Félix Buhot

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Félix Buhot par Loÿs Delteil.

Félix Buhot, né à Valognes le 9 juillet 1847, mort à Paris le 26 avril 1898, est un peintre et graveur aquafortiste de la Manche.

Il est l'illustrateur de plusieurs romans de Jules Barbey d'Aurevilly et des Lettres de mon moulin d'Alphonse Daudet.

Biographie

Nocturne à l'entrée de l'église de Valognes (vers 1872).
Ex-libris pour L’Ensorcelée.

Une enfance endeuillée à Valognes

Deuxième fils de Florentin Louis Buhot et Anne Appoline Jobelin, mariés à Valognes le 21 mars 1844, Félix Buhot est, par son père, issu d'une famille de la très petite bourgeoise terrienne de Quettehou[1].

Son frère aîné meurt la veille de sa naissance. Lui naît rue de Fantaisie, probablement chez le député de la Manche, le général Jacques Félix Meslin, son parrain, qui héberge sa grand-mère maternelle lors du décès de celle-ci en 1859. Son père mourant en 1849, sa mère et son grand-père paternel en 1854, son dernier ascendant, sa grand-mère maternelle, en 1859, il grandit sous la protection de Meslin et auprès de Caroline Pasquier, issue d'une famille de notables ruinés[1].

Il entre comme externe au Collège de Valognes en 1856. Bon élève, appréciant les langues, sensible à la religion catholique, il commence à dessiner[1].

Un apprentissage artistique à Paris

Il est reçu au baccalauréat en 1865 à Caen (Calvados) et part à Paris pour poursuivre des études de lettres au lycée Henri-IV. Mais il se consacre très vite à sa vocation artistique. Il entre à l'école des Beaux-arts en 1866. Il est l'élève d'Isidore Pils (1813-1875), de Lecoq de Boisbaudran, puis de Jules Noël (1810-1881), tout en étant, pour assurer sa subsistance, le secrétaire de Meslin[1].

Il découvre la lithographie auprès de Chatinières et revient dans le Cotentin en juin 1870, faisant quelques croquis de la région de Quettehou[1].

Mobilisé, cet « homme de 1,74 m, aux cheveux bruns et aux yeux noirs » intègre l'armée de Chanzy et combat dans le Vendômois, à Fréteval notamment. Démobilisé, il réside trois semaines à Landemer et découvre la Hague, peignant son premier tableau à huile daté, et plusieurs aquarelles[1].

De retour à Paris, il peint sur faïences avec Monzies et devient maître d'études au collège Rollin, à Paris, chargé d'un cours de dessin. Durant l'été 1872, il dessine et peint Valognes et rencontre Jules Barbey d'Aurevilly par l'intermédiaire d'Armand Royer[1].

Un « peintre graveur entre romantisme et impressionnisme »[2]

Coin d'atelier au 71 Bd de Clichy.

Il est initié à l'eau-forte par Lalauze en 1873, commence à graver ses croquis[1]. Proche du critique Philippe Burty, il participe à la revue Paris à l’eau-forte de Roger Lesclide entre 1874 et 1876. Il collabore également à la revue Art de Léon Gaucherel[1].

Il participe au Salon de 1875 avec une aquarelle, L’Éventail de Mme Beaugrand et écrit Le Théorie du croquis[1].

En 1876, il s'installe passage de l’Élysée des Beaux-Arts, près de Montmartre et découvre l'Angleterre, à Folkestone en décembre. Il ne parvient à à exposer au Salon de 1877 mais illustre pour l’éditeur Alphonse Lemerre les œuvres de Jules Barbey d'Aurevilly (Une vieille maîtresse, L’Ensorcelée, Le Chevalier Destouches)[1].

Il présente une aquarelle au Salon de 1878 et réalise les vignettes des Lettres de mon moulin d’Alphonse Daudet pour Lemerre. Il se lie au parlementaire Roger Leigh et séjourne dans le sud-est de l'Angleterre entre août et décembre 1879[1].

Ses illustrations de Barbey d'Aurevilly lui valet une médaille d'or au Salon de 1880. Dès lors, il ne grave plus sur commande et privilégie les grands formats[1].

Le 15 juin 1881, il épouse Henrietta Johnston, cousine de Roger Leigh et fille de l'aquarelliste Henry Johnston (1813-1876). Le couple passe l'été aux Gougins, à Quinéville où il réalise une vingtaine de petites huiles de marines[1].

Installé au 71 boulevard de Clichy fin 1881, il continue à peindre, échange par lettres avec Theo Van Gogh, envoie des estampes dans des expositions à l'étranger, et publie avec Philippe Burty l'album Japonismes[1]. Il réalise lui-même ses eaux-fortes grâce à une presse qu'il installe dans son atelier[1].

Il lance le 21 novembre 1884 et poursuit en 1885, une campagne de presse pour la création de salles d'estampes dans les musées provinciaux. Il réalise une série de gouache inspiré par Victor Hugo, vend plusieurs œuvres aux Américains Mrs Avery et Frederick Keppel. Le 13 août naît son fils, Henri Jean Félix, dont il fait dans les mois suivants, plusieurs portraits[1].

Il expose une dernière fois au Salon de 1886. En 1889, quoiqu'il ne grave plus depuis deux ans, il fonde avec Guérard, Goeneutte, Pissarro et Bracquemond, la société des Peintres-graveurs, qui expose chez Durand-Ruel[1].

Sa production artistique utilise diverses techniques : peinture à l’huile, gouache, aquarelle et estampe. Peintre, il est celui des campagnes pittoresques, des paysages maritimes et des ambiances crépusculaires et brumeuses, de l’instantanéité. Illustrateur, il se spécialise dans l'eau-forte, à partir de ses premiers essais à l’eau-forte vers 1873-1874. durant sa carrière, il réalise une centaine de peintures à l'huile et 190 gravures. Influencé par Eugène Boudin, Turner et Whistler, il s'inscrit dans le courant romantique, mêlant mélancolie, pittoresque, les vestiges du passé, nuit, le mystère, le fantastique[1].

Signature.

Il signe de ses initiales FB ou BF, du pseudonyme « Tohub » (son nom à l'envers) ou d'un hibou (« búho » en espagnol).

Malade, il meurt en avril 1898. Ses obsèques sont présidées à Saint-Nicolas-du-Chardonnet par Albert Le Nordez, et il est inhumé à Boulogne-sur-Seine.

« Un martyr de l'estampe »

« (...) Son approche obstinée, d'une perfection impressionniste, exigeait de Buhot un labeur épuisant, des essais sans nombre (...). À force de corrections, de remaniements, Buhot finit par rendre la fluidité, la mouvance, la lumière des lieux aimés, la Bretagne, l'Angleterre, la Normandie et tout d'abord Paris. Pourtant, féru de poésie, il rêvait d'illustrer les romantiques. Il y avait réalisé la parfaite symbiose du texte et de l'image (...). Ah ! si les « épreuves » lui en avaient laissé le temps, alors que la mort le guettait au seuil de sa cinquante et unième année... » [3].

Expositions

Collections

Le Vieux cheval, issu du legs Wievorka au musée Thomas-Henry.

Le musée Thomas-Henry possède 166 œuvres de Félix Buhot, soit 137 estampes, 16 dessins préparatoires et 13 peintures, provenant d'acquisitions (gravures en 2001, 2004 et 2005), de legs (10 peintures par M. Wievorka en 2008) et de dons (Spleen et Idéal, dessin sur bois, par la SAMMCC en 2005 ; Les Oies, huile sur carton, achetée par la SAMMCC lors d'une vente à l'hôtel Drouot à Paris en 2014[4]).

La ville de Valognes conserve également plusieurs de ses oeuvres, dont La place du Château ou Après le couvre-feu (1872), Au coin du feu (1877), Lever de lune à Dinard (1889), La Rue de la prison ou Animal écorché (1884), Route de Cherbourg vue vers la sortie de Valognes, Les Oies, Le pavillon et tourillon de la maison des frères (1884), L’hôtel de Louvières à l’abandon (1884), Chaumières à Quinéville (1881), Clocher d’église dans une ville de Bretagne et La rue de Fantaisie avec l’église Saint-Malo de Valognes.

Hommage

Bibliographie

Livres
  • Jean-Louis Adam, Notes sur la vie et l'œuvre de Félix Buhot, peintre-graveur (1847-1898), 1900
  • Pierre Leberruyer, Félix Buhot, éd. Manche-Tourisme, 1978
  • Jean-Luc Dufresne, Félix Buhot (1847-1898). Étude et catalogue raisonné des peintures, pastels, aquarelles et gouaches, 322 p., 1981 (thèse)
  • Jean-Luc Dufresne, Valérie Sueur et Alison Mac Queen, Buhot peintre graveur, entre romantisme et impressionnisme, éd. Isoète, 1999
Articles
  • Charles Hamel, « Un grand artiste valognais : Félix Buhot », Mémoires de la Société nationale académique de Cherbourg, vol. XXIII, 1942
  • Pierre Leberruyer, « Félix Buhot, illustrateur des trois romans de Barbey d'Aurevilly », Revue du département de la Manche, n° 163, 1999

Filmographie

  • Félix Buhot, un itinéraire romantique, de Jean-Luc Dufresne, 1983

Notes et références

  1. 1,00, 1,01, 1,02, 1,03, 1,04, 1,05, 1,06, 1,07, 1,08, 1,09, 1,10, 1,11, 1,12, 1,13, 1,14, 1,15, 1,16, 1,17 et 1,18 Félix Buhot (1847-1898) : Peintre de l’atmosphère, publication du musée Thomas-Henry, 2015.
  2. Selon le titre de l'ouvrage de Dufresne, Sueur et Mc Queen, 1998.
  3. Jean-Marie Dunoyer, « Un martyr de l'estampe », Le Monde, 17 octobre 1980.
  4. Ouest-France, 22 février 2014.

Lien interne