XVI, 2e série, 6e volume, Paris, 1852, p. 69a.
  44. Albert Dauzat, Gaston Deslandes et Charles Rostaing, Dictionnaire étymologique des noms de rivières et de montagnes en France, Klincksieck, Paris, 1978, p. 36b-37a.
  45. Ernest Nègre, Toponymie Générale de la France, Droz, Genève, t. I, 1990, p. 36, § 1041.
  46. 46,0 et 46,1 M. Lambert,in cygne d'argent, mensuel gratuit du pays montois, n° 26, Décembre 1983, cité dans Généalogie en pays dolais (lire en ligne)
  47. Conseil régional de Basse-Normandie, service communication, département pédagogique, Le Mont-Saint-Michel rendu à la mer, 1998
  48. André Mauxion, Découvrir la baie du Mont-Saint-Michel, éd. Ouest-France, 1996, p. 41.

Articles connexes

Lien externe