André Defrance

André Defrance, Louis, Gustave, né à Cherbourg le 18 décembre 1908 , mort dans cette même ville le 9 juillet 1952, est un militant communiste et un résistant FFI-FTP de la Manche.

André Defrance (1908-1952).

[modifier] Biographie

André Defrance est embauché comme chaudronnier à l’arsenal de Cherbourg en 1926. Il est élu avant la Seconde Guerre mondiale, par ses camarades de travail, secrétaire du syndicat CGT de l'arsenal. Envoyé à la frontière en septembre 1939, il fait la campagne 1939-1940 : croix de guerre à l’ordre de son régiment, le 315e d’Artillerie. Parallèlement, il apprend qu'il est révoqué de son travail: il n'y a plus de place pour le responsable CGT.

Dès son retour dans la Manche en septembre 1940, après sa démobilisation, il entre dans la Résistance en créant des groupes de patriotes sous l’égide du Parti communiste illégal dans le but de s’opposer au gouvernement de Vichy et de combattre l’occupant. Puis, aidé de sa femme Juliette, née Munsch et de nombreux autres partisans comme Henri Corbin, Arsène Paris, Félix et Léontine Bouffay, Henri Messager, Roger Bastion, Roger Le Cann, Jean Lamotte, Louis Pinson ou bien encore Irène et Roger Aumont, Émile Pinel, Victor Francolon... (liste non exhaustive), il implante et coordonne dans la Manche le FN (Front national de lutte pour l'indépendance de la France) et crée l’OS (Organisation spéciale), groupes d’action du Front National qui deviendront par la suite les FTPF (Francs-tireurs et partisans français).

André Defrance entre dans la clandestinité à la suite d’une grève qu’il organise en mai 1941 parmi les ouvriers travaillant au terrain d’aviation de Gonneville-Maupertus. Cette grève, unanimement suivie, permet de soutenir les actions patriotiques des mineurs du Nord et du Pas-de-Calais et de faire connaître la Vie Ouvrière, journal clandestin de la CGT interdite. Juliette Defrance est arrêtée, après dénonciation, le 30 octobre 1941 au Moulin de Gonneville, près de Bricquebec où elle s’était réfugiée ; elle fera trois ans dans les camps de concentration de Vichy.

André Defrance, activement recherché par la police française et la Gestapo, quitte la Manche en juin 1942 pour l’Oise.

Tract édité par le Parti communiste français (manuscrit d'André Defrance - mai 1942).

Dans la Manche puis dans l’Oise, André Defrance, inlassablement, effectue le même travail d’organisateur de la Résistance : recrutement de patriotes et organisation de ces patriotes au sein de groupes, comités, sections ; création de groupes de Francs-tireurs et organisation en vue d’actions militaires ; rédaction, impression, réception, diffusion de tracts, journaux et autres publications clandestines ; organisation de réunions clandestines dans toutes les agglomérations où existe un groupement dépendant de son activité ; recherche de renseignements sur l’activité et les positions de l’ennemi pour communication à l’état-major ; fabrication de pièces d’identité pour les membres de la Résistance ; stockage d’armes et de munitions en vue d’actions de guerre. Il commande le sabotage de wagons en gare de Lison, l’altération de denrées alimentaires destinées aux troupes d’occupation à Coutances, le sabotage dans différentes usines de l’Oise (Creil, Montataire, Nogent-sur-Oise, Méru, Chambly, Ribécourt etc.). Le 19 septembre 1942, il prend la parole à la sortie des ateliers du Moulin-Neuf (SNCF) à Chambly, pour inciter les cheminots à faire grève le lendemain, jour anniversaire de la victoire de Valmy ; le mot d’ordre est suivi.

En décembre 1942, il rejoint la Seine-Inférieure (aujourd'hui Seine-Maritime), où il restera un an. Nommé capitaine, il est alors le chef départemental du Front national ainsi que des Francs-tireurs et partisans (FTP). Toutes les opérations, assez nombreuses, des FTP en Seine-Inférieure pendant cette période sont exécutées sous son commandement : déraillements de trains d’Allemands, destruction de transformateurs, destruction de stocks destinés à l’armée allemande, sabotages dans les usines et chantiers de Rouen et du Havre travaillant pour l’ennemi. Il participe personnellement aux opérations suivantes : destruction de plusieurs locomotives en plein jour au dépôt de Rouen-Martainville, attaque à la grenade du cinéma militaire allemand Cinédit à Rouen le 21 octobre 1943-sept Allemands tués dont un officier supérieur-, attaque récidivée au Havre contre le Sélect et toujours, soustraction de titres d’alimentation pour les maquis, recrutement de nouvelles troupes (réfractaires au STO en particulier) pour les FTP, création de maquis ; réception et répartition d’armes et de matériel de guerre. Il fournit de faux papiers d’identité pour des aviateurs alliés (dont un d’origine norvégienne recueilli par une institutrice de Pissy-Pôville, et deux autres, parachutistes de la RAF, hébergés par M. et Mme Bernanos, parents de l’écrivain) ; il rédige, réceptionne, diffuse de nombreuses publications clandestines (l’Avenir Normand, Front National, France d’Abord etc.), dont il subsiste à ce jour une grande variété d'exemplaires.

Nommé commissaire militaire interrégional (CMIR) pour la région basco-landaise à la fin de décembre 1943 par Albert Ouzoulias (colonel « André »), il est arrêté le 16 janvier 1944 dans le train Bordeaux-Tarbes lors d’un contrôle de routine, au retour d’une mission accomplie à Tours (Indre-et-Loire) auprès du chef d’un maquis mobile. Livré à la Gestapo avec trois jeunes gens qui cherchaient à passer la frontière, il parvient à dissimuler sa véritable identité. Les Allemands ignorent qu’ils tiennent l’homme qu’ils recherchent depuis 1941 et qui est alors le responsable des FTP de tout le sud-ouest. Après avoir été détenu au fort du Hâ, il est déporté à Auschwitz le 27 avril puis à Buchenwald et au camp principal de Flossenbürg. André Defrance poursuit dans le monde concentrationnaire son action de résistant en participant notamment aux réunions clandestines des organisations patriotiques des camps. Il échappe in extremis à la pendaison pour sabotage à Flossenbürg. Dans la nuit du 25 au 26 avril 1945 il s’évade d’une colonne de déportés (Marche de la mort). Recueilli le 27 par l’armée américaine, dans un état de faiblesse extrême, il est transporté dans différents centres de secours puis dans un hôpital de Regensburg (Ratisbonne). Il retrouve son domicile d'Équeurdreville début juillet, après avoir transité par le centre de regroupement de l'hôtel Lutétia.

Après la guerre, il est réintégré à l’arsenal. Dans un contexte de guerre froide et de présence en France des troupes américaines du Pacte atlantique, André Defrance reste fidèle à ses convictions. Il milite activement contre la répression coloniale menée en Indochine par les différents gouvernements de l’époque. Liquidateur pour la Manche du FN, en butte à de multiples tracasseries administratives consécutives à des règlements de comptes politiques, il n’a de cesse de défendre les droits de ses anciens camarades de la Résistance et des familles des disparus. Ces patriotes-là, souvent d’origine sociale modeste, aguerris dans les mouvements de la gauche unie en 1936, héritiers d’une longue tradition de luttes populaires qui les porta dans la résistance active à l’oppresseur nazi, ne cadrent pas, malgré leur prépondérance, avec l’image d’une Résistance de légende, faite d’« élites » que l’on tente alors de faire passer dans l’historiographie officielle. Les diverses mesures de rétorsion, de mises à l’écart dont André Defrance et son épouse sont l’objet, s’ajoutent aux persécutions déjà subies.

André Defrance meurt à l’hôpital maritime de Cherbourg le 9 juillet 1952, il est âgé de quarante-trois ans. Les autorités se refuseront toujours à reconnaître un lien entre son décès et les sévices et souffrances endurés dans les camps.


Pseudonymes d’André Defrance dans la Résistance : André (Manche), Pierre (Oise), Roland et Claude (Seine-Inférieure), Caron (région basco-landaise).

Matricule F.T.P. : 1650

Auschwitz: 185.396 (tatoué)


En 2009, la municipalité d'Équeurdreville-Hainneville a donné les noms de André et de Juliette Defrance à une allée proche de l'Agora.

[modifier] Distinctions

  • Croix de guerre avec plusieurs citations
  • Médailles de la Résistance, de la Déportation
  • Croix du Combattant Volontaire de la Résistance

[modifier] Voir aussi