Havre de Regnéville

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Le havre de Regnéville est un estuaire de la côte ouest de la Manche formé par l'embouchure de la Soulles et de la Sienne. Il se situe à l'intérieur de la baie de Sienne.

Du confluent, au pont de la Roque, à la pointe d'Agon, qui le sépare de la mer, le havre s'étend sur 1 800 hectares, avec une profondeur de plus de 5 kilomètres, ce qui en fait le plus grand du Cotentin.

Le havre de Regnéville est déclaré Site d'importance communautaire (SIC) le 12 juillet 2004, et Zone de protection spéciale (ZPS) le 8 mars 2006, au titre de sa grande valeur ornithologique par le ministère de l'Écologie et du développement durable au sein de la côte ouest du Cotentin, de Pirou à Bréhal, lié au programme Natura 2000. Tandis que la baie de Sienne est site naturel inscrit depuis le 24 août 1973, le havre est décrété site classé le 1er janvier 1989. Le havre est également une Zone naturelle d'intérêt écologique, faunistique et floristique (ZNIEFF) de type 2, comprenant deux ZNIEFF de type 1 : l'estuaire de la Sienne, sur quasiment le même territoire, et la pointe de Montmartin.

Un phénomène d'ensablement

La flèche dunaire (pointe d'Agoni), qui délimite le havre au nord, ne cesse de s'allonger du fait des apports sédimentaires de la mer, repoussant au sud le lit de la rivière, qu'empruntent les marées montante et descendante. Le courant montant étant plus fort que le courant descendant, le havre s'ensable petit à petit.

Un projet de désensablement du havre pour améliorer l'accès au mouillage est en cours d'étude mais semblerait aller contre les intérêts de protection du milieu naturel. Il serait question de déplacer le lit de la rivière et de modifier la structure de la pointe d'Agon, site pourtant protégé. Un mouvement d'opposition au projet s'est organisé pour sauvegarder ce site naturel d'exception.

Port d'échouage

Le havre sert de port d'échouage dès le Moyen Âge, au pied du château [1]. Les bateaux transportent d'abord du vin, venant de Gascogne et destiné principalement à l'Angleterre, « de 17 000 à 18 000 tonneaux » chaque année dans la seconde moitié du XIVe siècle, soit environ 150 000 hectolitres. En 1740, on y compte vingt-cinq barques de 10 à 25 tonneaux qui font le cabotage le long des côtes, ainsi que le commerce et le transport de la chaux et de la pierre en chaux, et aussi du commerce avec les îles Anglo-Normandes [1].

En 1844, le chenal de Passevin est aménagé en port d'échouage [1]. Un projet de bassin à flot est même envisagé en 1878, qui ne sera pas finalement retenu [1].

Au début du XIXe siècle, la pierre à chaux constitue le principal trafic à l'exportation vers la Bretagne, tandis qu'on importe de la houille en provenance du Pays du Galles [1]. En 1827, l'exportation de la pierre à chaux atteint 6 000 tonneaux et la houille représente 7 000 tonnes en 1854 [1]. En 1865, la construction de l'épi d'Agon crée un passage obligé, complété deux ans plus tard par une digue courbe qui dirige le courant de la rivière [1]. Le port d'échouage connaît sa plus grande activité au milieu du XIXe siècle [1]. En 1857, 400 bateaux sont recensés dans le port pour un trafic global de 17 000 tonnes [1].

À la fin de 1922, on ne compte plus qu'un seul bateau armé au cabotage, le dundee Julien-Marie capitaine Letrouit) [1]. Il exporte de la pierre à chaux à Jersey et ramène des briques et commerce avec Granville et Saint-Malo (Ille-et-Vilaine). Il cesse son activité en 1924 [1].

Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, le havre n'est plus utilisé que par des barques locales et des bateaux de plaisance.

Bibliographie

  • Conseil départemental de la Manche, Les travailleurs de l'estran, du havre de Regnéville à la baie du Mont Saint-Michel, ouvrage collectif, éd. Orep, 2015

Notes et références

  1. 1,00, 1,01, 1,02, 1,03, 1,04, 1,05, 1,06, 1,07, 1,08, 1,09 et 1,10 « Aspects de l'estuaire, le havre de Sienne », exposition au château de Regnéville, dossier de presse, Conseil général de la Manche, mai 2011, p. 6-13.

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