Anne Hilarion de Costentin de Tourville

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Amiral de Tourville.

Anne Hilarion de Costentin, comte de Tourville, né à Paris (ou au château de Tourville-sur-Sienne) le 24 novembre 1642 et mort à Paris le 23 mai 1701, est une personnalité militaire de la Manche, vice-amiral et maréchal de France.

Biographie

Jeunesse et formation

Fils cadet de César de Costentin, comte de Tourville, descendant de la vieille noblesse normande, et de Lucie de La Rochefoucauld, Anne Hilarion de Costentin est baptisé en la paroisse Saint-Sauveur à Paris le 24 novembre 1642[1].

Il est éduqué auprès de l'évêque François de Péricard, et neveu de son père. Il est reçu de minorité le 11 avril 1647 dans l'Ordre de Malte, et effectue à partir de ses 16 ans ses caravanes durant lesquels il montre rapidement sa bravoure face aux pirates barbaresques d'Alger et de Tunis, notamment au large de Zante et du Cap Matapan. Il quitte l'Ordre après le naufrage de sa frégate en 1666[1].

Le doge de Venise le désigne « protecteur du commerce maritime »[2].

Premiers commandements

Portrait de P. A. Le Beau.

Ses exploits et l'appui de son influente famille maternelle, lui valent d'être nommé capitaine de vaisseau par Louis XIV le 4 décembre 1666. Il commande le Courtisan au sein des escadres du duc de Beaufort jusqu'à la fin de la seconde guerre anglo-hollandaise en 1667[1].

Au sein de la flotte du même duc, il combat en 1669 les Turcs qui assiègent les Vénitiens de la forteresse de Candie. Suivent deux campagnes de guérilla pour lutter contre la piraterie en Méditerranée. Il reçoit les félicitations du Roi pour avoir brulé en 1671 une dizaine de navires turcs mouillant dans le port de Sousse[1].

Le 16 avril 1672, la France déclare la guerre à ses anciens alliés hollandais. Le 7 juin, Tourville participe à son premier combat d'escadre à Solebay, sous le commandement du vice-amiral du Ponant Jean d'Estrées et du duc d'York, futur Jacques II d'Angleterre. Un an plus tard, jour pour jour, il combat à Schoneveldt. Le 14 juin, il est à Walcheren, le 21 août à Texel[1].

Bataille de Palerme.

Le 21 juillet 1675, il se rend maître de trois vaisseaux espagnols et en incendie deux autres dans le port de Barletta, puis une fregate devant la forteresse de Reggio quelques jours plus tard[1].

Chef d'escadre le 30 octobre 1675, il affronte sous le commandement d'Abraham Duquesne les escadres hispano-hollandaises lors des combats d'Alicudi le 8 janvier suivant, d'Agosta, le 22 avril, et de Palerme, le 2 juin. On le charge en 1679 de ratifier de nouveaux accords à Tunis et Alger[1]. La même année, il échappe de peu à la noyade dans le naufrage de son escadre au large de Belle-Île qui détruit deux navires et fait disparaître 800 hommes.

Les grandes missions

Il est nommé lieutenant général le 19 janvier 1682. Chargé de bombarder Alger en 1684, il signe au nom du roi le traité de paix avec le Dey, le 25 avril 1684. S'en suit le bombardement de Gènes[1].

Tourville prend progressivement la place que perd Duquesne du fait de son âge, et devient le principal commandant de la Marine royale en 1688. Il parvient en 1689 à mener les 24 navires du Levant de Toulon à Brest, malgré le blocus anglais, pour les réunir à la flotte du Ponant[1].

Vice-amiral du Levant le 1er novembre 1689, commandant en chef des escadres du roi, il reçoit le commandement d'une escadre de 20 vaisseaux de Louis XIV, qui souhaite aider Jacques II d'Angleterre à retrouver son trône. Il mène la victoire française de Béveziers Le 10 juillet 1690 qui se conclut pas le repli des Anglo-Hollandais vers la Tamise. La campagne du large en 1691 est en revanche moins valeureuse[1].

La bataille de la Hougue et la fin de carrière

Statue de l'amiral Tourville provenant du château de Versailles.

En 1692, il dirige une flotte de 44 navires contre le double de vaisseaux anglo-hollandais lors de la victoire de la bataille de Barfleur, suivie de la défaite de la Hougue. Pendant cette période, il exerce son commandement à bord du fameux Soleil Royal, puis de L'Ambitieux.

Héros malgré la défaite, il est élevé au grade de maréchal de France le 27 mars 1693.

Il remporte une victoire navale contre les Britanniques et les Espagnols lors de la bataille du cap Saint-Vincent, au large du Portugal en février 1693[2].

En juin 1693, il détruit partiellement le convoi anglo-hollandais de Smyrne à Lagos pour une trentaine de millions de livres. Sa flotte s'élève alors à 190 bâtiments dont 94 vaisseaux de ligne[1].

En 1694 il organise le débarquement de 6 000 hommes en Catalogne[2] et fait sa dernière campagne qui se conclut par le bombardement de Palamos[1].

Il travaille ensuite à la fortification des côtes françaises puis se retire à Paris. Il est enterré en l'église Saint-Eustache de Paris[1].

Hommages

Statue de Tourville au Jardin des plantes de Coutances
Statue de Tourville sur la façade de l'hôtel de ville de Paris.

Statues

Dans la Manche, l'amiral de Tourville a été représenté dans trois statues :

En dehors du département, on trouve une statue de 1781, par Jean-Antoine Houdon, au château de Versailles et une autre au musée national de la céramique à Sèvres (Hauts-de-Seine), également par Houdon, 1783. Une autre statue de Tourville orne la façade de l'hôtel de ville de Paris.

Bateaux

  • Le Tourville, bateau transportant le nickel de Nouvelle-Calédonie, fait naufrage sur des récifs non loin de Maré en 1904[3][4].
  • Le Tourville, croiseur de classe Duquesne, construit à Lorient (Morbihan) à partir du 4 avril 1925, lancé le 24 août 1926 et ferraillé en 1963.
  • Le Tourville, frégate anti-sous-marine, première d'une série de trois, la classe Tourville. Le Tourville est lancé le 13 mai 1973, armé deux ans plus tard et retiré du service actif le 16 juin 2011.
  • Le Monsieur de Tourville, bateau-école du Service national d'information fonctionnelle.
  • Le Tourville, sous-marin du programme Barracuda (livré d'ici à 2028).
  • L'Amiral de Tourville, canot de sauvetage SNSM basé à Barfleur depuis 1997.

Bâtiment

Un bâtiment de l'école des fourriers de Querqueville est baptisé Tourville.

Philatélie

En 1944, les PTT lui consacrent un timbre vertical, tiré à 1,8 million d'exemplaires.

Bibliographie

Livres
  • Jean de la Varende, Le Maréchal de Tourville et son temps, Éd. de France, 1943
  • Jean de la Varende, Tourville, Marcus, 1951
  • Antoine Reffuveille, Tourville, gentilhomme des océans, Archives départementales de la Manche, 2001
Articles
  • Hervé Angot, « Les preuves de noblesse du côté paternel d'Anne Hilarion de Costentin de Tourville », Revue du département de la Manche, n° 75, 1977
  • Janine Thin, « La gloire de Tourville à travers quelques œuvres littéraires », Revue du département de la Manche, n° 172, 2001
Bandes-dessinées
  • Allan Toriel et Sylvérik, Tourville, Chevalier du Levant, Vagabondages, Bayeux, 2008.

Notes et références

  1. 1,00, 1,01, 1,02, 1,03, 1,04, 1,05, 1,06, 1,07, 1,08, 1,09, 1,10, 1,11 et 1,12 « Tourville, gentilhomme des océans », exposition des Archives départementales de la Manche, septembre 2001.
  2. 2,0, 2,1 et 2,2 Yves Lecouturier, Célèbres de Normandie, OREP, Cully, 2007.
  3. Éric Fottorino, Aventures industrielles, Stock, Paris, 1996, p. 83.
  4. [1], consulté le 15 mars 2012.

Article connexe