Gestapo dans la Manche

De Wikimanche

La Gestapo [1] développe son activité dans la Manche, comme partout ailleurs en France occupée, lors de la Seconde Guerre mondiale [2]. L'historien Yves Lecouturier estime cependant que la Manche est, des cinq départements normands, celui « où la collaboration policière française avec les Allemands apparut la moins développée » [3].

D'abord implanté à Rouen (Seine-Maritime), le service régional de la Gestapo installe des antennes locales dans les principales villes de Normandie : Le Havre, Caen, Évreux, Alençon, Dieppe. Dans la Manche, trois antennes sont créées :
- à Cherbourg, 44, rue de l'Amiral-Courbet, au printemps 1942, d'abord commandée par Rittmeister [3]
- à Granville, au Normandy Hôtel [3]
- à Saint-Lô, 22, route de Villedieu [4], en décembre 1943, dirigée par Dorcher [3], avant de se transporter au château de Saint-Jean-du-Corail [5]

Dans la Manche, comme ailleurs en France, des patriotes, des antifascistes, arrêtés par la police française sur ordre du préfet, enfermés souvent sans jugement dans les prisons ou les camps d’internement de l’État pétainiste, sont livrés aux Allemands qui demandent des otages pour les déporter vers les camps de la mort (comme ceux du convoi du 6 juillet 1942 à destination d’Auschwitz).

Des opérations de répression et de persécution sont menées par la police locale et aussi par les agents des Renseignements généraux ou des « Brigades spéciales antiterroristes », dépêchés dans le département pour les « affaires » importantes. Quant aux arrestations effectuées directement par la Gestapo ou la Feldgendarmerie, nombre d’entr’elles se font d’après des indications fournies par les autorités françaises ; en particulier, les militants communistes et syndicalistes CGT, déjà repérés avant la guerre, devaient s’attendre au pire.

Ils s’appellent Roger Aumont, Charles Passot, Léon Lecrées, Marie Lesage, Achille Mesnil, Félix Bouffay, Alexandre Avoyne, ...et beaucoup d’autres[6], plusieurs dizaines, fusillés ou exterminés dans les camps de concentration après avoir été ainsi dénoncés ou livrés, voilà le résultat dans la Manche de la connivence des autorités françaises avec les nazis.

La Gestapo est en outre flanquée d’une section spéciale, le SD (Sichereitsdiesnst) qui l’assiste dans ses basses besognes. Le SD utilise les services d’un certain nombre de Français et Françaises pro-Allemands, afin de rechercher les résistants et les réfractaires. Parmi ces dénonciateurs, on peut citer Albert Lenourry, la vicomtesse Élisa de Plinval, Marie-Louise Guéret, Georges Tostain, Hippolyte Degroote, Gaston Lebourgeois, Mercédès Para, Maurice Achart, Jacques Queuin, Hyacinthe Infray, Edwige Bazire, ou encore Suzanne Crevon, originaire de Saint-Vaast-la-Hougue, employée à la Kriegsmarine.

Tous ces éléments contribuent efficacement à la répression contre la Résistance dirigée par Warzeka, Haberla, Goest ou le Feldwebel Junger, alias «Dufour», organisateur du SD. En 1944, le sous-préfet de Cherbourg et le préfet de la Manche sont inquiétés. Ce dernier, dénoncé, est déporté en Allemagne. Des personnalités cherbourgeoises sont incarcérées à la prison de Saint-Lô où elles périssent dans la nuit du 7 juin 1944 sous un bombardement américain ; sans oublier, « personnalités » ou pas, la vingtaine de patriotes fusillés dans cette même ville à partir de 1942.

À la Libération, les cours de justice d'Avranches et de Cherbourg prononcent quelques condamnations à mort à l’encontre de collaborateurs criminels, mais seules trois seront suivies d'exécution. Quant aux policiers français compromis dans des affaires de répression contre la Résistance, ils sont très peu inquiétés dans la Manche, l’un des leurs, le commissaire Ponceau de Cherbourg ayant été promu à la Libération commissaire divisionnaire de la DST à Rouen et à ce titre, responsable de l’épuration, y compris celle de la police, dans toute la Normandie.[7]

Les mouvements de résistance dénoncent l'« indulgence » dont bénéficient nombre de collaborateurs manchois. Le 20 octobre 1944, des résistants, internés, déportés se rassemblent à Saint-Lô pour protester contre les « acquittements scandaleux » et les « remises de peine ahurissantes » [3]. Ils demandent la réouverture des instructions et des sanctions plus sévères [3]. En vain.

Notes et références

  1. Acronyme de Geheime Staatspolizei (police secrète d'État), est la police politique du Troisième Reich, créée en 1933 par Hermann Göring.
  2. Elle est chargée « de rechercher toutes les intentions qui mettent l'État en danger, et de lutter contre elles, de rassembler et d'exploiter le résultat des enquêtes, d'informer le gouvernement, de tenir les autorités au courant des constatations importantes pour elles et de leur fournir des impulsions ».
  3. 3,0 3,1 3,2 3,3 3,4 et 3,5 Yves Lecouturier, Normandie Gestapo, éd. Charles Corlet, 1997.
  4. Aujourd'hui, 140, rue Henri-Dunant.
  5. Jean Quellien, « La répression nazie en Basse-Normandie après le débarquement », Éditions électroniques, 2007, p. 61.
  6. Un certain nombre d’entre eux figurent ici : Liste des résistants PCF et FN-FTP de la Manche.
  7. Plus de précisions dans la page consacrée à Gustave Jurczyszyn.

Voir aussi

Résistance dans la Manche