Paul Minard

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Paul Minard.

Paul Minard, né à Pontgouin (Eure-et-Loir) le 10 septembre 1858, mort à Paris le 16 juin 1941, est une personnalité scientifique de la Manche, ingénieur des Ponts et Chaussées de profession.

Biographie

Paul Minard devient ingénieur des Ponts et Chaussées en 1883 et est affecté à la Direction des travaux hydrauliques de Cherbourg. À ce titre il réalise, pour le compte de la Marine, la digue de l'Ouest et la digue de l'Est. Il procède ensuite à l’agrandissement de l’avant-port du Homet (augmentation de sa longueur de 170 mètres). Enfin, vers 1921, la construction du port des Mielles débute. On dit de lui qu’il est le « concepteur » du port en eau profonde de Cherbourg.

Cet ingénieur d’exception consacre la plus grande partie de sa carrière au port de Cherbourg. Son œuvre participe grandement à l’essor économique de la ville et au rôle déterminant de celle-ci durant la Seconde Guerre mondiale. Le 30 juillet 1933, il est à Cherbourg, invité à la cérémonie d’inauguration de la gare maritime, en présence du président de la République, Albert Lebrun. Le président de la Chambre de Commerce, Camille Th. Quoniam rappelle dans son discours le rôle discret et éminent de l’ingénieur Minard, inventeur du port en eau profonde.

Il prend sa retraite en 1923 et meurt à Paris le 16 juin 1941.

En 1921, M. Quoniam déclare lors d'une conférence donnée à Cherbourg : « Nous ne serons jamais assez reconnaissants à cet ingénieur du plus haut mérite, du plus parfait désintéressement, de la plus exquise simplicité » [1]. Le 24 janvier 1947, M. Quoniam déclare devant l’Académie de la Marine : « Sans lui, le trafic transatlantique n’eût pas connu à Cherbourg, le prodigieux développement dont nous fûmes les témoins. Sans lui, plus sanglante, plus coûteuse eût été la campagne de Normandie. »

Il témoigne également, dans sa vie personnelle, d'un courage rare. Le journal Le Réveil raconte ainsi qu'en 1895, Paul Minard n'hésite pas à se jeter à l'eau pour sauver une petite fille de trois ans tombée accidentellement dans le port-abri de la Mare à Tourlaville [2].

Ses réalisations à Cherbourg

Le 11 juillet 1889, le gouvernement décide de compléter la fermeture de la rade de Cherbourg en construisant deux nouvelles digues, l'une à l'ouest (digue de Querqueville), l'autre à l'est (Collignon). À l’époque, il apparaît indispensable d’améliorer la navigabilité et la sécurité dans la grande rade. Le marché de construction de la digue de l'ouest est notifié le 12 décembre 1889. Paul Minard, jeune ingénieur depuis 1883, est chargé du chantier.

C'est un ouvrage important qui laisse une passe de 1 000 mètres entre son musoir et le fort ouest de la digue du large. La structure de la digue sera réalisée en une seule fois de 1890 à 1896. La méthode de construction appliquée par Minard est celle adoptée par ses prédécesseurs, Fouques-Duparc et Félix Reibell, sur la digue du large. Il s'agit de constituer un lit de pierres perdues fermant la base, émergeant de 1,5 m par rapport au zéro hydrographique, et ensuite, de poser des blocs préfabriqués de 100 tonnes puis de construire en maçonnerie les superstructures recouvertes par un parement de granit taillé.

Digue de Querqueville :

  • Longueur : 1 150 mètres
  • Enrochements : Grande base 80 m. Petite base 20 m
  • Volume totale des matériaux : 700 000 m³
  • Coût : 9,6 millions de francs (valeur en 1896) soit 31 millions d'euros (valeur en 2003)

Malgré les conditions difficiles de construction en raison des marées et des tempêtes, cet ouvrage est réalisé en six ans de 1890 à 1896 sous la direction de Paul Minard et grâce à 300 ouvriers. Les pierres étaient transportées par des wagonnets tractés par une locomotive Decauville, jusqu'à un terrain qui servait de chantier où étaient déversés tous les moellons venant des carrières du Breton. Chaque wagonnet était pesé et noté dans une maison en bois, en face de la route qui mène à Tonneville et qui porte encore aujourd'hui le nom de Chemin de la Bascule. Une quarantaine d'ouvriers était employée dans l'atelier de la Congotte à l'entretien de la locomotive et de tous les différents matériaux nécessaires à la construction de la digue. Les blocs de granit provenaient, quant à eux, des carrières de Flamanville et de Diélette. Sur le terrain en face du petit port, les équipes de maçons fabriquaient avec des pierres des carrières, des blocs de 6 à 8 mètres de long et trois mètres de large et de hauteur. Ces blocs étaient chargés à marée haute et posés à leur place définitive avec la marée descendante. Ils sont encore visibles aujourd'hui.

Le premier but de cette digue est de protéger la rade des vents dominants. Cependant, on y bétonne une batterie pour 3 canons de 100 mm à tir rapide ; par la suite leur nombre est porté à 4. On y trouve également un emplacement de tir, une traverse bétonnée avec 3 petits magasins, deux autres emplacements de tirs, un magasin et un dernier emplacement de tirs. Tous les canons étaient sur affût à pivot central.

Digue de Collignon :

  • Longueur : 1 897 mètres
  • Largeur : 8 mètres
  • Volume totale des matériaux : 200 000 m³
  • Coût : 2,2 millions de francs (valeur en 1894) soit 7 millions d'euros (valeur en 2003)

Réalisée de 1890 à 1894 par l'entreprise Collignon, moins importante que l'ouest, sa muraille est arasée à la côte à environ 6,5 m, soit à peu près au niveau des hautes mers de vives eaux. Construite pour protéger les bâtiments de l'escadre de la Manche contres les incursions meurtrières de navires torpilleurs, il s'avère qu'elle protège la grande rade des sédiments venant de la baie de Seine et de Fermanville, et apporte de ce fait une grande stabilité des fonds.

Sources

Bibliographie

  • Association des Amis du Musée de la Marine - Antenne de Cherbourg, Paul Minard, un génial ingénieur concepteur du port en eaux profondes de Cherbourg, ISBN 2-950950-22-1.
  • Luc Malchair, Les Défenses de Cherbourg (1874-1914).

Notes et références

  1. La Dépêche de Cherbourg, 8 octobre 1921.
  2. Le Réveil, 24 juillet 1895, cité dans Reflets, n° 58.