Coutainville

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Vue générale des promenades.

Coutainville est un ancien village, devenu une station balnéaire de la Manche. Pour des raisons touristiques, son nom a été accolé en 1965 à celui d'Agon, qui se nomme aujourd'hui Agon-Coutainville.

Toponymie

Attestations anciennes

  • villa […] quae vocatur Constantis villa 1035/1060 [1].
  • Costainvilla 1158 [2].
  • Costenvilla s.d. (12e / 13e s.), 1234 [2].
  • Coustainville 1369 [2].
  • Constanelle [sic; lire Cousta[in]ville] 1585 [3].
  • Coutainville 1689 [4].
  • Roche de Coutainville 1692/1699 [5], 18e s. [6].
  • Coutainville 1753 [7], 1757 [8], 1753/1785 [9], 1835/1845 [10].
  • Boutainville-Plage [sic; lire Coutainville] 1954 [11].
  • Coutainville 2007 [12].

Étymologie

Formation médiévale en -ville (élément issu du gallo-roman VILLA « domaine rural »).

Il y a plusieurs choses à dire sur la nature de l'élément initial. François de Beaurepaire [2] ne relève pas la première attestation ci-dessus, qui précède d'un siècle la plus ancienne forme fournie par lui. Son explication par un nom d'homme scandinave Kolsteinn [13], reprise sans commentaire par René Lepelley [14], cadre mal avec les attestations qu'il donne lui-même : aucune trace du l de Kolsteinn, ou de ce qui serait sa forme vocalisée devant consonne (c'est-à-dire u), avant le 14e siècle ! De toute manière, la forme Constantis villa de 1035/1060 exclut cette hypothèse, et correspond par contre parfaitement aux attestations postérieures, où se manifeste la même évolution phonétique que dans Coutances < Constantia et Cotentin < Constantinus.

Reste à identifier ce premier élément. La forme Constantis, si elle est sincère, représente le génitif (forme du complément du nom) de l'anthroponyme latin Constans [15]. Ce nom fut entre autres celui du fils de l'empereur Constantin. Ce dernier, né entre 270 et 288, régna de 306 à 337, mais le nom en question ne peut en aucun cas avoir été fixé au 4e siècle, les tout premiers toponymes en -ville n'apparaissant pas en Normandie avant les 7e-8e siècles. L'hypothèse la plus prudente à ce jour consiste simplement à envisager la fixation d'un nom de personne de type Constans ou Constantius [16] (gallo-roman très tardif dans ce cas), ou leurs correspondants romans, et donc le sens global de « domaine rural de Constans ou Constantius » pour le toponyme Coutainville. Un rapport avec le nom de Coutances (dont le -s est postiche) n'est pas impossible a priori, mais semble cependant moins probable [17].

En 1965, on a accolé le nom du village de Coutainville à celui de la commune d'Agon, étant donné la fréquentation de cette station balnéaire mieux connue par certains vacanciers que le nom de la commune elle-même.

Histoire

  • Moyen Âge : le roi Richard Cœur de Lion aurait embarqué dans le hameau de Coutainville pour son départ en croisade. De même, Jacques II (d'Angleterre) y serait passé lors de son exil (d'où le nom de la rue du roi Jacques, près du centre).
  • 1914-1918 : Coutainville accueille un hôpital destiné à recevoir des soldats français en convalescence. La commune va perdre 77 de ses enfants pendant le conflit.
  • 1940 : le village est occupé par une garnison composée d'Allemands, remplacés fin 1941 par 30 Géorgiens des Ostruppen.
  • 1944 : en juin, un avion britannique en mauvaise posture lâche ses deux bombes sur le centre de Coutainville faisant trois morts. La libération de la ville a lieu le 28 juillet, avec l'arrivée des Américains du 86th Cavalry Squadron. Deux Géorgiens sont tués par la résistance guidant les libérateurs.

Lieux et monuments

Notes et références

  1. Marie Fauroux, Recueil des actes des ducs de Normandie (911-1066), Mémoire de la Société des Antiquaires de Normandie XXXVI, Caen, 1961, p. 27, § 30, n. 33.
  2. 2,0, 2,1, 2,2 et 2,3 François de Beaurepaire, Les noms de communes et anciennes paroisses de la Manche, Picard, Paris, 1986, p. 65.
  3. Gerard Mercator (1512-1594), Britannia et Normandia cum confinibus regionibus, Duisbourg, 1585 [BnF, Collection d'Anville, cote 00456 bis.
  4. G. Mariette de La Pagerie, cartographe, Unelli, seu Veneli. Diocese de Coutances, divisé en ses quatre archidiaconés, et vint-deux doiennés ruraux avec les Isles de Iersay, Grenesey, Cers, Herms, Aurigny etc., chez N. Langlois, Paris, 1689 [BnF, collection d'Anville, cote 00261 I-IV].
  5. Justus Danckerts (1635-1701), Canalis inter Angliae et Galliae tabula cum omnibus suis portibus, arenis et profundis, Amsterdam, 1692/1699.
  6. Carte de la Manche, 18e s. [BnF, collection d'Anville, cote 00761 B].
  7. Herman van Loon, D2.me [= Deuxième] carte particuliere des costes de Normandie contenant les costes du Cotentin depuis la Pointe de la Percée Jusqu'a Granville ou sont Comprises les Isles de Jersey, Grenezey, Cers, et Aurigny, avec les Isles de Brehat. Comme elles paroissent a basse Mer dans les grandes marées, Atlas Van Keulen, Amsterdam, 1753 [BnF]
  8. L. Brion de la Tour, Recueil des Côtes Maritimes de France, Desnos, Paris, 1757, carte n° 9-15.
  9. Carte de Cassini
  10. cartes d’État-Major (relevés de 1820 à 1866, mises à jour jusqu’à 1889; Basse-Normandie cartographiée entre 1835 et 1845).
  11. Nomenclature des hameaux, écarts et lieux-dits de la Manche, INSEE, 1954.
  12. Carte IGN au 1 : 25 000.
  13. Nom constitué des éléments scandinaves kol- « charbon; noir (comme le charbon) » et steinn « pierre».
  14. René Lepelley, Dictionnaire étymologique des noms de communes de Normandie, Caen, Presses Universitaires de Caen / Condé-sur-Noireau, Éditions Charles Corlet, 1993, p. 45b s.v. Agon-Coutainville.
  15. Il n'existe aucune certitude en ce domaine; la graphie de la finale pourrait masquer °Constantii, °Constantiae, °Constantiis, etc.
  16. Ces noms reposent en dernier lieu sur l'adjectif latin constans « ferme, constant, résistant ».
  17. Ce serait alors « le domaine rural de la cité de Coutances », appellation pour le moins inhabituelle.