Château des Ravalet

De Wikimanche

Façade du château.

Le château des Ravalet ou château de Tourlaville, est un château de la Manche, situé à Cherbourg-en-Cotentin, commune déléguée de Tourlaville.

De style renaissance, il est construit en schiste bleu entre 1562 et 1575.

Il est depuis 1935 la propriété de la ville de Cherbourg.

Historique

Le site est déjà habité à l'époque gallo-romaine, comme en témoignent les vestiges trouvés lors des travaux au XIXe siècle.

Le manoir médiéval appartenant au domaine royal, il est vendu par François Ier en même temps que les fiefs de la paroisse de Tourlaville. Jean II de Ravalet, seigneur de Tourlaville, l'acquiert en 1562 et fait raser le manoir à l'exception du donjon, et de la salle des gardes et des prisons situées en sous-sol[1]. Il fait construire un château Renaissance, qu'il offre à son neveu, Jean III, en cadeau de mariage, en 1575[1]. Il abrite alors les amours incestueuses de Julien et Marguerite de Ravalet, enfants de Jean III, qui leur valurent d'être décapités en place de Grève, à Paris, le 2 décembre 1603[1]. Après quoi, le père des condamnés fait ériger une chapelle expiatoire à la place de la chambre de Julien, près de la tour sud-ouest.

Le château au milieu du 19e siècle. On voit encore, à gauche, la chapelle construite par Jean III de Ravalet et remplacée par un agrandissement du logis réalisé depuis par René de Tocqueville.

Le château est construit sur les plans dressés par Jean II de Ravalet lui-même[1]. Les meubles sont probablement l'œuvre de Jean Lefebvre, « artiste menuisier de Caen, très en renom »[1].

Suite à de lourds problèmes financiers, les Ravalet vendent le domaine à Charles de Franquetot vers 1653 qui améliore l'aménagement intérieur avant de mourir assassiné sous les coups de son valet de chambre dans la nuit du 6 au 7 mars 1661. Le manoir devient alors propriété de son frère, Robert de Franquetot, jusqu'à sa mort en 1708. Il passe ensuite aux Boudet de Crosville puis aux Fouquet de Réville, mais devient le siège d'une exploitation agricole. Hervé de Fouquet de Réville étant décédé sans enfant en 1777, c'est son cousin, Hervé Clérel de Tocqueville, futur père d'Alexis de Tocqueville, qui devient seigneur de Tourlaville à l'âge de cinq ans. Bien qu'il ne soit pas habité par son propriétaire, le domaine fait quand même l'objet d'un entretien régulier.

Hervé Clérel de Tocqueville est emprisonné durant la Terreur mais échappe à la guillotine. Comme il n'a pas pas émigré, son domaine n'est pas confisqué. Il s'acquitte régulièrement des nouveaux impôts institués par la République mais, délaissés pendant toutes les années de trouble, les bâtiments se sont considérablement dégradés. À sa mort, en 1856, le domaine échoit à son fils Édouard de Tocqueville qui habite dans l'Oise.

En 1858, Théophile Gautier publie dans le Moniteur universel un article sur le château, qu'il a visité à l'occasion de la visite impériale à Cherbourg[2]. Il y déplore son état de délabrement. L'année suivante, Édouard de Tocqueville entame une rénovation en s'inspirant des principes de Viollet-le-Duc puis donne le domaine à son fils ainé Hubert à l'occasion de son mariage, en 1860[3]. Après la mort précoce de celui-ci, en 1864, sa veuve, Madeleine Bérard de Chazelle, vend tout le domaine à son beau-frère René de Tocqueville. Premier châtelain à habiter les lieux depuis plus d'un siècle et demi, René de Tocqueville en termine la restauration[4]. Il fait notamment construire une tour ronde à l'ouest de la façade, en lieu et place de la chapelle commémorative, et y appose ses armoiries et celles de sa femme. Il aménage également le parc : étangs artificiels, jardin d'agrément, plantations d'arbres, jardin potager, pelouses, serres, grottes, kiosques et belvédères. Il installe également une turbine produisant de l'électricité. Mais, suite à un revers de fortune, il est contraint de revendre le domaine en 1910.

Le château sur une gravure de 1866. On constate ici qu'à cette époque, une aile en retour abritait des communs, démolis par René de Tocqueville pour mettre en valeur le château.

Le nouvel acquéreur, Valentin Lenavettier, directeur d'assurances à Cherbourg, n'a pas eu le temps d'emménager lorsque la Première Guerre mondiale éclate. Le château est réquisitionné comme hôpital complémentaire et le parc sert de cantonnement, notamment pour les soldats des armées alliées à l'instruction. L'hôpital placé sous la bannière anglaise de la Women's Imperial Service League est mis en service le 6 novembre 1914 et accueille ses premiers patients deux jours plus tard[5]. Il est dirigé par Florence Stoney, qui a sous ses ordres six médecins et douze infirmières, toutes Anglaises. L'hôpital ferme dès le 24 mars 1915, après avoir tout de même soigné 120 blessés[5].

Le nouveau propriétaire étant décédé en 1916, le domaine est récupéré en mauvais état par ses héritiers qui le revendent en 1922. Il est acheté par un marchand de biens qui le fragmente et remet immédiatement les différentes parties sur le marché. C'est un industriel parisien, Paul Gosse, qui fait l'acquisition du château et de ses abords, entame sa restauration et obtient l'inscription à l'Inventaire des monuments historique en 1930. Il décède malheureusement rapidement et, en 1935, sa veuve vend le château et ce qui reste du domaine (12 ha) à la ville de Cherbourg pour 200 000 F.

Durant la Seconde Guerre mondiale, le château est successivement occupé par l'État major français, l'armée allemande et les troupes américaines à la Libération. En 1945, la ville récupère le château dans un état de désolation avancé. Il faut une trentaine d'années pour restaurer patiemment les bâtiments et le parc, et ouvrir l'ensemble au public.

Aujourd'hui, la ville de Cherbourg-en-Cotentin y accueille ses hôtes de marque et y organise des manifestations culturelles et artistiques.

Le parc possède le label « Jardin remarquable ».

Le château vu par les écrivains

Jules Barbey d'Aurevilly

Jules Barbey d'Aurevilly (1808-1889) parle ainsi du château : « J'y suis passé cette année par un automne en larmes, et je n'ai jamais vu ni senti pareille mélancolie. Le château, dont alors on réparait les ruines, que j'aurais laissées, moi, dans leur poésie de ruines, car on ne badigeonne pas la mort, souvent plus belle que la vie, ce château a les pieds dans un lac verdâtre que le vent du soir plissait à mille plis... C'était l'heure du crépuscule. Deux cygnes nageaient sur ce lac où il n'y avait qu'eux, non pas à distance l'un de l'autre, mais pressés, tassés l'un contre l'autre comme s'ils avaient été frère et sœur, frémissants sur cette eau frémissante. Ils auraient fait penser aux deux âmes des derniers Ravalet, parties et revenus sous cette forme charmante ; mais ils étaient trop blancs pour être l'âme du frère et de la sœur coupables. Pour le croire, il aurait fallu qu'ils fussent noirs et que leur superbe cou fût ensanglanté... »[6].

Henry Bordeaux

Henry Bordeaux (1870-1963) : « Son effet de surprise est foudroyant quand il apparaît au tournant d'un petit chemin rural jusque-là enfoui dans la verdure. Il reflète, brouillée dans une pièce d'eau sur quoi se penchent des acacias, sa façade Renaissance, sa façade nord à demi recouverte de lierre, avec ses toits allongés et ses tours, dont une, octogonale, paraît s'avancer comme si elle désirait de prendre la parole. Le parc lui compose un fond de lourds feuillages. L'autre façade, plus ornementée, donne sur les jardins. On y accède à la porte d'entrée par un pont jeté sur les douves. Ou plutôt on n'y accède plus. La grille est aujourd'hui fermée aux pèlerins littéraires. »[7].

Bibliographie

Livres
  • Émile Le Chanteur de Pontaumont, Histoire mystérieuse du château de Tourlaville près Cherbourg, Impr. Feuardent, Cherbourg, 1856
  • Augustin Le Maresquier, Le Château et les seigneurs de Tourlaville : Histoire et légende des Ravalet, Julien et Marguerite, Éditions La Dépêche, Cherbourg, 1969.
  • Jean Canu, Les Seigneurs de Tourlaville, Éditions La Dépêche, Cherbourg, 1976
Articles
  • « Le château de Tourlaville », La Mosaïque de l'ouest, n° 1, 1844
  • Vérusmor, « Le château de Tourlaville et sa restauration », Annuaire du département de la Manche, vol. 35, Impr. Élie fils, 1863, p. 38-44 (lire en ligne)
  • Louis Drouet, « Le château de Tourlaville », La Normandie monumentale et pittoresque, édifices publics, églises, châteaux, manoirs, etc ....Manche, partie 2, éd. Lemasle & Cie, Le Havre, 1899, p.23-24 (lire en ligne)
  • « Le château des Ravalet à Tourlaville », Patrimoine normand, n° 56, novembre-décembre-janvier 2005/2006, pp. 8-11

Notes et références

  1. 1,0, 1,1, 1,2, 1,3 et 1,4 Tancrède Martel, Julien et Marguerite de Ravalet, un drame passionnel sous Henri IV, éd. Alphonse Lemerre, 1920, réédité en 1992 aux éditions Isoète, p. 38-40.
  2. Théophile Gautier, Quand on voyage, éd. Michel Lévy frères, 1865.
  3. Hubert de Tocqueville a déjà hérité du château de Tocqueville suite au décès de son oncle Alexis en 1859.
  4. Il est aussi maire de Tourlaville de 1870 à 1877.
  5. 5,0 et 5,1 « Quand le château des Ravalet était un hôpital », Ouest-France, 26 mars 2016.
  6. Jules Barbey d'Aurevilly, Une page d'histoire, 1882.
  7. Henry Bordeaux, Barbey d'Aurevilly, le Walter Scott normand, Librairie Plon, 1925, pp. 177-178.

Sources

  • Jacqueline Vastel, « Le Château de Tourlaville », À la découverte de Cherbourg, Ville de Cherbourg, 1992

Lien interne

Liens externes