Hôtel Atlantique (Cherbourg)

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Siège de la Chambre de commerce.

L'hôtel Atlantique est un monument de Cherbourg-en-Cotentin.

Il a servi de lieu de transit à des milliers d'immigrants vers les États-Unis d'Amérique.

Il est devenu le siège de la Chambre de commerce et d'industrie Cherbourg-Cotentin.

Architecture

Pavillon.

L'hôtel Atlantique a été conçu par l'architecte René Levavasseur. Sur 5 400 m², trois bâtiments (le quartier des infectés, le quartier des désinfectés et la direction), deux en L, un en U, s'ordonnent autour d'une cour rectangulaire au centre de laquelle s'élève le hall central du réfectoire [1].

La structure de l'hôtel est en aggloméré de béton armé, y compris ses planchers et escaliers, habillée de béton de ciment. Son enduit extérieur est en mortier de ciment teinté ocre rosé, lissé à la tyrolienne. Les frontons et les allèges des fenêtres du premier étage sont décorés de mosaïques de grès de tons ocre blanc et bleu réalisées par la maison Gentil et Bourdet. La charpente est en fer recouverte de tuiles en ciment. Le sol du rez-de-chaussée est carrelé en grès rouge et blanc, les murs et cloisons peints à l'huile. Le sol des étages est parqueté [2]. Une chaudière au sous-sol fournit le chauffage central[2].

Le hall central, qui abritait le restaurant, est en brique enduit du même mortier ocre rosé. Le toit en tuile rouges est agrémenté d'un surcroit central de type lanterne qui repose sur quatre piles [1].

L'intérieur de la salle à manger, dans le hall central, est peint au pochoir à l'huile sur fond de peinture à la chromaline [2], dont il ne reste que peu de trace[1].

Histoire

En 1921, face à l'afflux des candidats à l'émigration vers les États-Unis, l'hébergement manque. Le ministre Lucien Dior négocie la même année avec la municipalité et le ministère de la Défense l'utilisation de l'ancien arsenal qui n'est accordée que pour un hébergement temporaire. Un ancien paquebot, le Royal George est amarré à la digue du Homet par les compagnies pour abriter 1 500 personnes, et des hôtels sont construits, comme le New York Hôtel de la Royal Mail, dans le quartier du Roule, à l'emplacement de la cité Fougères, qui accueille 1 500 émigrants par an. Mais cela demeure insuffisant. Les contrôles sont donc faits directement à la descente du train, et on croise ensuite dans les rues de Cherbourg les futurs voyageurs portant l'insigne de la compagnie qui les prend en charge [2].

La Cunard Line, la White Star Line et la Red Star Line, qui représentent les trois quarts du trafic cherbourgeois, décident de s'unir au sein de la société anonyme de l'hôtel Atlantique pour édifier un établissement moderne et adapté [2]. Il accueille ses premiers hôtes en 1922.

Le nouvel édifice doit servir de lieu d'hébergement et de transit à 2 000 migrants à la fois, principalement en provenance de l'Europe de l'Est.

Ses installations sont à la pointe du progrès de l'époque : salles de désinfection, cabinets médicaux, vastes dortoirs, deux réfectoires de 250 et 800 places, cuisines modernes, salles de bain, certaines équipées de baignoires, salle de correspondance...

À la sortie du train, les migrants se rendent directement à l'hôtel, accompagnés d'un agent de navigation. Une fois au pavillon des infectés, leur parcours passe d'abord par la salle des bagages, qui sont examinés et désinfectés, puis par la salle de déshabillage, où les linges sont séparés en deux sacs entre vêtements et sous-vêtements, avant de subir la douche au savon au pétrole. Viennent ensuite les examens médicaux après quoi les migrants peuvent se rhabiller. Les femmes sont séparés, et bénéficient d'un salon de coiffure [2].

Dans le quartier des désinfectés, 2 réfectoires de 250 et 800 couverts distribuent à heures fixes deux types de nourriture, classique et casher sous contrôle d'un rabbin. À l'étage, les dortoirs avec vue sur mer, ont des blocs de 4 lits de fer superposés 2 à 2, avec matelas de varech et dispose de l'eau chaude courante[2].

L'hôtel reste en activité jusqu'à la fin des années 1930. Les compagnies de navigation, qui en sont propriétaires, le mettent officiellement en vente en mai 1936 [3]. Félix Amiot le rachète en 1939, et installe un hôtel de tourisme dans le bâtiment nord, et des appartement dans les appartements meublés [2].

Il est réquisitionné en juin 1940 par l'armée allemande d'occupation. L'OBL-Normandie (Oberbauleitungen) s'y installe. C'est l'organisme qui dirige la construction du Mur de l'Atlantique, dans la partie comprise entre Granville et Trouville-sur-Mer (Calvados) [4]. Puis, les Américains y installent des bureaux.

Il est récupéré en juin 1946, dans un état lamentable, par Félix Amiot qui y installe aussitôt 40 chambres, puis 100 en décembre, afin d'accueillir les voyageurs des compagnies organisant des visites des champs de bataille de la Libération. L'hôtel, dans le bâtiment Nord sur la rue Dom Pédro, accueille le congrès de la Presse normande en janvier 1947, et ferme cinq ans plus tard, en octobre 1952, quand Amiot juge l'offre hôtelière à Cherbourg suffisante. Amiot l'utilise également comme bureaux et d'habitations aux Constructions mécaniques de Normandie (CMN). L'ancien réfectoire devient un garage. Il installe son appartement de fonction à l'étage de l'aile orientale pour les grandes réceptions, et une salle des maquettes au rez-de-chaussée de l'aile occidentale. Dans les appartements habitent les ouvriers chargés de la rénovation, des pêcheurs actifs ou salariés des Chalutiers cherbourgeois, le personnel des CMN ainsi que des cherbourgeois privés de logements lors de la reconstruction. Des ateliers sont également installés à la fin des années 1950 [2].

Après 1974, il n'héberge plus que les Amiot et quelques visiteurs[2].

Il est ensuite racheté par la Chambre de commerce et d'industrie Cherbourg-Cotentin qui s'y installe en 1991. Dans les années 2000, elle est rejointe par les studios de France Bleu Cotentin.

Le hall central est inscrit au titre des monuments historiques par arrêté préfectoral du 19 octobre 2001[1].

Bibliographie

  • Les Émigrants, film de 10' 49", Pathé Actualités, 1930

Notes et références

  1. 1,0 1,1 1,2 et 1,3 Alain Nafilyan , Éric Diouris et Frédéric Henriot, Monuments historiques du XXe siècle en Basse-Normandie, In Quarto, 2010.
  2. 2,0 2,1 2,2 2,3 2,4 2,5 2,6 2,7 2,8 et 2,9 Alexis Salatko, Notre-Dame des Queens, Isoète, 1995.
  3. « L'hôtel Atlantique est officiellement à vendre », L'Ouest-Éclair, 26 mai 1936.
  4. Rémy Desquesnes, Le Mur de l'Atlantique en Normandie, éd. Heimdal, 1976.

Lien interne

Lien externe