Rade de Cherbourg

De Wikimanche

La rade de Cherbourg, qui s'étend sur 1 500 hectares, est la plus vaste rade artificielle du monde. Elle protège le port de Cherbourg-en-Cotentin.

Plan de situation.

Histoire

Rade de Cherbourg d'après les reconnaissances effectuées en 1879-1881.

La construction de la rade répond au besoin de créer un port militaire de première importance à Cherbourg, face à l'Angleterre. À l'origine, 90 vaisseaux de ligne peuvent s'y abriter [1].

L'édification puis l'armement des digues s'étend de 1782 à 1853.

Voir Port militaire de Cherbourg

Description

Les deux rades

La digue de l'ouest.
La grande rade

Elle est protégée par une grande digue, qui se compose de trois parties : la digue de l'ouest, la digue du centre (ou digue du large), la digue de l'est, qui s'étendent sur 7 km, depuis la pointe de Querqueville jusqu'à l'île Pelée et Collignon.

On accède à la rade par deux passes :

  • la ‎passe de l'ouest, large de 1 100 m, est utilisée par les bateaux d'un tirant d'eau pouvant aller jusqu'à 12 m
  • la ‎passe de l'est, large de 700 m, utilisée par les bateaux à faible tirant d'eau (car-ferries, navires de commerce et de pêche...).
La petite rade

Elle est protégée par la jetée du Homet et la jetée des Flamands.

Les forts de la rade

Fort du Homet

Commencé en 1779 au sud-ouest de la rade et au nord du nouvel arsenal, achevé en 1786, il a coûté environ 4 millions de francs. Comme celui de l'île Pelée, il présente alors trois étages de feux, pour guère plus de 75 bouches à feu.

Initialement nommé fort d'Artois, à cause de la visite faite à cet ouvrage par le comte d'Artois, en 1786, il prend le nom de fort Liberté sous la première République, arborant la devise « Liberté, Égalité, Fraternité » en gros caractères sur la porte principale. Le fort du Homet tire son nom du rocher sur lequel il est fondé.

Après les évènements de juin 1848, plusieurs insurgés de Paris furent détenus là.

Fort de l'île Pelée

Situé à l'est de la digue, sur l'île Pelée, cet ouvrage, exécuté sur les plans de les ingénieurs Ricard et De Caux, est commencé en 1777 et terminé en 1784. On évalue à 4 millions de francs la somme d'argent employée pour sa construction.

À sa construction, les trois étages de feux permettait d'armer le fort de 108 bouches à feu. Louis XVI le visitant en 1786, met, dit-on, lui-même, le feu à un gros mortier, pour donner le signal d'une décharge générale. Il est composé par une citadelle de granit de Chausey, une fosse et une enceinte fortifiée.

Cet ouvrage de défense a changé de nom selon les temps (fort Royal, fort National, fort Impérial). La République de 1848 lui donna simplement le nom du rocher sur lequel il est édifié. Depuis 1898, face aux mutations de l'artillerie, une chape de béton de 5 mètres recouvre la face nord de la citadelle[2].

Durant la tempête révolutionnaire, on y vit, comme prisonniers, des hommes qui avaient joué des rôles bien différents parmi lesquels Vadier, membre du Tribunal révolutionnaire, Cormatin, major général de l'armée vendéenne, puis le babouviste Buonarotti et Barthélemy Porta.

Un phare de 80 pieds d'élévation projette à 2,5 lieues en mer ses feux intermittents.

Fort de Chavagnac

Fort Chavagnac.

Sur la roche qui porte le nom du comte de Chavagnac, chargé des travaux, au sud du musoir ouest de la digue et en face de la baie de Sainte-Anne.

Ce fort présente deux étages de feux et pouvait être armé de 60 bouches à feu.

Forts de l'Est et de l'Ouest

Fort de l'ouest.

Bâtis sur les musoirs est et ouest de la digue du large entre 1850 et 1852, ils sont de forme circulaire et comptent chacun trois niveaux de feu dont deux casematés et une batterie à ciel ouvert. Les rez-de-chaussée abritent les logements et les magasins à poudre.

Ils sont bétonnés vers 1890.

Le fort de l'Est est détruit le 18 juin 1940 par les résistants du port de Cherbourg qui font sauter la batterie de marine qu'il abritait. Le fort de l'Ouest dispose d'un port, et d'un phare.

Fort de l'est.

Fort central

Fort central.

Le fort central est de forme elliptique, et présente une enveloppe à ciel ouvert avec un réduit à deux étages de feux.

Dès 1807, le point central de la digue peut recevoir 20 canons. Cette batterie ayant été bouleversée par la tempête du 12 février 1808, un décret du 7 juin 1811 prescrit de la reconstruire, en élevant les embrasures à 30 pieds au-dessus des plus hautes marées ; chaque plate-forme devait être voûtée.

Fort de Querqueville

Situé au couchant du musoir ouest de la digue, il est commencé en 1787 sur l'emplacement d'un fortin semi-circulaire de la Guerre de Sept ans. On peut évaluer à 3 millions de francs la dépense totale que cet ouvrage aura occasionnée.

À l'origine, il devait avoir trois étages de feux, comme celui de l'île Pelée, mais tout s'est borné à une batterie circulaire voûtée et casematée, pouvant recevoir 50 canons. Cette batterie est surmontée d'une batterie à ciel ouvert, destinée surtout à recevoir des mortiers de gros calibre vers 1879.

Fort des Flamands

Au sud de l'île Pelée, ce fort tire son nom de ce que, dans des temps fort reculés, il y avait sur cette partie du littoral de Tourlaville, une colonie de Brabançons qui faisaient sur la côte un commerce important. Ce point était nommé Fief-aux-Flamands.

Ce fort n'entrait pas dans le système de défense de la rade ; mais la nécessité de construire pour le service de la marine des magasins à poudre et un établissement de pyrotechnie, aura conduit naturellement à protéger ces magasins et ateliers par un ouvrage fortifié.

Quel que soit le motif de la création de ce fort, il est évident que c'est un obstacle opposé à un ennemi qui, profitant de la haute mer, voudrait s'introduire dans la rade en passant au sud de l'île Pelée.

La forme du fort des Flamands est celle d'une lunette bastionnée ayant des casemates à un seul étage au pourtour et surmontée d'une batterie barbette terrassée. Le nombre des bouches à feu dont peut être armé cet ouvrage est de 30 au maximum.

Le fort des Flamands, avec ses accessoires (magasins à poudre et établissements de pyrotechnie), commencé vers 1844, a été terminé en 1856 ; tous ces travaux peuvent être évalués à environ 3 millionsde francs.

Patrimoine

Malgré le mauvais état, aucun programme de protection patrimonial n'existe pour cet ensemble architectural. Propriété de la Marine nationale, c'est elle qui s'occupe de l'entretien.

Une vedette propose la visite de l'extérieur, et quelques forts sont ouverts lors des Journées du patrimoine.

Citations

La batterie du salut.
  • « La rade de Cherbourg, devenue aujourd'hui un abri si sûr, est appelée peut-être à jouer le premier rôle dans nos destinées maritimes et cependant elle est depuis longtemps déshéritée de ce qui constitue la force vive d'un port militaire. Qu'il nous soit donné, Monsieur le Président, d'espérer que désormais quelques bâtiments de haut-bord y déploieront toujours leurs glorieux pavillons. »
Discours du maire de Cherbourg, Joseph Ludé, le 5 septembre 1850 à l'occasion de la visite du président Louis-Napoléon Bonaparte.
  • « À la considérer dans son ensemble, l'entreprise est prodigieuse. Quand ce grand peuple entreprend des travaux d'importance capitale, réellement favorisés par l'État, on trouve un génie inventif pour en dresser le plan et des ingénieurs d'un mérite supérieur pour l'exécuter. »
Arthur Young, 1788

Sources

  • Thierry Dubillot, « La grande digue : une belle encombrante », Ouest France, 22 juillet 2009
  • Bazan, « Quels sont les hommes qui ont exercé le plus d'influence sur la création d'un arsenal maritime à Cherbourg et en particulier quelle part doit être attribuée à Vauban dans les projets relatifs à la fermeture de la rade », extrait des Séances du congrès scientifique de France, tenu à Cherbourg en septembre 1860. Cherbourg : Auguste Mouchel, 1860. 16 pages

Galerie

Cartes

Vidéo

Bibliographie

Livres
  • « Exemple de rade aménagée », Notions de travaux maritimes, École spéciale des travaux publics, Paris, 1912
Articles
  • Noël, « Discussion historique sur la digue de Cherbourg », Mémoires de la Société nationale académique de Cherbourg, vol. VII, 1856
  • Hervé Pillevain, « Les fortifications de Cherbourg du XVIIe au XIXe siècle », Monuments historiques, n° 159, octobre-novembre 1988
  • Patrick Courault, « Dossier : Cherbourg, la rade en héritage », Au fil de la Normandie, n° 6 ,juin-juillet-août 2005, pp. 36-51

Notes et références

  1. Jean Fleury et Hippolyte Vallée, Nouveau guide du voyageur à Cherbourg, Impr. de Noblet, Cherbourg, 1839.
  2. Guide des randonnées pédestres, Communauté urbaine de Cherbourg

Liens internes

Lien externe