Fêtes de canonisation de Marie-Madeleine Postel à Saint-Sauveur-le-Vicomte (1925)

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Fêtes de canonisation de Marie-Madeleine Postel à Saint-Sauveur-le-Vicomte

Canonisée le 24 mai 1925, Marie-Madeleine Postel (1756-1846) est fêtée par la communauté catholique de la Manche les 4, 5 et 6 août suivants à Saint-Sauveur-le-Vicomte.

Le cardinal Tacci.

Le triduum est organisé conjointement par l'Institut des sœurs chrétiennes de la Miséricorde, la ville de Saint-Sauveur-le-Vicomte et le diocèse de Coutances [1].

Pour cette circonstance, la ville est décorée « avec autant de richesse que de bon goût » [2]. Les rues « sont devenues de véritables et belles avenues, avec des dômes et des ciels de fines guirlandes où fleurs de toutes les couleurs, oriflammes, drapeaux sèment des notes vives » [3]. On remarque plusieurs arcs de triomphe sur lesquels on peut lire parfois « Hommage à notre sainte, gloire de Saint Sauveur » [4]. « Saint-Sauveur s'est véritablement surpassé, note l'envoyé spécial de L'Ouest-Éclair, et ses habitants peuvent être assurés de l'entière satisfaction de milliers de pèlerins, qui sont accourus aux fêtes du triduum et qui, aujourd'hui et demain, viendront encore prier près du tombeau de la nouvelle sainte. » [4]. La foule est là, en effet, venue par trains entiers ou en automobiles, parfois à pied [4].

La procession des reliques.

La procession se forme, emmenée par Mgr André du Bois de La Villerabel, archevêque de Rouen, et traverse la ville jusqu'à l'abbaye [3]. Le cardinal italien Giovanni Tacci Porcelli, secrétaire de la Congrégation pour les Églises orientales, protecteur des Sœurs de la Miséricorde, que le pape Pie XI a délégué sur place pour le représenter, « ne cesse de bénir la foule » [2]. La basilique est pleine et la chapelle de la Croix voit arriver de très nombreux fidèles pressés de se recueillir devant le tombeau de la sainte et devant ses reliques placées « dans une fort belle châsse en argent doré », qui porte gravées plusieurs des devises chères à Marie-Madeleine Postel, ainsi que le nom des pontifes qui se sont occupés de sa béatification et de sa canonisation [4].

Dans la basilique, « de simples tentures jaunes et blanches, courent gracieusement le long des murs, des oriflammes discrètes ornent également les piliers » sur lesquels ont été placés des écussons aux armes de toutes les notabilités ecclésiastiques invitées [4]. Et elles sont nombreuses, outre le cardinal Tacci, il y a là le cardinal Louis-Ernest Dubois, archevêque de Paris, Mgr André du Bois de La Villerabel, archevêque de Rouen, Mgr Théophile Louvard, évêque de Coutances, Mgr Georges Grente, évêque du Mans, et les évêques de Metz, Blois et Bayeux [1].

Devant la maison-mère.

L'église est comble pour la grand-messe de cette première journée célébrée par Mgr Dubois de La Villerabel [4]. Des fidèles doivent rester dehors, où des hauts-parleurs ont été installés pour leur permettre de ne rien perdre du panégyrique prononcé par l'abbé Léopold Datin, curé doyen de Périers, qui esquisse l'histoire de Marie-Madeleine Postel et montre « le rôle primordial que jouèrent successivement l'abbé Lamache, son premier directeur à Barfleur, l'abbé Cabart, son conseiller lors de la fondation à Cherbourg de la première Congrégation des Pauvres filles de la Miséricorde, l'abbé Lerenard, qui fut son chapelain, pendant quarante-deux ans, Mgr Delamare, enfin, qui l'aida de ses puissants avis et fut en quelque sorte le père spirituel de l'importante maison » [4].

Le père Datin termine son sermon en suppliant la sainte « d'intervenir auprès de Dieu pour qu'il donne à l'Église et à la France des quantités de religieux et religieuses, d'institutrices et d'instituteurs chrétiens capables de marcher sur ses traces, de s'inspirer de ses conseils et d'imiter ses vertus » [4].

Les pèlerins assistent alors à la procession des reliques de la sainte [3]. La châsse précédée du clergé portée par des prêtres fait le tour de l'église et des jardins de l'abbaye, au milieu de haies de pèlerins prosternés. Pour l'envoyé spécial de L'Ouest-Éclair, « cette première et très belle journée fera date dans les annales de l'abbaye de Saint-Sauveur et dans l'histoire du diocèse de Coutances » [4].

Le mercredi 5 août, la foule est encore plus imposante [5][3]. C'est le cardinal Dubois, archevêque de Paris, qui célèbre la grand-messe [3]. Mgr Louvard fait un nouveau panégyrique de la sainte [3]. À l'heure des vêpres, la foule a encore grossi. Mgr Georges Grente retrace l'œuvre de Marie-Madeleine Postel [5].

Une nouvelle fois, une procession permet à la foule de se recueillir devant les reliques de la sainte [3]. La journée officielle s'étend jusqu'à la nuit avec la foule des pèlerins qui ne cesse de se renouveler dans l'abbaye [5].

Le jeudi 6 août, alors que la pluie s'est invitée, plusieurs messes sont célébrées le matin, qui rassemblent plusieurs centaines de personnes [6].

La grand-messe de l'après-midi attire une foule record, dans l'église et au-dehors. Cherbourg-Éclair compte « 10 000, peut-être 15 000 personnes » [3]. La famille de la sainte est là, au premier rang, ainsi que les parlementaires de la Manche : Lucien Dior, député, ancien ministre, Émile Damecour, sénateur, Albert Le Moigne, député, président du Conseil général de la Manche, Jean Villault-Duchesnois, député, Bernard Quénault de La Groudière, député. Près des parlementaires se trouvent les représentants de la ville et du canton de Saint-Sauveur-le-Vicomte : Pierre Le Marinel, maire, Joseph de Fontbonne, conseiller général, plusieurs membres de l'assemblée départementale, des conseillers d'arrondissements, les membres du bureau diocésain, et Félix Dehau, maire de Bouvines depuis 53 ans, doyen des maires de France.

Le cardinal Tacci dit la messe et prononce en français l'éloge de la sainte, énumérant ses qualités en s'attardant surtout sur son humilité [6].

L'après-midi, Mgr Dubois de La Villerabel, prononce un nouveau panégyrique [6].

Malgré la pluie, une dernière procession des reliques est organisée, emmenée par le cardinal Tacci, qui va cette fois jusqu'au bourg « magnifiquement décoré » [6]. Annoncée à « grandes sonneries de cloches [3], elle impose par sa longueur, « plus d'un kilomètre » [3] car elle rassemble de très nombreuses religieuses et plus de 200 prêtres [3]. La foule massée le long des rues principales est « énorme » [3].

À midi, un déjeuner réunit les dignitaires catholiques et les élus du département. Au dessert, trois discours sont prononcés par Mgr Louvard, Jean Villault-Duchesnois et le cardinal Tacci [6]. C'est l'occasion pour chacun de remercier tous ceux qui ont œuvré au succès de ce triduum.

Installés dans un champ en face de l'église, les rôtisseurs, les débits de boisson, les vendeurs de bimbeloterie replient leurs stands [3]. La fête est finie.

Notes et références

  1. 1,0 et 1,1 Edmond Compère, « Les fêtes de Saint-Sauveur-le-Vicomte en l'honneur de sainte Marie-Madeleine Postel », L'Ouest-Éclair, 4 août 1925.
  2. 2,0 et 2,1 « Les grandes fêtes du triduum », Cherbourg-Éclair, 5 août 1925.
  3. 3,00, 3,01, 3,02, 3,03, 3,04, 3,05, 3,06, 3,07, 3,08, 3,09, 3,10, 3,11 et 3,12 « Les fêtes de Marie-Madeleine », Cherbourg-Éclair, 8 août 1925.
  4. 4,0, 4,1, 4,2, 4,3, 4,4, 4,5, 4,6, 4,7 et 4,8 Edmond Compère, « Le triduum de sainte Marie-Madeleine Postel à Saint-Sauveur-le-Vicomte », L'Ouest-Éclair, 5 août 1925.
  5. 5,0, 5,1 et 5,2 Edmond Compère, « Le triduum de sainte Marie-Madeleine Postel à Saint-Sauveur-le-Vicomte », L'Ouest-Éclair, 6 août 1925.
  6. 6,0, 6,1, 6,2, 6,3 et 6,4 Edmond Compère, « La clôture des fêtes en l'honneur de sainte Marie-Madeleine Postel à Saint-Sauveur-le-Vicomte », L'Ouest-Éclair, 7 août 1925.

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