Graignes

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Graignes est une ancienne commune de la Manche, aujourd'hui partie intégrante de Graignes-Mesnil-Angot.

Toponymie

Attestations anciennes

  • Grania 1109/1113 [1].
  • [abl.] Sancto Michaele in Grania; parrochia de Grania 1277 [2].
  • [gén.] Sancti Michaelis in Grania ~1280 [2].
  • Sanctus Michael in Grannia 1320/1325 [2].
  • ecclesi[a] Sancti Michaelis in Gravia [lire Grania] 1332 [3].
  • Grayne 1351/1352 [4].
  • Graigne 1433 [5].
  • Graingne 1612/1636 [6].
  • Graigue [lire Graigne] 1648 [7].
  • Grengne 1677 [8].
  • Graigne 1689 [9].
  • Grane 1695 [10].
  • Grengue [lire Grengne] 1713 [11].
  • Gragne 1716 [12].
  • Graigne 1719 [13].
  • Grengue [lire Grengne] 1735 [14].
  • Graigne 1736 [15], 1757 [16], 1758 [17].
  • Graignes 1753/1785 [18].
  • Graigne 1791 [19], 1792 [20].
  • Graignes 1793 [21], 1801 [22], 1804 [23], 1828 [24], 1829 [25], 1830 [26], 1837 [27], 1839 [28], 1854 [29], 1825/1866 [30], 1878 [31], 1880 [32], 1903 [33], 1954 [34], 1962 [35], 1972 [36], 1978, 1993 [37].

Étymologie

L'étymologie de ce toponyme ne fait pas l'unanimité parmi les spécialistes.

  • Il est laissé à l'écart par Auguste Longnon [38] et Auguste Vincent [39].
  • Albert Dauzat y a vu une formation adjectivale gallo-romane °GRANIA (sous-entendu VILLA) reposant sur le nom de personne gallo-romain Granius, soit « (le domaine rural) de Granius » [40]. Cette explication est reprise telle quelle par sa disciple Marie-Thérèse Morlet [41], puis par Ernest Nègre [42]. Xavier Delamarre va également dans ce sens, en posant pour Graignes l'étymon gaulois °gran(n)iā, « domaine(s) de Grannios », en faisant de l'anthroponyme un nom gaulois plutôt que gallo-romain [43]. L'auteur ajoute en outre, de manière assez cryptique, qu'il a pu se produire une confusion entre le théonyme celte Grannos [44] et le latin granum « grain ». Sans doute veut-il dire par là qu'il y a eu en fait confusion entre les anthroponymes gaulois Grannios et latin Granius [45], d'étymologies distinctes.
  • François de Beaurepaire [2] part dans une toute autre direction, et rapproche les formes anciennes de Graignes de celles de Grand (Vosges; Granno à l'époque mérovingienne) et de Grane (Drôme), où Dauzat a pensé voir le nom du dieu gaulois Grannus. L'auteur estime que l'on retrouve également le radical gran- (au sujet duquel il n'apparaît pas clairement s'il admet ou non l'hypothèse de Dauzat), dans le nom de Guernesey (Greneroi 11e s.), ainsi que dans le mystérieux toponyme Grannonum ou Grannona situé quelque part sur le littus saxonicum.
  • René Lepelley ne prend pas de risques, et déclare simplement le toponyme de sens obscur [46].

On ne comprend pas bien la raison qui a poussé François de Beaurepaire à totalement éluder l'hypothèse Dauzat-Morlet-Nègre, somme toute très plausible. Ce sont ses considérations qui ont incité René Lepelley à se réfugier derrière une origine « obscure », alors que la première explication pause peu de problèmes.

On notera que le -s final de Graignes, non étymologique, est d'apparition très tardive : on le relève en effet pour la première fois sur la carte de Cassini (1753/1785), puis il s'impose rapidement à l'époque de la Révolution.

Histoire

« Cette commune, qui eut jadis un château-fort, a de vastes marais dans lesquels on pêche beaucoup de sangsues qui s'exportent à Saint-Lô et à Caen. L'hiver, un bon nombre d'habitants de Graignes vont dans de petites barques à la chasse des canards sauvages et autres oiseaux qui viennent en foule dans les marais[47]. »

Clocher de l'ancienne église de Graignes.

Le 6 juin 1944, vers deux heures du matin, cent soixante-dix parachutistes de la 82e division aéroportée américaine atterrissent dans les marais inondés de Graignes, alors qu'ils visaient Amfreville. Ils s'installent dans le village non-occupé avec l'aide des habitants, qui se transforme en camp retranché. Le 10 juin, un parachutiste américain abat deux Allemands se dirigeant vers le bourg. Le lendemain, les Allemands attaquent le village pendant la messe dominicale. Après leur troisième attaque, en fin de journée, ils prennent le contrôle du village face aux Américains à cours de munitions et exécutent les prisonniers et des habitants, comme l'abbé Leblastier. Le village est finalement libéré le 12 juillet, laissant un tiers des maisons détruites et le reste abimé.

Plaque inaugurale du bourg.

Guy Pison est chargé du plan d'urbanisme pour la reconstruction de Graignes. L'ancienne église n'est pas reconstruite, le clocher au milieu du cimetière demeurant comme mémorial. L'ensemble du village est déplacé vers le sud avec un lieu de culte moderne[48]. Le bourg est inauguré le 11 juin 1964, par le préfet Dubis-Chabert, le maire Voydie et l'architecte Pison.

La commune fusionne avec Le Mesnil-Angot pour former la commune de Graignes-Mesnil-Angot le 28 février 2007 (mise en application de l'arrêté du 14 février 2007).

Démographie

Sous l'Ancien régime

Sous l'Ancien régime, le dénombrement des populations se fait généralement par feux, c'est-à-dire par foyers. Le nombre de personnes habitant sous un même toit variant beaucoup suivant celui d'ascendants et d'enfants [49], ces données sont donc relatives, mais donnent néanmoins une idée de l'évolution démographique.

Depuis la Révolution

Évolution démographique
1793 1800 1806 1821 1831 1836 1841 1846 1851 1856 1861 1866 1872 1876 1881 1886 1891
1120 1033 1206 1199 1187 1217 1232 1208 1163 1146 1132 1151 1158 1172 1126 1067 1081
1896 1901 1906 1911 1921 1926 1931 1936 1946 1954 1962 1968 1975 1982 1990 1999 2005
1050 1004 996 920 818 849 795 776 712 782 783 677 602 588 534 617 713
Source = Cassini + Insee

Administration

Circonscriptions administratives avant la Révolution

Circonscriptions administratives depuis la Révolution

Les maires

Liste des maires de Graignes avant la fusion avec
Le Mesnil-Angot de 2007
Période Identité Parti Qualité Observations
.......-....... François Vautier 1794
.......-....... Jean Folliot 1795
.......-1800 Michel Maheux 1795
1800-1800 Jean Le Trésor
1800-1804 Michel Pottier
1804-1815 Thomas Folliot
1815-1815 Jean-Charles Folliot
1816-1826 Jean-Antoine Folliot
1826-1827 Antoine Le Picard
1827-1838 Nicolas Birée
1838-1840 Jean-Louis Folliot
1840-1846 Nicolas Birée
1846-1848 Jean-François Bayeux
1848-1848 Nicolas Birée
1848-1872 Jean-François Bayeux
1872-1884 Ferdinand Folliot
1884-1885 Georges Fromond décédé en exercice le 18 avril 1885
1885-1917 Auguste Lescalier
1919-1944 Albert Defortescu
1944-1977 Alphonse Voydie
1977-1989 Octave Marie agriculteur
1989-1995 Pierre Drion chef d'entreprise
1995-2007 Denis Small SE directeur d'école
Sources : État civil de 1790 à 1892 - De 1892 à nos jours : 601 communes et lieux de vie de la Manche.
Toutes les données ne sont pas encore connues.


Religion

Circonscriptions ecclésiastiques avant la Révolution

Patronage

  • Dédicace de l'église paroissiale : Saint-Michel.
  • Patron (présentation) : l'abbesse et l'abbaye de la Trinité de Caen (Calvados) au 14e s., mais les pouillés de 1648 donnent comme patron l'évêque de Coutances au 17e s. [7].
  • Fête patronale : ?

Lieux et monuments

Notes et références

  1. Lucien Musset, Les actes de Guillaume le Conquérant et de la Reine Mathilde pour les abbayes caennaises, Mémoires de la société des Antiquaires de Normandie XXXVII, Caen, 1967, p. 138, § 27.
  2. 2,0 2,1 2,2 et 2,3 François de Beaurepaire, Les noms de communes et anciennes paroisses de la Manche, Picard, Paris, 1986, p. 125.
  3. Pouillé du Diocèse de Coutances, 1332, in Auguste Longnon, Pouillés de la Province de Rouen, Recueil des Historiens de France, Paris, 1903, p. 356F.
  4. Compte du Diocèse de Coutances, pour l’année 1351 ou 1352, in Auguste Longnon, Pouillés de la Province de Rouen, Recueil des Historiens de France, Paris, 1903, p. 368D.
  5. Siméon Luce, Chronique du Mont-Saint-Michel (1343-1468), Firmin-Didot, Paris, t. II, 1883, p. 23, § CXLII.
  6. Jean Bigot sieur de Sommesnil, État des paroisses des élections de Normandie, 1612/1636 [BNF, ms. fr. 4620].
  7. 7,0 et 7,1 « Benefices du dioceze de Coutances », p. 6, in Pouillié general contenant les benefices de l’Archevesché de Rouen […], chez Gervais Alliot, Paris, 1648.
  8. Roles par généralités et élections des paroisses de France et de leur imposition aux tailles, 1677 [BNF, cinq cents Colbert, ms. 261 f° 229 à 275].
  9. G. Mariette de La Pagerie, cartographe, Unelli, seu Veneli. Diocese de Coutances, divisé en ses quatre archidiaconés, et vint-deux doiennés ruraux avec les Isles de Iersay, Grenesey, Cers, Herms, Aurigny etc., chez N. Langlois, Paris, 1689 [BNF, collection d'Anville, cote 00261 I-IV].
  10. P. Mortier / H. Jaillot, Le Duché et Gouvernement de Normandie divisée en Haute et Basse Normandie, Amsterdam, 1695.
  11. 11,0 et 11,1 Dénombrement des généralités de 1713 [BNF, ms. fr. 11385, f° 1 à 132].
  12. Guillaume de l'Isle, Carte de Normandie, Paris, 1716.
  13. Bernard Jaillot, Le Gouvernement général de Normandie divisée en ses trois généralitez, Paris, 1719.
  14. 14,0 et 14,1 Nouveau dénombrement du royaume par generalités, elections, paroisses et feux […], t. II, Impr. Pierre Prault, Paris, 1735, p. 52b.
  15. Bernard Jaillot, Carte topographique du diocèse de Bayeux, Paris, 1736 [BNF, collection d’Anville, cote 00260 B].
  16. L. Brion de la Tour, Recueil des Côtes Maritimes de France, Desnos, Paris, 1757, carte n° 9.
  17. Robert de Vaugondy, Carte du gouvernement de Normandie, Paris, 1758.
  18. Carte de Cassini.
  19. Les Auteurs de l’Atlas National de France, Précis élémentaire et méthodique de la nouvelle géographie de la France, Bureau de l’Atlas National, Paris, 1791.
  20. Les Auteurs de l’Atlas National de France, Atlas National Portatif de la France, Bureau de l’Atlas National, Paris, 1792.
  21. Site Cassini.
  22. Bulletin des lois de la République française, Imprimerie Nationale, Paris.
  23. Dictionnaire universel, géographique, statistique, historique et politique de la France, impr. Baudouin, libr. Laporte, vol. II (COA-H), an XIII (1804), p. 596b.
  24. Louis Du Bois, Itinéraire descriptif, historique et monumental des cinq départements de la Normandie, Mancel, Caen, 1828, p. 467.
  25. Annuaire de la Manche (1829), Statistique de l'arrondissement de Saint-Lô, p. 159.
  26. J. G. Masselin, Dictionnaire universel de géographie physique, commerciale, historique et politique du Monde Ancien, du Moyen Age et des Temps Modernes comparées / Dictionnaire universel de géographie, t. I, Auguste Delalain, Paris, 1830, p. 567a.
  27. Dictionnaire géographique universel ou description de tous les lieux du globe sous le rapport de la géographie physique et politique, de l’histoire, de la statistique, du commerce, de l’industrie, etc., etc., Sociétés de Paris, Londres et Bruxelles pour les publications littéraires, Bruxelles, 1837, t. I, p. 798b.
  28. Panorama pittoresque de la France […], par une société de gens de lettres, de géographes et d’artistes, Firmin Didot, Paris, t. V (section Manche), 1839, p. 7a.
  29. V. Lavasseur, Atlas National Illustré des 86 départements et des possessions de la France, A. Combette éditeur, Paris, 1854.
  30. Cartes d’État-Major (relevés de 1825 à 1866, mises à jour jusqu’à 1889).
  31. Abbé Auguste Lecanu, Histoire du diocèse de Coutances et d'Avranches depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours; suivie des actes des saints et d'un tableau historique des paroisses du diocèse, impr. de Salettes, Coutances, t. II, 1878, p. 401.
  32. Adolphe Joanne, Géographie du département de la Manche, Hachette, Paris, 1880, p. 60a.
  33. Auguste Longnon, Pouillés de la Province de Rouen, Recueil des Historiens de France, Paris, 1903.
  34. Nomenclature des hameaux, écarts et lieux-dits de la Manche, INSEE, 1954.
  35. Atlas de Normandie, Caen, 1962.
  36. Anne Vallez, Pierre Gouhier, Jean-Marie Vallez, Atlas Historique de Normandie II (économie, institutions, comportements), Université de Caen, Caen, 1972.
  37. Annuaire officiel des abonnés au téléphone.
  38. Auguste Longnon, Les noms de lieux de la France, Paris, 1920-1929; rééd. Champion, Paris, 1979.
  39. Auguste Vincent, Toponymie de la France, Bruxelles, 1937.
  40. Albert Dauzat et Charles Rostaing, Dictionnaire étymologique des noms de lieux en France, Larousse, Paris, 1963 (rééd. Guénégaud, avec supplément de Marie-Thérèse Morlet), p. 327b.
  41. Marie-Thérèse Morlet, Les noms de personnes sur le territoire de l’ancienne Gaule du VIe au XIIe siècle, Paris, CNRS, t. III (les noms de personnes contenus dans les noms de lieux), 1985, p. 101a.
  42. Ernest Nègre, Toponymie Générale de la France, Droz, Genève, t. I, 1990, p. 624, § 10277.
  43. Xavier Delamarre, Noms de lieux celtiques de l'Europe ancienne (-500 / +500), Errance, Paris, 2012, p. 161a.
  44. Grannos ou Grannus est le surnom de l'Apollon gaulois, qui pourrait signifier « le barbu » (cf. Xavier Delamarre, Dictionnaire de la langue gauloise, Errance, Paris, éd. 2003, p. 182), mais cette opinion n'est pas partagée par tous.
  45. On voit généralement dans Granius un dérivé du latin granum « grain », et donc un sobriquet ayant le sens de « grenu »; ceci dit, un dérivé de grani « natte (de cheveux) » semble également possible.
  46. René Lepelley, Dictionnaire étymologique des noms de communes de Normandie, Caen, Presses Universitaires de Caen / Condé-sur-Noireau, Éditions Charles Corlet, 1993, p. 137a.
  47. Girault de Saint-Fargeau, Guide pittoresque du voyageur en France, 1838.
  48. Alain Nafilyan, Éric Diouris et Frédéric Henriot, Monuments historiques du XXe en Basse-Normandie, In Quarto, 2010.
  49. Une moyenne de 5 à 6 personnes semble cependant le chiffre le plus vraisemblable.