Prison du Mont Saint-Michel

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La prison du Mont-Saint-Michel est un ancien lieu de détention de la Manche.

Îlot au milieu de la mer, le Mont Tombe, s'il a essentiellement été au cours des siècles, un lieu dédié à la religion, a également été à plusieurs reprises un lieu de détention.

La prison des rois

Une première abbaye est construite au XIe siècle, reconstruite au XIIIe siècle dans un style gothique. L'îlot est fortifié aux XIVe et XVe siècles.

La première mention de l'usage carcéral du Mont date du règne de Louis XI, mais des légendes fait de l'îlot un lieu d'enfermement bien avant. Ainsi, Wace, dans le Roman de Brut, évoque Hélène, nièce de Hoël, enlevée sur la côte d'Espagne par un géant et retenue prisonnière sur le Mont. Fulgence Girard y voit l'évocation d'une accusation contre l'abbé Suppo (1033-1048) qui aurait mis au secret une jeune italienne et sous-entend qu'il y aurait enterré l'enfant né de leur union illégitime[1].

Étienne Dupont rejette cette légende évoquée sans rien pour l'attester. Il réfute également les suspicions d'emprisonnements ordonnés par l'abbé Roger (1084-1102) ou l'évêque de Dol Juthaël, de même qu'il rejette l'hypothèse de Girard quant à la construction d'oubliettes par Robert de Thorigny. Contrairement à l'imagerie populaire véhiculée, il n'y a jamais eu d'oubliettes au Mont, certains auteurs ayant pris pour des cachots des puisards, égouts et cachettes pour les trésors du clergé[2].

Cependant, la vocation carcérale du Mont remonterait au XIIe siècle, pour les justiciables ressortissant du pouvoir de l'abbé, mais aucun document ne l'atteste[2]. Lors de son pèlerinage en 1470, Louis XI visite les prisons dans les sous-sols du Mont Saint-Michel et en « libèr[e] une povre femme tenans ostaige pour son mari »[2].

Louis XI fait du Mont une prison d’État[3], destiné aux religieux et aux Exilés[4]. Le roi amène une « fillette » lors de sa visite suivante, en 1472, cage en bois et en fer de trois mètres de côté, suspendue en l'air. Placée dans l'une des salles de l'Officialité, au dessus de l'entrée de l'abbaye romane[4], celle-ci n'est détruite que sur ordre du duc de Chartes, futur Louis-Philippe[3].

Noël Beda meurt au Mont en 1537, exilé par François Ier.

En 1547, quatre gentilshommes écossais, coupables d'avoir tué un cardinal, sont incarcérés au Mont sur ordre du roi. Ils s'en échappent un an plus tard, le 7 janvier 1549[2].

Les souverains successifs envoient par lettre de cachet 153 prisonniers entre 1666 et 1789 dont Avedick, le poète Dubourg de La Cassagne, le conseiller au Parlement de Paris Honoré-Auguste Sabatier de Cabre[4]. Les deux bâtiments dits « les Exils », comptent 40 chambres fortes aux croisées grillées qui reçoivent 15 prisonniers entre 1747 et 1790, et sept chambres de maître[4]. Lors de l'incendie du 16 août 1776, le Mont renferme 18 individus.

La Révolution française ouvre les prisons, et libère une dizaine de prisonniers d’État[4].

Prison révolutionnaire et impériale

Le Mont devient prison départementale, notamment à partir de 1792 pour les mineurs délinquants de la Manche et des environs, et pour 300 prêtres d'Ille-et-Vilaine. 50 détenus s'échappent à la faveur de la prise du Mont-Libre par les Vendéens en novembre 1793, mais après la défaite des royalistes, 600 prêtres sont incarcérés, jusqu'à la chute de Robespierre.

Ensuite, les députés Laurent Lecointre de Versailles, Crassous de Medeuil et Granet connaissent la prison montoise en 1795, comme une quarantaine de prêtres réfractaires. L'année suivante, les historiens dénombrent 22 détenus correctionnels.


Prisonniers célèbres

Notes et références

  1. Fulgence Girard, Histoire du Mont Saint-Michel comme prison d’État, E. Dépée, Sceaux, 1850.
  2. 2,0, 2,1, 2,2 et 2,3 Étienne Dupont, Les Prisons du Mont Saint-Michel: 1425-1864
  3. 3,0 et 3,1 « La “fillette” du Mont-Saint-Michel », La Manche libre (édition Avranches), 28 avril 2018.
  4. 4,0, 4,1, 4,2, 4,3 et 4,4 Robert Sinsoilliez, Prisonniers au Mont-Saint-Michel, Ancre de Marine Editions, 2006.