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Gloria

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Gloria est une ancienne entreprise de la Manche.

Histoire

Usine Gloria de Carentan.

Le couple Lehaguais fait commerce de beurre à Sainte-Mère-Église. Leur employé Joachim Lepelletier épouse leur fille; ils créent une succursale à Carentan vers 1860. Ils se constituent un capital après avoir spéculé sur une grande quantité de beurre, ce qui permet de construire une grande usine sur le port de Carentan en 1893. Cinq cents personnes y travaillent, deux cents chevaux ramassent le lait. En s'associant avec la société anglaise Denny, l'usine exporte ses produits outre-Manche ainsi qu'au Brésil et en Australie.

La beurrerie Lepelletier est située sur deux hectares de la zone portuaire, reliée ainsi à la mer et au réseau ferré [1].

Avant sa mort en 1898, Joachim Lepelletier invente un système de stérilisation et diversifie ses activités en fondant une briqueterie et un négoce de vins et charbons, toujours sur le port. Il transmet ces deux nouvelles activités à son fils Théodore et la laiterie à sa fille Élisabeth mariée à Ernest Lécuyer. La briqueterie fermera dans les années 1990.

La perte du marché brésilien dans les années 1920, oblige Élisabeth à vendre sa société au géant américain Carnation Company.

Gloria est la marque lancée en France en 1929 par The Carnation company [2], spécialiste américain de la production de lait concentré, obtenu par un procédé d'évaporation découvert dans les années 1920.

D'une capacité de 300 000 caisses, l'usine n'en produit en 1938 que 250 118 [3].

Détruite pendant la Seconde guerre Mondiale, elle est reconstruite en 1948.

En 1950 sont lancées les premières campagnes de presse : « Lait Gloria, le plus proche du lait maternel [2] ».

En 1951, Gloria acquiert la laiterie Saint-Gabriel de Tourlaville, également connue sous le nom de laiterie Lepont. La revente intervient dès 1962 [4].

Site de Bricquebec en une de La Voix du Donjon.

En 1961, Gloria s'installe à Bricquebec pour produire du lait en poudre. La production commence le 3 mars 1962 [5].

Les premières réclames à la télévision sont diffusées en 1969 en vantant les mérites du lait en poudre Gloria : « Le bon lait normand [2]. »

Le 24 mai 1972, 400 manifestants bloquent les camions devant les usines Gloria de Carentan et de Bricquebec.

André Gillot, directeur de l'usine Gloria de Carentan, entré comme chef d'équipe en 1952, est maire de la ville de 1970 à 1978.

Détenu par la General Milk co., The Carnation company est rachetée par Nestlé SOPAD en 1985 [2]. Face à la chute des ventes de lait concentré en France, concurrencé par le lait maternisé et le lait UHT [1], la fermeture de l'usine de Carentan est annoncée le 16 juin 1994, lors d'un comité d'établissement [6]. La fermeture effective a lieu 16 décembre suivant à 14 h 30 [1]. Sur les 160 employés, 81 sont mutés dans les usines de Chef-du-Pont et Bricquebec, les autres bénéficient de mesures de retraite anticipée [6]. Les petites boîtes continuent à être conditionnées en Allemagne, Bricquebec exportant les grandes boites à partir de la moitié de la quantité de lait traitée à Carentan [1]. « Selon la direction de Sopad-Nestlé, le plan social prévu devrait éviter tout licenciement brutal et les 100 millions de litres de lait annuellement collectés auprès des 696 producteurs qui alimentent les usines du groupe continueront d'être transformés sur place. » [1]

L'usine de Bricquebec est fermée en 2000. La biscuiterie Rouger s'installe dans les anciens locaux jusqu'à sa liquidation en 2010.

Mont Blanc, mise en vente par Nestlé en 2003 est achetée aux enchères par le fonds d'investissement Activa Capital [7].

En 2006, Mont Blanc acquiert la marque Gloria [7].

En 2010, la mairie lance une étude de faisabilité pour dépolluer le site et construire des logements afin de réhabilité le site industriel de Carentan, qui s'étale sur 4 hectares dans le centre-ville [8].

En 2011, Gloria est toujours une marque commercialisée. Elle appartient au groupe Materne-Mont Blanc, lui-même contrôlé par le fonds d'investissement LBO France [9].

À Carentan, le projet d'aménagement du site en quartier résidentiel se concrétise en 2021 par des travaux de démolition, de désamiantage et de dépollution [10]. Au total, ce sont 13 500 tonnes de béton et 70 t de ferrailles, sans parler du bois, qui doivent être évacuées et recyclées [11]. La construction de 92 logements et d'un parc de 16 000 m2 commence en avril 2023 sur une friche s'étendant sur 49 000 m2 [12].

Bibliographie

  • « Spécial mémoire de Gloria », La Voix du donjon, n° 63, décembre 2009
  • « Gloria : l'âge d'or et la chute », La Voix du donjon, n° 64, mars 2010
  • Christian Meignan, 2 siècles d'entreprises normandes, Éditions Orep, 2013

Notes et références

  1. 1,0 1,1 1,2 1,3 et 1,4 René Moirand, « L'usine de lait Gloria a fermé ses portes », Le Monde, 22 décembre 1994.
  2. 2,0 2,1 2,2 et 2,3 Historique de Gloria, consulté le 26 juin 2011.
  3. Jacques Boudet, Le monde des affaires en France de 1830 à nos jours, Société d'édition de dictionnaires et encyclopédies, 1952, p. 242 (lire sur Google books).
  4. Revue géographique industrielle et commerciale de France, repris dans le bulletin municipal de Tourlaville (lire en ligne).
  5. « Nos années 60 », La Presse de la Manche, hors-série, novembre 2010, p. 37.
  6. 6,0 et 6,1 « Nestlé va fermer son usine de Carentan », Les Échos, 17 juin 1994.
  7. 7,0 et 7,1 activacapital.com, consulté le 26 juin 2011 (lire en ligne).
  8. « Site Gloria : restructuration et réhabilitation à l'étude - Carentan », Ouest-France, site internet, 18 décembre 2010.
  9. LBO France, consulté le 26 juin 2011.
  10. « La friche Gloria à Carentan sera nettoyée au 31 décembre 2021 », Ouest-France, site internet, 10 décembre 2020.
  11. « C'est bientôt la fin pour ce site historique », La Presse de la Manche, site internet, 5 novembre 2021.
  12. Anthony Derestiat, « Top départ pour les travaux du futur quartier Gloria », Ouest-France, 25 avril 2023.

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