Bataille de Barfleur (1692)

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La bataille de Barfleur peinte par Richard Paton.

La bataille de Barfleur a eu lieu au large de Barfleur les 29 et 30 mai 1692, dans le contexte de la guerre de la Ligue d’Augsbourg : la guerre de la Ligue d’Augsbourg vit s’affronter de 1686 à 1697 une coalition réunissant l’Angleterre, l’Espagne, les principautés allemandes, les Provinces-Unies et la Suède, face au royaume de France. Cette ligue fut formée pour lutter contre la politique d’annexion menée par Louis XIV. Celui-ci vainquit cette coalition en 1697. La marine royale fut opposée aux marines hollandaise et anglaise.

La bataille de Barfleur fut suivie par la bataille de Cherbourg (1er juin) et la bataille de la Hougue (2-3 juin).

Contexte

Canon de la bataille.

Louis XIV avait accueilli le roi Jacques II d’Angleterre contraint d’abandonner son trône, chassé par les partisans de Guillaume d’Orange, Stathouder des Provinces-Unies de Hollande. Louis XIV, alors confronté à la plus grande partie des royaumes européens, décida de rétablir Jacques II sur le trône d’Angleterre et par là même se dégager, dans une certaine mesure, de l’étau qui enserrait la France.

Il fut donc décidé d’organiser un débarquement sur les côtes anglaises. Cinquante vaisseaux étaient prévus pour cette opération face à la flotte conjointe anglo-hollandaise qui pouvait, pour sa part, aligner 124 vaisseaux.

Pour ce faire, il fallait neutraliser la flotte coalisée, cette opération fut confiée au vice-amiral Anne Hilarion de Costentin de Tourville (1624-1701). Celui-ci, faisant face à toute une série de retards, d’imprévus, conséquence de l’impéritie de certains officiers commandant les arsenaux royaux, ne put réunir, le 12 mai 1692, que 39 vaisseaux rejoints ultérieurement par 5 vaisseaux de Vilette-Mursay. C’est donc à la tête d’une flotte de 44 vaisseaux, de quelques 30 000 hommes et de 3 140 canons que Tourville fit voile vers la Hougue, lieu prévu pour l’embarquement des troupes destinées au débarquement en Angleterre.

Le projet de débarquement prévoyait d’établir une tête de pont à Torbay (ville de la côte sud-ouest (Devon) de la Grande-Bretagne ) grâce aux 20 000 hommes (Français et Irlandais) convoyés par la flotte. De là, ce corps expéditionnaire devait rejoindre Londres. Le corps de cavalerie était stationné au Havre et à Honfleur. Pour permettre la traversée, il fallait sécuriser la zone en interdisant l’accès à la flotte anglo-hollandaise. Comme nous l’avons dit plus haut, c’est la tâche qui fut dévolue à Tourville, à la tête d’une escadre regroupée à Brest. Tourville avait prévu d’appareiller avant que les deux flottes ennemies ne puissent faire leur jonction, hors c’était chose faite et Tourville l’ignorait. Il lui faudrait maintenant affronter une centaine de navires sous le commandement de l’amiral anglais Russel.

La bataille

Carte de situation de Barfleur.

Le 29 mai 1692, à l’aube, les deux flottes adverses se rencontrent au large de Barfleur : 44 vaisseaux côté français et environ 90 côté anglo-hollandais. Tourville aurait pu renoncer à l’affrontement, mais il supporte mal la défiance dont il semble être la victime de la part de Louis XIV et Pontchartrain, qui pensent Tourville peu motivé. Suivant donc à la lettre les instructions en date du 26 mars, dont il est porteur, il fait hisser au grand mât du navire-amiral, le Soleil Royal, le pavillon « laisse arriver ». Cependant, aucune des deux flottes ne se décident à ouvrir le feu ; curieusement, c’est presque par hasard que le combat s’engage, un canonnier hollandais, peut-être trop nerveux, tire deux ou trois coups de canon contre le Saint-Louis. Cet « incident » déclenche l’embrasement des deux flottes, il était 10 h du matin et la bataille va durer douze heures !

Dès la fin du combat, et après avoir fort malmené la flotte ennemie (tous les témoignages de l’époque, tant anglais que français, citent comme un exemple la façon dont les équipages français se sont tenus au feu), devant des forces toujours très supérieures en nombre, le vice-amiral décide de se replier sur Saint-Malo afin d’y rencontrer la flotte de l’amiral d’Estrées.

Le navire-amiral, le Soleil Royal, trop éprouvé, est abandonné au passage de Cherbourg et Tourville fait hisser sa marque sur L’Ambitieux. Cette manœuvre, qui nécessite le passage du Raz Blanchard, commence bien. Dans la nuit du 30 au 31 mai, 22 vaisseaux, sur les 35 réunis par Tourville, réussissent à passer le raz et peuvent ainsi se réfugier à Saint-Malo, cependant le reste de l’escadre commence à dériver, par la force du courant, à l’opposé de la direction souhaitée. La cité malouine étant désormais inaccessible, il ne leur reste plus qu’un endroit où s’abriter : la Hougue.

Très éprouvés par la bataille, L’Admirable et Le Triomphant rejoignent le Soleil Royal et s’échouent sur les plages de Cherbourg qui ne disposait alors d’aucune fortification. N’ayant aucun soutien, les trois vaisseaux essayent vainement de repousser les attaques de 25 vaisseaux ennemis. Las, ils sont tous incendiés le 1er juin par les brûlots anglais.

Bibliographie

  • Bruno Robert, L'Enseigne du Soleil Royal. roman, P. Téqui, 2007 ISBN 978-2-7403-1386-2