Marcel Bunisset

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Marcel Bunisset, pour l'état civil Paul Marcel Julien Bunisset, né à Treignac (Corrèze) le 14 juin 1910 [1] et mort à Saint-Lô le 10 janvier 1983 [2], est un enseignant, syndicaliste et homme politique de la Manche.

Biographie

Paul Marcel Bunisset est issu d'une vieille famille du Bas-Limousin, attestée à Treignac depuis le XVe siècle et qui a donné à cette ville libre plusieurs magistrats municipaux. Son père, Pierre Bunisset (1881-1940), est boucher et aubergiste, puis à l'issue de la guerre 1914-18 reste dans la Gendarmerie où il avait été affecté en 1917 et devient sous-agent militaire au camp militaire de La Courtine (Creuse). Après la mort en 1925 de sa femme Amélie Bassaler (1890-1925), il se remarie l'année suivante avec une veuve possédant un hôtel-restaurant à La Courtine [3].

Baptisé et ayant reçu tous les sacrements religieux, Marcel Bunisset est élève des écoles publiques de Treignac et La Courtine jusqu'au certificat d'études, puis obtient une bourse pour être interne au collège Lakanal de Treignac de la 6e à la 1re, puis au Lycée Edmond-Périer à Tulle (Corrèze), d'où il sort bachelier en 1929 (Mathématiques, mention TB) [3].

Recommandé par le député de la Corrèze, socialiste SFIO, Charles Spinasse, son cousin éloigné, il est maître d’internat aux lycées de Guéret (Creuse, 1929-1930), Montluçon (Allier, 1930-1931) et Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme, 1932). Il est licencié ès lettres , mention Histoire-géographie, à l'Université de Clermont-Ferrand en 1933 et débute comme répétiteur au lycée du Puy (Haute-Loire) en 1933 puis au Lycée Condorcet à Paris d'octobre 1934 à octobre 1936. Il effectue en 1934-1935 son service militaire dans l’infanterie à Châteauroux (Indre) puis après une formation au fort de Saint-Cyr dans la météorologie militaire au camp de La Courtine [3].

À l'instar de son oncle, Marcelin Bunisset (1872-1960), ancien instituteur devenu haut-fonctionnaire au ministère de la Justice, actif radical-socialiste, Marcel Bunisset milite au Parti socialiste-SFIO et au syndicat des maîtres d’internat dont il participe à la direction. Installé à Paris, il épouse en décembre 1935 Simone Flétout, institutrice originaire de La Courtine, qui meurt de la tuberculose en mai 1936 à Paris [3].

Il est nommé au lycée de Cherbourg comme délégué en 1936, puis professeur de collège en Histoire en 1938. Il épouse en février 1942 Jeanne Benoit, professeur de lettres au collège classique de jeunes filles de Cherbourg, puis censeur en 1959 et proviseur en 1966 du lycée Le Verrier de Saint-Lô, qui lui donne un fils et une fille [3].

Il est sergent-chef dans les services météorologiques de l’armée de l’Air durant la Seconde Guerre mondiale à l’aérodrome de Mars-la-Tour (Meurthe-et-Moselle). Il est démobilisé,en août 1940 à la base aérienne de Moissac (Lot) qu'il avait réussi à rejoindre, puis revient enseigner au lycée de Cherbourg jusqu'à sa fermeture par les autorités d'occupation à la rentrée 1942. Professeur titulaire de Lycée en octobre 1942, il ne peut rejoindre le Lycée de Pointe-à-Pitre en Guadeloupe où il est nommé et est affecté au lycée Malherbe de Caen en mai 1943 pour une année[3].

Appartenant à un réseau de renseignements et proche de René Schmitt et de son mouvement « Libération Nord », il est membre du comité de Libération de Cherbourg en 1944 et retrouve le lycée de Cherbourg en octobre 1944, chargé de l'enseignement de l'Histoire dans la classe de préparation à l’École navale de 1946 à la rentrée 1948 [3], où cette classe fut supprimée pour des raisons d'économies budgétaires. Déclinant une mutation proposée dans une autre classe de ce type dans un grand Lycée du Sud-Ouest, il préfère rester à Cherbourg.

Membre non élu de la liste du « Rassemblement démocratique » (divers gauche non alignée) d'André Picquenot aux élections municipales de Cherbourg du 19 octobre 1947, il entre au conseil municipal le 1er mars 1954 comme socialiste indépendant sur la liste « de concentration, républicaine et d’administration municipale » conduite par le SFIO René Schmitt, qui le nomme cinquième adjoint le 4 février 1956, chargé de l’enseignement secondaire et de l’aide sociale. À ce titre, il mène la rénovation du lycée Victor-Grignard et, administrateur du centre hospitalier, crée un asile de nuit pour les SDF en centre-ville. Cet ancien pratiquant de rugby et cyclisme prend également la délégation des Sports et Beaux-arts, en charge du théâtre municipal, de la rénovation des musées, dont Thomas-Henry, et des monuments aux morts. Il est sur la liste de René Schmitt aux municipales de 1959, liste où il arrive en seconde position au premier tour, mais qui est battue au second dans une élection triangulaire due à la rupture entre SFIO et PCF à la suite de l'insurrection hongroise de 1956 [3].

Il appartient à la Ligue des droits de l’Homme, et s'oppose dans la presse locale à la politique algérienne du gouvernement Mollet et à la torture en Algérie. Il entre à la loge Jean-Goubert vers 1950, mais s'en éloigne peu à peu [3].

En septembre 1959, il rejoint le lycée Le Verrier de Saint-Lô où sa femme avait été nommée censeur. Militant laïc tout en refusant d'être anticlérical,opposé au colonialisme et au stalinisme, mêlant « socialisme peu marxiste et christianisme social en recherche », partisan du fédéralisme européen au sein du Mouvement socialiste pour les Etats-Unis d’Europe qu'il implante à Cherbourg, il poursuit à Saint-Lô son activité politique, comme orateur lors des rassemblements contre la Loi Debré en 1959 au sein du Comité départemental d’action laïque, comme candidat d’union laïque soutenu par le CNAL aux cantonales de 1961, comme tête de liste d’union socialiste et républicaine aux élections municipales de 1965 et, élu, siège dans l'opposition municipale. Président de la Fédération de la gauche démocratique et socialiste de la Manche, il est candidat (FGDS-Convention des Institutions républicaines) aux législatives de 1967, recueillant dans la circonscription de Saint-Lô, 5 117 voix sur 51 497 inscrits [3].

Il participe à la reconstitution en 1944 du Syndicat national de l’enseignement secondaire (SNES, appartenant à la tendance « autonome » devenue « Unité Indépendance et Démocratie», et devient secrétaire général de la section départementale de la Fédération de l’Éducation nationale de 1949 à la fin des années 1960. Il est aussi vice-président de l’association des professeurs d’Histoire et Géographie de l’Académie de Caen. Membre de l’Office régional des œuvres laïques d’éducation par l’image et le son, il anime les ciné-clubs des lycées de Cherbourg puis de Saint-Lô, ainsi que la fédération de la Manche des patronages laïques,la Ligue de l’Enseignement de la Manche autour de 1950, et est vice-président de la Fédération des œuvres laïques[3].

Il participe à la fondation de la Mutuelle générale de l’Éducation nationale, et préside la section de la Manche de 1951 jusqu'à sa mort, ainsi que l’Union mutualiste du département . Il est administrateur de l'hôpital Mémorial de Saint-Lô et de la Caisse départementale de la Sécurité sociale depuis sa création, jusqu'en 1967, d'abord au titre de Force ouvrière, tant que la double appartenance syndicale est possible, puis comme représentant de la Mutualité [3].

Il s'investit également dans des activités culturelles et sportives comme président du ciné-club Georges-Méliès de Cherbourg, du club cycliste d’Agon-Coutainville ou encore du comité Saint-Evroult d'Agon [3].

Quand il prend sa retraite en 1971, il devient délégué cantonal de l'éducation nationale pour le canton de Saint-Malo-de-la-Lande et , élu par deux fois (1971 et 1977), siège jusqu'à sa mort dans une opposition constructive au conseil municipal d’Agon-Coutainville.

Lors de ses obsèques organisées, pour la partie civile, par la MGEN et la Fédération des œuvres laïques, André Grandguillotte, vice-président national de la MGEN, lui rend hommage, saluant « l'homme de la Cité, le libre et grand citoyen qu'il fut ». La presse locale (La Manche Libre, Ouest-France, La Presse de la Manche) et les presses mutualistes et syndicales évoquent sa disparition.

Notes et références

  1. « Fichier des personnes décédées », data.gouv.fr, Insee, année 1983.
  2. « Acte de décès n° 16 - État-civil de Saint-Lô - Fichier des personnes décédées », data.gouv.fr, Insee, année 1983.
  3. 3,00 3,01 3,02 3,03 3,04 3,05 3,06 3,07 3,08 3,09 3,10 3,11 et 3,12 Jacques Girault, « Bunisset, Paul, Marcel, Julien », Le Maitron en ligne, Éditions de l’Atelier/Éditions ouvrières.