François-Armand Fréret

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François-Armand Fréret, né à Cherbourg le 27 août 1758, mort le 9 novembre 1816, est une personnalité artistique de la Manche, sculpteur de son état.

Biographie

Famille

François-Armand est le huitième enfant de Marie-Jeanne Voisin et du sculpteur Pierre Fréret (1714-1782). Il a dix frères et sœurs dont Louis-Barthélémy Fréret (1755-1831), Célina Fréret, Pierre Fréret et Hervé Fréret.

Veuf en 1796, avec deux enfants à charge, Hélène (1790-?) et François-Armand (1795-1806), il se remarie en 1800 avec Victoire Étasse, fille de corsaire. Il est le père de Louis-Victor Fréret et le grand-père de Armand-Auguste Fréret (1830-1919).

Formation artistique

François-Armand est initié par son père à la sculpture. Comme son frère Hervé, il participe auprès de lui à la réalisation du relief du tombeau de Thomas Hélye[1].

Après la mort de son père, François-Armand poursuit son apprentissage à Paris, à l'Académie royale de peinture et de sculpture entre 1783 et 1784, puis auprès de Jean-Charles Le Vavasseur qui l'héberge rue des Maçons-Sorbonne (aujourd'hui rue Champollion)[1].

Premières réalisations

En 1784, il orne les statues de la Vierge et de saint Jean sur la poutre de gloire ainsi que le Christ de la Basilique Sainte-Trinité de Cherbourg[1].

Deux ans plus tard pour la visite de Louis XVI, il réalise sur la place du Calvaire un arc de triomphe d'ordre dorique de 38 pieds de haut sur 32 pieds. Sur ses massifs, quatre obélisques couronnés d'une fleur de lis. La clef de l'archivolte portait le blason de la ville, l'entablement une devise en latin faisant de Louis XVI le restaurateur de Cherbourg[1].

Après quoi, début 1789, il fait figurer la visite royale sur le trumeau de la cheminée de l'hôtel de ville. Il représente également à cette époque, le chiffre de Louis XVI, des lis et des dauphins couronnés, sur le frontispice du fort de l'île Pelée et élève le portail de l'hôtel de ville[1].

Maître marbrier, il fait aussi commerce de matériaux et pièces de décoration (glaces, miroirs, tableaux, estampes, enseignes...) et de meubles (tables, secrétaires, commodes)[1].

Sculpteur de la Révolution et de l'Arsenal

Fontaine de Caveliers, rue Emmanuel-Liais.

Le 26 mai 1789, il épouse Louise-Adélaïde (1766-1796), sœur de Pierre Solignac, ferblatier avec lequel il travaille, et du capitaine au long cours Louis Solignac (1759-1802), enrichi dans le commandement de navires havrais pour la traite de Noirs, et qui lui commande vers 1790-1791 la façade de son hôtel particulier[1].

L'agitation révolutionnaire lui donne régulièrement de l'ouvrage : hôtels de la Patrie, pour la fête de la Fédération et le culte décadaire en 1798 notamment ; destructions des marques de la royauté sur la Trinité et l'Hôtel-Dieu ; apposition des nouveaux noms révolutionnaires sur les 41 plaques de rues en novembre 1793 ; inscription le 20 mai 1794 de la phrase « le peuple français reconnait l'immortalité de l'âme » à la place de « Temple de la Raison » sur le portail de l'église ; projet de décoration pour la fête de l'Être suprême ; statue de la Liberté, en plâtre, pour la maison commune... Il est nommé avec son frère Louis par Bouret au conseil général de Cherbourg présidé par Augustin Asselin[1].

Il achète le 27 février 1792 une maison rue de la Corderie, actuel 42 rue François-La Vieille, où il aménage le domicile familial, son atelier au fond du jardin et un magasin de décoration, d'ameublement et de cartes marines en exclusivité, donnant sur la rue. Il acquiert ensuite une partie de l'hôtel Colas de Gassé contigu[1].

Successeur de son père comme fontainier de la ville jusqu'en 1802, avec des émoluments de 40 livres en 1784 et 200 francs en l'an VIII, il orne la fontaine des Caveliers en 1790[1].

Il dirige un atelier de sculpture à l'arsenal de Cherbourg[2], créé en 1793. À ce titre, il décore la quasi-totalité des bâtiments qui en sorte jusqu'à la Restauration, parmi lesquels la corvette la Mignonne en 1796, les frégates la Furieuse en 1797, la Guerrière, la Manche en 1806, L'Amphitrite (1807), l'Astrée en 1809, l'Iphigénie (1810), les vaisseaux le Zélandais (1812) et le Courageux (1816)... Maître sculpteur de la Marine à partir de février 1812, décoré du Lys le 1er août 1814, il dessine cette même année pour le canot royal une proue ornée de Neptune sur son char, tiré par des chevaux marins, qui sera réalisée par son fils Louis-Victor Fréret sous la Monarchie de Juillet[1].

Il est l’auteur d'un buste en marbre blanc conservé au Musée du Louvre représentant l'amiral de La Motte-Picquet ou le gouverneur de Normandie François-Henri d'Harcourt[1].

Ses dernières années comme sculpteur liturgique

Maître-autel de la basilique Sainte-Trinité.

Le pouvoir révolutionnaire tombé, il reçoit des commandes pour reconstruire ou restaurer le mobilier liturgique détruit par les sans-culottes lors de la déchristianisation. Il orne de nombreuses églises du Cotentin dans le style néoclassique, plus particulièrement par des maitres-autels souvent conçu selon le même modèle et dont l'exemple le plus parfait est celui de la Basilique Sainte-Trinité de Cherbourg (1809)[1] :

« parallélépipédiques ou en troncs de pyramides renversées, [ils] portent assez régulièrement un antependium, rehaussé d'un relief des instruments de la Passion liés en trophée, écho des trophées martiaux dont il orne les bâtiments de guerre. Sur leur bordure règne un e guirlande de feuilles de chêne ou de laurier - ligaturée comme un faisceau d'armes - de tiges de joncs liées d'acanthes. Le gradin de l'autel porte des rinceaux, des roses, des épis de blé et des pampres, rappel des espèces eucharistiques, ou bien des chutes de fruits, des draperies suspendues à des anneaux, très caractéristiques de son art, et que l'on retrouve sur les panneaux du retable. Autour de l'autel [...], le décor, témoin de la puissance temporelle recouvrée de l'Église, est triomphaliste, mais dans l'esprit néo-antique. Fréret utilise systématiquement pour ses retables les colonnes et pilastres à chapiteaux corinthiens ou ioniques, les corniches soutenues de mutules en feuilles d'acanthes alternant avec des rosaces, les frises de rinceaux. Sur l'entablement, l'es anges, les chérubins, les urnes drapées, les pots-à-feu, les consoles et les ailerons formant attique, dans une profusion nostalgique du baroque, semblent équilibre la colonnade qui les soutient, tandis que le triomphe du christ est manifesté par des gloires de grandes envergure, porteuses dans des nuées, du triangle de Jéhovah. »[1]

Il intervient ainsi à Notre-Dame d'Alleaume, Querqueville, Sideville, Virandeville, Équeurdreville (disparu), Hainneville (disparu), Octeville (disparu), Urville-Hague (détruit), et probablement à Couville, Les Pieux et Siouville. Mme de Bruc le demande également pour la chapelle de son château de Flamanville, pour laquelle il sculpte le tombeau de l'autel des insignes de la Passion « encadré de colonnes et pilastres ioniques, avec une frise portant rosaces et un fronton triangulaire ornée d'une gloire, tandis qu'une gypserie moderne est éclairée elle aussi par un jour ». Il collabore régulièrement avec Julien Lacolley qui peint et dore ses œuvres[1].

On retrouve ensuite son influence chez Victor Eve, Étienne Aubin, Édouard Buhot... À Tourlaville, Charles Robert réalisera le retable en 1839 sur la base d'un dessin de Fréret[1].

Il fournit également le statuaire : autel de la Vierge à la Trinité avec sa seconde épouse, Victoire Étasse (1784-1863) sous les traits de Marie portant dans ses bras un jeune enfant qui serait son fils Louis-Victor ; statues mariales de Virandeville et Octeville, Assomption à Querqueville, saint Martin, saint Laurent et le Martyre de saint Sébastien à Octeville (1810), saint Martin et saint Jean-Baptiste originellement à Urville-Hague et désormais à Omonville-la-Rogue... On lui doit enfin des poutres de gloire (perques), à Alleaume, Urville-Hague, Valognes et probablement Flamanville, avec des crucifix à Saint-Pierre-Église et Urville-Nacqueville[1].

Notes et références

  1. 1,00, 1,01, 1,02, 1,03, 1,04, 1,05, 1,06, 1,07, 1,08, 1,09, 1,10, 1,11, 1,12, 1,13, 1,14, 1,15 et 1,16 Hugues Plaideux, « François-Armand Fréret, sculpteur de Cherbourg », Mémoires de la Société nationale académique de Cherbourg, tome 31, 1995.
  2. P. Hubert, « L'évolution artistique à Cherbourg au XIXe siècle », Cherbourg et le Cotentin, impr. Le Maout, 1905.