Site de Brécourt

De Wikimanche

La rampe de lancement V1 de Brécourt après la libération de Cherbourg. Les filets de camouflage allemands sont encore présents.

Le site de Brécourt est un site militaire de la Manche, sis à Équeurdreville-Hainneville, dédié par l'armée allemande au lancement de missiles V1.

Quand le mazout remplace le charbon

Entre les deux guerres, la vallée de Brécourt, sur les hauteurs d'Hainneville, est choisie par la Marine nationale pour installer un stockage de mazout, nouveau combustible des navires de guerre stationnés ou faisant escale à Cherbourg. Les travaux débutent en 1928 et, à partir de 1932, huit réservoirs en béton type « caverne », de 72 mètres de long sur 15 mètres de hauteur à la voûte, d'une capacité totale de 80 000 m3, sont enterrés. Il sont desservis par des souterrains. Les réservoirs sont reliés à l'arsenal de Cherbourg par une canalisation souterraine ; la pente naturelle permet de livrer le combustible même si les pompes sont hors d'usage. Deux usines électriques couvrent les besoins en énergie nécessaires au fonctionnement des installations. Les moteurs de 400 CV permettent de faire tourner les pompes et la ventilation[1][2]. Les 5 000 ouvriers mobilisés achèvent les travaux en 1938[2]. La base est considérée à l'épreuve des bombardements[1].

Les installations, sabotées à l'arrivée des Allemands en juin 1940, sont rapidement remises en état par l'occupant[2].

Les V2 puis les V1

Fin 1942, le complexe souterrain de Brécourt est sélectionné par la Heer (armée de terre allemande) pour accueillir l'un des trois sites de lancement de fusées V2 visant le sud de l'Angleterre, nom de code Ölkeller Cherbourg (Stockage souterrain de mazout de Cherbourg) pour ne pas alerter les renseignements alliés. Les travaux tardent à débuter, la priorité étant donnée à Sottevast, l'autre site cotentinais. Le bombardement du site pilote du Pas-de-Calais en août 1943 retarde l'ensemble du programme et Ölkeller Cherbourg ne fait plus parler de lui[3].

À la fin de l'année 1943, la Luftwaffe obtient le site de Brécourt pour pallier l'abandon du site V1 de Couville (Wasserwerk Cherbourg), trop vulnérable aux bombardements alliés. Le nouveau nom de code est Minenlager (Réservoir souterrain). En janvier 1944 débute la construction d'une rampe de lancement et le creusement de galeries reliant les réservoirs 3, 4 et 5 voués à stocker 300 missiles assemblés sur place. Une deuxième rampe enterrée semble avoir connu un début de réalisation. N'ayant pas conscience qu'il puisse être un site à risque, l'aviation alliée ne bombarde pas le lieu[2].

Le 27 juin 1944, quand les Américains prennent la position, le complexe est inachevé : une seule rampe sur les deux prévues est construite, le toit de béton manque encore[2].

Winston Churchill visite le site de Brécourt en compagnie de militaires américains le 24 juillet 1944. Le cigare a remplacé la pomme !

La pomme de Churchill

Le site reçoit la visite de Dwight David Eisenhower, puis de Winston Churchill qui, de stupeur face à l'ampleur des installations, aurait lâché une pomme qu'il mangeait, s'écriant : « Oh, my God ! », à l'emplacement où depuis pousse un pommier.

Un site devenu historique

Après la guerre, la Marine nationale lui redonne son usage initial de stockage de combustible, qu'il conserve jusqu'en 1986[2][1].

Témoignage intact de la technologie militaire allemande, la base (rampe, réservoirs et galeries) est classée au titre des monuments historiques par arrêté ministériel du 23 février 1995[2], après avoir été inscrite le 13 juin 1994. La rampe est visible sur les sites Google Maps et Géoportail, et une maquette de V1 y est visible à l'extrémité nord-ouest de la rampe.

Généralement, on ne peut visiter le site que lors des Journées du Patrimoine.

Bibliographie

  • J.-P. Hervieu, « La base de V1 de Brécourt et le fort de Querqueville et l'ouvrage de Brécourt », Annuaire des cinq départements normands, congrès de Cherbourg et la Hague, 2008, pp. 25-32

Notes et références

  1. 1,0, 1,1 et 1,2 La Presse de la Manche, 1er juin 2007.
  2. 2,0, 2,1, 2,2, 2,3, 2,4, 2,5 et 2,6 Alain Nafilyan, Éric Diouris et Frédéric Henriot, Monuments historiques du XXe en Basse-Normandie, In Quarto, 2010
  3. Les éléments sur la période V2 proviennent du livre de Roland Hautefeuille : Constructions spéciales, histoire de la construction [...] dans le Pas-de-Calais et le Cotentin des [...] sites protégés pour le tir des V1, V2, V3 [...](1943-1944), Paris, 1995

49°39′5.50″N 1°40′11.81″O / 49.6515278, -1.6699472