Tatihou

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Vue aérienne.
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L'Ile de Tatihou est une île de la Manche, à 1,5 km au large de la commune de Saint-Vaast-la-Hougue, au nord-est du Cotentin.

Espace naturel de 28 hectares (700 m de long sur 400 m de large) abandonné à partir de 1984, l'île est affectée par l’État au Conservatoire du littoral en 1988 qui en confie la gestion, la mise en valeur et l’animation au Conseil départemental de la Manche en 1990. Les travaux de réhabilitation et de restauration commencent alors et, en 1992 à l’occasion du tricentenaire de la Bataille de la Hougue, le musée maritime accueille ses premiers visiteurs.

L'enceinte, la poudrière, le fort, l'ouvrage fortifié, la redoute, la douane, le puits, l'hôpital, le musée, la cour, le château d'eau, la tour, la porte et le bastion sont inscrits aux monuments historiques depuis le 21 décembre 2007 et classés depuis le 10 avril 2008 [1].

Histoire

Un site occupé dès la Préhistoire

Les premières traces humaines retrouvées sur l’île de Tatihou, outillage et silex, datent d’il y a 20 000 ans. Des traces de parcellaires et de bâtiments agricoles de l'Âge du Bronze ( - 1800 à – 1000 ans avant JC ) ont été mises au jour : poteries, meules, outillages de pierre et fours.

Au IXe siècle, les Vikings s’établissent sur les côtes de Normandie. Ce sont eux qui vont nommer Tatihou : « hou » = terre entourée d’eau et « tat » = nom propre scandinave.

Propriété de l'abbaye aux Dames de Caen à partir de 1082, l'île porte également le nom d'« Île à Madame »[2].

Un des deux retranchements défendant la Hougue est aménagé sur Tatihou. Il n'empêche pas le débarquement anglais de 1295, celui des troupes d'Édouard III d'Angleterre le 12 juillet 1346, ceux du duc d'York, et du duc de Lancaster, ou encore celui des assiégeants de Cherbourg. En 1417, l'amiral Robinet de Braquemont attaque les renforts anglais en chemin vers Harfleur au large de Tatihou[2].

L'île est fortifiée par une tour, dotée d'un éperon défensif. Elle est une cible régulière au XVIe siècle : en 1562 les protestants défaits à Valognes par Matignon envoient le capitaine La Fontaine et le corsaire François Le Clerc dit « Jambe de Bois », soustraient les couleuvrines et la haquebute ; en 1574 par Montgommery et six mille hommes protestants et anglais qui se font remettre deux couleuvrines de fonte et deux de fer avant de faire le siège de Valognes ; en 1594, par François de la Cour qui l'occupe quinze jours jusqu'au terme du siège par le seigneur de Canisy[2].

Des fouilles archéologiques, réalisées depuis 1997, ont permis de mettre au jour des fondations d'un manoir de grande dimension datant de l’époque médiévale et qui aurait pu subsister jusqu'au XVIIe siècle.

La tour est détruite en 1666 sur ordre du roi, mais demeure la question de la fortification de l'île, d'autant plus après l'arasement des remparts de Cherbourg. Vauban écrit ainsi : « La Hougue, Saint-Vaast et Tatihou sont trois endroits qui devraient se soutenir les uns les autres pour résister conjointement à un ennemi qui voudrait tenter une descente [...] non seulement avec des troupes mais encore avec de l'artillerie pour écarter un ennemi de la rade et l'empêcher de mettre pied à terre ». Aussitôt sont érigés une batterie carrée sur l'îlet et trois redoutes reliées par une enceinte bastionnée sur l'île. Une petite chapelle de moins de 10 m² est également élevée[2].

La bataille de la Hougue

Louis XIV, souhaitant rétablir sur le trône d'Angleterre son cousin, le catholique Jacques II, chassé par le protestant Guillaume d'Orange, rassemble à partir de 1691 des soldats dans le Cotentin en vue d'une invasion. Au printemps 1692, 9 000 Français et 12 000 Irlandais sont rassemblés dans le Val de Saire et des chaloupes réquisitionnées sont rassemblées sur la côté est du Cotentin. Pour contrer les Anglais qui ont eu vent du projet et sont alliés aux Hollandais, l’Amiral de Tourville quitte Brest avec moitié moins de vaisseaux que ses adversaires[2].

Du 29 mai au 3 juin 1692, les batailles de Barfleur–et de la Hougue voient s’affronter la France et une coalition anglo-hollandaise. Douze vaisseaux français sont échoués puis brûlés entre Tatihou et la pointe de la Hougue : Le Magnifique, L'Ambitieux, Le Merveilleux, Le Foudroyant et Le Saint-Philippe s'échouent devant Tatihou, Le Terrible sur un rocher, et six vaisseaux devant le fort de la Hougue[2].

Le fort Vauban

Le fort Vauban
Le fort.

Dès 1694, afin de défendre la baie de Saint-Vaast, la tour de Tatihou et celle de la Hougue sont construites par un élève de Vauban, Benjamin de Combes. Vauban constatera en 1699 que « la rade de la Hougue est la meilleure de France ». Les fortifications se poursuivent jusqu’au XIXe siècle par l’édification d’un fort et d’importants magasins à poudre.

La tour fait partie du réseau des Sites Majeurs de Vauban[3][4], réseau de 12 sites français qui a été inscrit par l'Unesco le 7 juillet 2008 au patrimoine mondial de l'humanité.

Le lazaret

L'ancien hôpital.

Afin d’éviter de propager la peste de Marseille de 1720, le Roi décide de créer un lazaret à Tatihou pour protéger le nord-ouest du Royaume. Pendant les « quarantaines », marchandises et équipages venant de la Mer du Nord ou de la Méditerrannée bénéficient de fumigations de bruyères, de baies de genièvre, de vieux cuirs… Cet ensemble sanitaire fonctionnera jusque dans les années 1860.

Le laboratoire scientifique

En 1887, le Museum d’histoire naturelle de Paris occupe les bâtiments du lazaret. Les chercheurs y installent un laboratoire maritime avec un château d’eau de mer pour étudier principalement les algues et le plancton et y expérimenter l’élevage du turbot. En 1925, ce laboratoire est transféré à Saint-Servan, puis à Dinard.

La Première Guerre mondiale

Par peur de l'espionnage, en novembre 1914 près de 650 ressortissants de pays « ennemis » (allemands et austro-hongrois) sont internés à Tatihou, à Granville et aux îles Chausey.[5]

Le centre pour enfants

En 1926, les enfants sont les nouveaux occupants de l’île. L’aérium, « école de plein air » et de l’ « hygiène par l’exemple » reste sur l’île jusqu’à la Seconde Guerre mondiale. En 1948, le pédagogue Camille Belliard s’installe sur l’île de Tatihou pour accueillir des jeunes en difficultés. Ces adolescents, placés par mesures judiciaires ou en placement familial, y bénéficient d’une formation aux métiers du bâtiment, jusqu’en 1984.

Source

Direction du patrimoine et des musées - Conseil départemental de la Manche

Culture et tourisme

L’île de Tatihou est accessible à bord d’un bateau amphibie, le « Tatihou II ». À marée basse, il serpente à travers les parcs à huîtres, sur le Rhun. A marée haute, il relie les jetées de Tatihou et de Saint-Vaast en environ 5 minutes. On peut aussi se rendre sur l’île à pied à marée basse.

Faune et flore

Tatihou est une île protégée, trois hectares aux limites du fort y ont été établis en réserve ornithologique. Sa gestion est confiée au Groupe ornithologique normand. D'avril à juillet, on peut y voir des oiseaux nicheurs : goélands argentés, bruns et marins, tadornes de Belon… Autour de l'île, les cormorans sont présents constamment et les eiders à duvet le sont en hiver. En été et à l'automne, sternes caugek et pierregarin labbes pêchent aux abords de l'île. De nombreux limicoles vivent sur l'estran. En hiver, d'autres espèces s'installent : bernaches, grèbes, petits pingouins, pipits maritimes… Plus de 150 espèces différentes au fil de l’année.

À l’abri des murs du lazaret, trois types de jardins présentent, sur quatre hectares, la flore des bords de mer. Un jardin des découvertes ou "jardin des milieux" regroupe plusieurs centaines d'espèces du littoral, réparties selon leur milieu (dune, vase salée, rocher, landes, prairie). Le jardin maritime de trois hectares, est un lieu de promenade à l'abri des murs, qui est aussi ouvert sur le large. Les plantes endémiques de Manche Atlantique y dominent mais alternent avec certaines espèces horticoles. Dans le jardin d'acclimatation, des massifs et parterres présentent des espèces exotiques pourtant adaptées à la rigueur du climat marin.

Le 10 septembre 2014, un plancton envahissant, le mnemioposis leidyi, est découvert par hasard sur l'île à l'occasion d'une récolte organisée par l'Université Paris VII, en formation sur place [6]. Appelé couramment « noix de mer », ce plancton, de 3 à 10 cm, originaire de l'Atlantique nord-américain, est un parent proche des méduses [6].

Le musée maritime

voir l'article détaillé Musée maritime de Tatihou

Un atelier de charpente

Depuis la création du musée maritime de l'île de Tatihou en 1992, le Conseil général de la Manche a constitué, par le biais d'acquisitions, dons, cessions ou reconstructions, une collection d'une vingtaine d'embarcations, présentées à flot dans le port de Saint-Vaast ou en exposition sur l'île. Ces bateaux sont représentatifs des activités du littoral bas-normand au cours du 20e siècle, la petite pêche étant la plus présente, parmi quelques unités de pêche-plaisance ou de pêche côtière. Pour les besoins d'entretien et de restauration de cette collection, un atelier de charpente navale a été créé en 1994.

« Les Traversées de Tatihou »

Le festival des Traversées de Tatihou a vu le jour en 1994 et se tient chaque année, à la mi-août. Pendant quatre jours, on rejoint l’île à pied à marée basse pour y écouter une programmation choisie de musiques traditionnelles des rivages du monde.

Accès

On accède à l'île de Tatihou par le port de Saint-Vaast-la-Hougue par un bateau amphibie d'une capacité de 43 places. Il est également possible de rejoindre l'île à pied à marée basse.

Par souci de protection de l'environnement, une limite de 500 visiteurs par jour a été instaurée.

Hébergement

L'île de Tatihou dispose d'une capacité d'accueil de 34 chambres. Les aménagements comprennent également une salle de conférences et un centre de documentation. Ces chambres sont à la disposition de groupes professionnels, scolaires pour des classes de découverte, agences de voyages, associations mais également d'individuels. Des week-ends à thèmes sont régulièrement proposés aux visiteurs pour les initier à la cuisine de la mer, l’astronomie ou encore à l’architecture des fortifications.

Fréquentation

L'île accueille environ 60 000 visiteurs chaque année [7].

Bibliographie

Jules Octave Triquet (1867-1914), Tatihou.
par ordre chronologique de parution
Livres
  • Marie-Jo Audouard, L'Enfant du bagne, 1996
  • Fabrice Moireau, L'Île de Tatihou, éd. Gallimard, 1997
  • Catherine Téphany, Saint-Vaast-la-Hougue-Tatihou autrefois, Les Cahiers du temps, 1997
  • Robert Guégan (illustrations de Fabrice Moireau), Île de Tatihou, Cotentin, Actes Sud, 1997
  • Paul Cailly, Tatihou pour mémoire, éd. Isoète, 2000
Articles
  • A.-E. Malard, « Le Laboratoire maritime du muséum à l'île Tatihou », Cherbourg et le Cotentin, Le Maout, 1905.
  • Robert Guégan, « Tatihou, l'île aux trésors », Pays de Normandie, n° 19, mars-avril 1999, pp. 26-41.
  • « Le Tour de l'île en quelques mots », Livre / échange, n° 47, juillet 2009.
  • « Tatihou, île en rade, île en vogue », Détours en France, n° 143, mai 2010.

Administration

Adresse : Quai Vauban
50550 Saint-Vaast-la-Hougue
Tél. 02 33 23 19 92
Fax : 02 33 54 33 47
Courriel : ile.tatihou@manche.fr

Notes et références

  1. Notice n°PA00110608, base Mérimée (architecture), médiathèque de l'Architecture et du Patrimoine, ministère de la Culture.
  2. 2,0, 2,1, 2,2, 2,3, 2,4 et 2,5 Robert Guégan, Île de Tatihou, coll. Conservatoire du Littoral, Actes sud, 1997. ISBN 2742712550.
  3. Site internet Les Fortifications de Vauban l (lire en ligne).
  4. Wikipédia, « Sites majeurs de Vauban (lire en ligne).
  5. La Grande Guerre des Manchois, Galerie des archives de la Manche(lire en ligne)
  6. 6,0 et 6,1 « Découverte d'un plancton invasif à Tatihou», Ouest-France, 18 septembre 2014 ; « Un plancton vorace repéré à Tatihou », Ouest-France, 23 septembre 2014.
  7. « Petite escapade sur l'île de Tatihou », Dimanche Ouest-France, supplément « Balades en Normandie », 6 mai 2012.

Articles connexes

Liens externes