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Agon

De Wikimanche

Agon (prononcer [agɔ̃] ) est l'ancien nom d'Agon-Coutainville, commune de la Manche.

En 1965, le nom de son village Coutainville, devenu station balnéaire, est accolé à celui d'Agon qui devient Agon-Coutainville.

Toponymie

Attestations anciennes

  • curtem supra mare que dicitur Agons [1] 1026/1027 [2].
  • vill[a] que dicitur Agon 1056/1066 [3].
  • ecclesia de Agon 1146 [4].
  • ecclesi[a] Sancti Ebrulphi de Agone 1332 [5].
  • Agon 1351/1352 [6].
  • prebenda de Agon 1412 [7].
  • prebendam d'Agon ~1480 [8].
  • Agon 1635 [9].
  • Aazon [sic] 1612/1636 [10].
  • Aagon 1677 [11].
  • Agon 1693 [12], 1694 [13].
  • Aagon 1713 [14].
  • Agon 1716 [15], 1719 [16].
  • Aagon 1735 [17].
  • Agon 1753 [18], 1758 [19], 1753/1785 [20], 1793 [21], 1801 [22], 1829 [23], 1854 [24], 1903 [25], 1954 [26], 1962 [27].

Étymologie

François de Beaurepaire a rapproché ce nom du terme bas-latin d'époque mérovingienne agaunum « pierre », forme évoluée du gaulois °acaunon, de même sens [28]. Cette étymologie a été reprise par René Lepelley [29], qui donne à ce mot le sens de « pointe » ou « butte », jamais attesté selon nos connaissances actuelles [30].

Quel que soit le sens que l'on veuille donner à cet étymon, l'explication se heurte à un fait qui semble avoir été curieusement négligé ou éludé : l'évolution phonétique °acaunon > Agon est théoriquement impossible : le son [k] dans cette position aboutit à [j] (le son noté par y dans payer < latin pacare « apaiser »), ou disparaît complètement si la diphtongue [au] évolue assez rapidement en [o]. Justifier le maintien de [k] (sous sa forme sonorisée [g]) dans ce mot oblige d'invoquer toutes sortes d'influences analogiques ad hoc, qui affaiblissent d'autant l'explication.

Une autre hypothèse, initialement formulée par Pierre-Henri Billy [31], semble un peu plus forte : la fixation toponymique du nom de personne scandinave (ancien norois) Hákun ou Hákon, ignoré par Adigard des Gautries [32], mais très bien documenté dans les pays scandinaves (en particulier la Norvège) [33], et également bien attesté en Angleterre : cf. par exemple les formes anglo-scandinaves Hacun, Hacon en 1066 dans le Domesday Book; Hacon de Crokestun vers 1160 dans le Lincolnshire, ou plus tardivement Robert Hacun en 1221 dans le Shropshire [34].

On peut objecter à cette dernière hypothèse que le nom scandinave comporte systématiquement un [k] interne qui, présente dans un nom importé en France au 10e siècle, n'a aucune raison de se sonoriser en [g] (cette évolution s'est terminée cinq siècles auparavant !). Peut-être faudrait-il alors en revenir à l'explication d'Ernest Nègre [35], qui rend tout simplement compte d'Agon par le nom d'homme d'origine germanique Ago [36] (radical Agon-), qui représente l'hypocoristique des noms germaniques dont le premier élément est Ag- (du germanique commun °agiō « fil de l'épée »; cf. anglais edge « bord ») [37], à moins qu'il ne se rattache à °agan « craindre ». Dans ce dernier cas, il faudrait nécessairement postuler une fixation de ce nom postérieure au 5e siècle, ce qui reste parfaitement possible.

En 1965, on a accolé au nom d'Agon celui du village de Coutainville, étant donné la fréquentation de cette station balnéaire mieux connue par certains vacanciers que le nom de la commune elle-même.

Lieux et monuments

L'église Saint-Évroult d'Agon.
Phare de la Pointe d'Agon.
Monument commémoratif à Fernand Lechanteur, et le phare d'Agon au loin
Moulins

En 1837, on recense cinq moulins à grains à Agon [38] :

Moulins à eau :

Moulins à vent :

  • Le moulin des Forges
  • Le moulin de Vallière

Personnalités liées à la commune

Naissances

Décès

Autres

  • Pierre Gerlier (1880-1965), homme d'Église, y passe toutes ses vacances depuis l'âge de deux ans

Transports

Train

Bibliographie

Notes et références

  1. « Le domaine rural sur la mer qui est appelé Agons ».
  2. Marie Fauroux, Recueil des actes des ducs de Normandie (911-1066), Mémoire de la Société des Antiquaires de Normandie XXXVI, Caen, 1961, p. 182, § 58.
  3. Ibid., p. 405, § 214.
  4. Julie Fontanel, Le cartulaire du chapitre cathédral de Coutances, Archives départementales de la Manche, Saint-Lô, 2003, p. 510, § 348.
  5. Pouillé du Diocèse de Coutances, 1332, in Auguste Longnon, Pouillés de la Province de Rouen, Recueil des Historiens de France, Paris, 1903, p. 360F.
  6. Compte du Diocèse de Coutances, pour l’année 1351 ou 1352, in Auguste Longnon, op. cit., p. 365F.
  7. Pouillé du Diocèse d’Avranches, 1412, in Auguste Longnon, op. cit., p. 160D.
  8. Pouillé du Diocèse d’Avranches, ~1480, in Auguste Longnon, op. cit., p. 163D.
  9. Normandia Ducatus (carte du duché de Normandie), Atlas Van der Hagen, 1635.
  10. Jean Bigot sieur de Sommesnil, État des paroisses des élections de Normandie, 1612/1636 [BN, ms. fr. 4620].
  11. Roles par généralités et élections des paroisses de France et de leur imposition aux tailles, 1677 [BN, cinq cents Colbert, ms. 261 f° 229 à 275].
  12. Greenville Collins, Chart of the channell, Manche, 1693 [BNF, Collection d'Anville, cote 00757].
  13. Jean-Baptiste Nolin, Le duche et gouvernement de Normandie Divisé en Haute et Basse Normandie, en Divers Pays, et par Evechez, Paris, 1694 [BN, IFN-7710251].
  14. Dénombrement des généralités de 1713 [BN, ms. fr. 11385, f° 1 à 132].
  15. Guillaume de l'Isle, Carte de Normandie, Paris, 1716.
  16. Bernard Jaillot, Le Gouvernement général de Normandie divisée en ses trois généralitez, Paris, 1719.
  17. Nouveau dénombrement du royaume par generalités, elections, paroisses et feux […], t. II, Impr. Pierre Prault, Paris, 1735, p. 58a.
  18. Herman van Loon, D2.me [= Deuxième] carte particuliere des costes de Normandie contenant les costes du Cotentin depuis la Pointe de la Percée Jusqu'a Granville ou sont Comprises les Isles de Jersey, Grenezey, Cers, et Aurigny, avec les Isles de Brehat. Comme elles paroissent a basse Mer dans les grandes marées, Atlas Van Keulen, Amsterdam, 1753 [BN].
  19. G. Robert de Vaugondy, Carte du gouvernement de Normandie, Paris, 1758.
  20. Carte de Cassini.
  21. Site Cassini.
  22. Bulletin des lois de la République française, Imprimerie Nationale, Paris, 1801-1870.
  23. Annuaire de la Manche (1829), Statistique de l'arrondissement de Coutances, p. 144.
  24. V. Lavasseur, Atlas national illustré des 86 départements et des possessions de la France, A. Combette éditeur, Paris, 1854.
  25. Auguste Longnon, Pouillés de la province de Rouen, Recueil des historiens de France, Paris, 1903.
  26. Nomenclature des hameaux, écarts et lieux-dits de la Manche, INSEE, 1954.
  27. Atlas de Normandie, Caen, 1962.
  28. Jean Degavre, Lexique gaulois, Mémoires de la société belge d’études celtiques n° 10, Bruxelles, 1998, p. 22; Xavier Delamarre, Dictionnaire de la langue gauloise, Errance, Paris, 2001, p. 26-27.
  29. René Lepelley, Dictionnaire étymologique des noms de communes de Normandie, Caen, Presses Universitaires de Caen / Condé-sur-Noireau, Éditions Charles Corlet, 1993, p. 45a s.v. Acon.
  30. Cette interprétation résulte sans doute d'un amalgame rapide entre le sens de la racine indo-européenne °ak- « pointu, coupant » sur laquelle repose le mot gaulois °acaunon, et ce mot lui-même, uniquement attesté au sens de « pierre ».
  31. Pierre-Henri Billy, compte-rendu de l'ouvrage de Dominique Fournier, Les Noms de lieux du Pays d'Auge. I. Éléments pré-latins (gaulois ou transmis par le gaulois), Lisieux, éd. Société historique de Lisieux, 2004, in Nouvelle Revue d'Onomastique n° 43-44, 2004, p. 266.
  32. Jean Adigard des Gautries, Les noms de personnes scandinaves en Normandie de 911 à 1066, Lund, 1954.
  33. Ancien danois Hakun, ancien suédois Hakon, Hakan, ancien norois de l'ouest Hákon. Le premier élément Há- a trois origines possibles et indifférenciables : a) germanique commun °hanha, d'où le scandinave commun °hanhista « cheval », cf. ancien islandais hestr; b) scandinave commun °hauha « haut », cf. ancien islandais hár; c) scandinave commun °haþu, cf. ancien islandais höð « bataille ». Le second élément peut représente -konr, « fils, descendant », ou -kyn, apparenté à l'ancien norois kyn, « race, famille ». Ce nom est rare en Islande, mais très commun en Norvège après l'an mil; il est courant dans les sources danoises et suédoises, ainsi que les inscriptions runiques. Cf. Geirr Bassi Haraldsson, The Old Norse Name, Studia Marklandica I., Olney, 1977, p. 11, s.v. Hákon; Gillian Fellows-Jensen, Scandinavian Personal Names in Lincolnshire and Yorkshire, Copenhagen, Akademisk Forlag, 1968, p. 124-126 et 344 s.v. Hákon et Há-; Lena Peterson, Nordiskt runnamnslexikon (dictionnaire de noms relevés sur les inscriptions runiques), Språk- och folkminnes-institutet, s.v. Hákon et Há-.
  34. P. H. Reany & R. M. Wilson, A dictionary of English Surnames, Oxford University Press, Oxford, 3rd ed., 1995, p. 210b; les auteurs y traduisent un peu rapidement le nom par « haute race », ce qui n'est qu'une hypothèse parmi d'autres.
  35. Ernest Nègre, Toponymie Générale de la France, Droz, Genève, t. II, 1991, p. 825 § 14272.
  36. Marie-Thérèse Morlet, les Noms de personnes sur le territoire de l’ancienne Gaule du VIe au XIIe siècle, Paris, CNRS, t. 1 (les noms issus du germanique continental et les créations gallo-germaniques), 1968, p. 22b.
  37. Ce mot repose sur la racine indo-européenne °ak- « pointu, coupant » déjà mentionnée.
  38. Annuaire de la Manche (1837), Statistique de l'arrondissement de Coutances, p. 22.