Port de pêche de Granville

De Wikimanche

L'avant port

Le port de pêche de Granville est le deuxième port de pêche de la Manche.

Histoire

La pêche côtière

Bisquines et autres voiliers

« Granville fut un grand port de pêche huîtrière. » [1].

Du 17e siècle à 1922, la pêche aux huîtres sauvages, plates ou pied de cheval domine les activités de pêche côtière à Granville. Au 19e siècle, 80 millions d'huîtres sont encore ramenées au port, mais au début du 20e siècle, on n'en pêche plus que « entre un et trois millions » [1]. Elle se pratique de septembre à mai dans la baie du Mont-Saint-Michel, à bord des bisquines équipées de dragues. Une réglementation fixe les jours et les horaires de pêche. Les huîtres sont débarquées, triées et vendues sur le port, soit pour la consommation directe, soit pour engraissement dans les parcs.[2]

À cette époque, il existe une conserverie d'huîtres à Granville. Entre 1828 et 1835, selon Charles de la Morandière, « le nombre d'huîtres décortiquées était tel que leurs coquilles formaient devant le port de Granville un énorme dépôt, le talard, immense monticule de 300 mètres de long sur presque autant de large et 2 à 3 mètres de hauteur. » Elles servent de remblai pour la construction du quartier de la rue Lecampion.[3] La surexploitation des bancs d'huîtres sauvages amène leur disparition vers 1920. L'ostréiculture prend le relais.

En 1842, la pêche aux huîtres mobilise 100 bateaux montés par 700/800 hommes [4].

La pêche hautière

Bateau morutier

Dès la moitié du 16e siècle, Granville affrète une douzaine de terre-neuviers.

Dans les années 1750-1780, Granville est le seul port hauturier de la Manche : il arme une centaine de bâtiments pour la grande pêche [5].

La grande pêche à la morue sur les bancs de Terre-Neuve (connus localement comme « le banc ») est très active, à partir de Granville, tout au long du 19e siècle. La flottille rassemble sous la Restauration (1814-1830) une cinquantaine de navires et 3 000 marins, issus de Granville et des villages avoisinants (voir à ce sujet la Route des matelots). En 1904, 34 navires appareillent de Granville, réunissant un millier d'hommes; ils étaient 43 l'année précédente [6]. L'activité disparait pratiquement à la veille de la Première Guerre mondiale [7]. Le dernier terre-neuvas, un survivant nommé la Thérésa, est détruit accidentellement le 11 avril 1933 dans l'écluse du port de Granville après être entré en collision avec un vapeur des Ponts-et-Chaussées nommé l'Augustin Fresnel.

voir aussi l'article détaillé Pêche morutière à Granville

Autres activités

Liée à la flottille de pêche, il faut noter qu'avant 1900 existe encore une activité de construction de navires dans la zone de la grève de Hérel que les vieux granvillais appellent "la plage du sud", par opposition à la plage du Plat-Gousset appelée "la plage du nord". Après le lancement d'un navire, un des plaisirs des enfants chaussés de sabots est de faire des glissades dans les "coulisses" de lancement encore garnies de suif.

Cette activité de travail du bois s'accompagne de menuiserie avec la fabrication des armoires granvillaises typiques, avec leurs deux portes à grands panneaux plats, leurs deux corniches moulurées haute et basse, leurs trois tiroirs en bas, et leurs doubles entrées de clé ouvragées en laiton.

Dans le même secteur, à la même époque, la plage de galets voisine sert à la terminaison du séchage des morues à la belle saison, activité dans laquelle la main-d'œuvre enfantine locale peut gagner quelques sous en retournant les poissons régulièrement.

Infrastructures

  • Bassin à flot
  • Avant-port
  • Criée

Flottille au fil du temps

Retour de pêche vers 1950
Dragueur pour les coquillages en 2014

En 1842, la grande pêche réunit 72 bateaux montés par 2 445 marins [8]. La pêche des huîtres mobilise encore une centaine de bateaux et de 700 à 800 hommes, mais elle est en régression importante : les bateaux ne ramènent plus chaque jour de pêche que 2 000 à 4 000 huîtres chacun contre de 40 000 à 50 000 quinze ans auparavant[8].

En 1900, on compte encore 37 navires qui partent pêcher la morue sur les bancs de Saint-Pierre-et-Miquelon. On n'en compte plus que 14 en 1914 [9].

Après la Première Guerre mondiale, la flottille granvillaise compte 10 trois-mâts ayant une jauge de 3 260 tonneaux, qui travaillent pour la Société des pêcheries de France et un armateur local [9].

En 2016, le port de pêche de Granville accueille 52 navires répartis en 7 chalutiers de plus de 16 m, 16 chalutiers de 12 à 16 m, 9 chalutiers de moins de 12 m, 7 caseyeurs à crustacés et 13 caseyeurs bulotiers.[10]

Production

Les pêcheurs de Granville fournissent essentiellement des coquillages (praires, bulots, coquilles Saint-Jacques) ainsi que des seiches, amandes, dorades grises et soles.

3 030 tonnes en 1970, 5 884 t en 1974, 9 324 t en 2009 (16 M€), 12 409 t en 2010 (19 M€).

Coquille saint-jacques

Granville est le premier port coquiller de France, avec 7 300 tonnes en 2009 [11] et près de 8 900 tonnes en 2011 [12].

Bulot

Granville est le premier port européen pour la pêche des bulots, générant une cinquantaine d'emplois sur les bateaux.[13]

Organisations

  • Comité local des pêches de l'Ouest-Cotentin

Bibliographie

Articles
  • Éric Barré, « Les règlements pour la pêche à Terre-Neuve à Granville du début du 18e siècle au début du 19e siècle », Premières journées d'histoire de la Grande pêche, Société d'archéologie et d'histoire de la Manche, 2003
  • Dupré, « La campagne morutière granvillaise de 1914 », Premières journées d'histoire de la Grande pêche, Société d'archéologie et d'histoire de la Manche, 2003
  • Michel Aumont, « Terre-neuviers et corsaires granvillais à l'époque de Louis XIV », Deuxièmes journées d'histoire de la Grande pêche, Société française d'histoire maritime, 2003
  • Dominique Confolent, « L'armement morutier granvillais entre les deux guerres », Troisièmes journées d'histoire de la Grande pêche, Société d'archéologie et d'histoire de la Manche, 2005
  • Dominique Confolent, « La pêche morutière à Granville - XVIe-XXe siècles », La Revue maritime, n° 474, 2007

Notes et références

  1. 1,0 et 1,1 Alain François Lesacher, Le Sentier des douaniers en Normandie, éd. Ouest-France, 2008, p. 17
  2. Bertrand de Quénetain, La vie maritime à Granville et sa région au début du siècle, bisquines, terre-neuvas..., éd L'ancre de marine, 1986
  3. André Clément, Granville et sa région, 1977
  4. Annuaire du département de la Manche, 1844, p. 40.
  5. Edmond Thin, « Granville et son littoral », La Manche au passé et au présent, Manche-Tourisme, 1984
  6. « 120 ans en Cotentin 1889-2009 », La Presse de la Manche, hors-série, novembre 2009.
  7. Armand Frémont, Atlas et géographie de la Normandie, éd. Flammarion, 1977
  8. 8,0 et 8,1 Annuaire du département de la Manche, 1844, p. 39-40.
  9. 9,0 et 9,1 L'Illustration économique et financière, numéro spécial « La Manche », 28 août 1926
  10. CCI Ouest-Normandie, Ports de Granville, bilan 2016, 25 janvier 2017[1], consulté le 11 juin 2017
  11. La Manche Libre [2]
  12. Ouest-France, 23 janvier 2012.
  13. Fabien Jouatel, « Le bulot, la star de Toute la mer sur un plateau », Ouest-France, 28 septembre 2016

Articles connexes

Liens externes