Georges Sorel

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Georges Sorel.

Georges Eugène Sorel, né à Cherbourg le 2 novembre 1847, mort à Boulogne-sur-Seine (aujourd'hui Hauts-de-Seine) le 29 août 1922, est un philosophe et sociologue de la Manche. Il est le théoricien du syndicalisme révolutionnaire.

Biographie

L'hôtel Cuman-Solignac, où est né Georges Sorel.

Georges Sorel naît le 2 novembre 1847 à Cherbourg, rue Christine, dans l'hôtel Cuman-Solignac [1], d'un père négociant de boissons ruiné et d'une mère très pieuse qui est la fille de Pierre Salley, ancien officier d'état major de l'armée napoléonienne [2]. « Jamais, dans ses livres, Sorel ne fera allusion à ses origines normandes, à sa famille. Jamais il ne parlera, même incidemment dans ses centaines d'articles, de Cherbourg, de la Normandie » [2].

Il fait ses études jusqu'au baccalauréat au collège de Cherbourg, révélant des dispositions remarquables pour les mathématiques [2].

Il monte à Paris en 1864 et entre au collège impérial Rollin [2]. En 1865, il est reçu à l'École polytechnique, où il reste deux ans, se classent dixième sur cent trente-trois au concours de sortie [2]. Il est admis en 1867 aux Ponts et Chaussées. Il effectue des missions, l'une dans la Loire en 1869, l'autre dans le Finistère en 1870, avant d'être affecté à Corte (Corse), puis à Albi (Tarn), Draguignan (Var), Gap (Hautes-Alpes), Mostaganem (Algérie) en 1876, et à Perpignan (Pyrénées-Orientales) en 1879, où il termine a sa carrière en 1892 [2].

Il s'installe à Paris, puis à Boulogne-sur-Seine avec Marie David, fille de paysans catholiques, de deux ans son aînée, qu'il a rencontrée en 1875 et qu'il n'épousera jamais. Morte en 1897, il lui dédie ses Réflexions, « ce livre tout inspiré de son esprit ».

À partir de la seconde moitié des années 1880, Georges Sorel se consacre à la réflexion scientifique, historique, puis politique, économique et sociale. Il s'appuie sur ses lectures de Taine, Renan, Proudhon, Marx et Vico. Plus tard, il suit les cours au Collège de France de Théodule Ribot, Jacques Flach et Henri Bergson. Il collabore activement dans les années 1890 à des revues marxistes, telles que L'Ère nouvelle et Le Devenir social. À la fin du siècle, il participe au débat sur la crise du marxisme en prenant parti pour les révisionnistes. Il se déclare dreyfusiste. Vers 1905, il affirme dans Le Mouvement socialiste son choix en faveur du syndicalisme révolutionnaire en prônant l'autonomie ouvrière. Il conçoit celle-ci à travers le refus de la voie politique - fût-elle électorale ou révolutionnaire -, à travers l'usage de la grève générale et de la violence, et la mise en avant d'un mythe social qui, à l'inverse des théories étatiques programmées des socialistes (qu'il dénonce sous le nom d'« utopies »), pousserait à l'action les révolutionnaires sans hypothéquer de l'ordre social à venir.

Mais déçu par ce courant à partir de 1908, il se rapproche momentanément de l'Action française de Charles Maurras tout en n'adhérant ni à son monarchisme ni à son antisémitisme. Il participe ainsi à la création du Cercle Proudhon avec son disciple Georges Valois. En 1911, il fonde la revue traditionaliste L'Indépendance avec Jean Variot. Il la quittera en raison du nationalisme qui s'y affiche.

Il s'oppose à l'Union sacrée de 1914 et salue en 1917 la Révolution russe, en jugeant Lénine comme « le plus grand théoricien que le socialisme ait eu depuis Marx » dans un plaidoyer intitulé Pour Lénine, paru en 1920.

À la fois antidémocrate et révolutionnaire, la pensée de Sorel a influencé de nombreux penseurs politiques du XXe siècle, comme Gramsci ou Mussolini. Il est reconnu, surtout à l'étranger, pour son interprétation originale du marxisme et pour sa théorie du mythe qui a été détournée à des fins manipulatoires par les régimes autoritaires des années 1920 et 1930.

Il ne garde guère de liens avec la Normandie, mais fréquente l'armateur cherbourgeois Camille Théodore Quoniam. Il est le cousin de l'historien Albert Sorel (1842-1906).

Il est enterré à Tenay (Ain).

Bibliographie

de Georges Sorel
  • Le Procès de Socrate, Alcan, 1889
  • D'Aristote à Marx (l'ancienne et la nouvelle métaphysique) (1894), Rivière, 1935
  • La Ruine du monde antique, Jacques, 1902
  • Saggi di critica del marxismo, Sandron, 1903
  • Le Système historique de Renan, Jacques, 1906
  • Insegnamenti sociali dell'economia contemporanea. Degenerazione capitalista e degenerazione socialista, Sandron, 1907
  • Réflexions sur la violence, Pages libres, 1908, réédition Rivière, 1972, et Le Seuil, 1990 (Texte original sur Wikisource)
  • Les Illusions du progrès, Rivière, 1908
  • La Décomposition du marxisme, Rivière, 1908
  • Matériaux d'une théorie du prolétariat, Rivière, 1919
  • De l'utilité du pragmatisme, Rivière, 1921


sur Georges Sorel
Livres
  • Max Ascoli, Georges Sorel, Librairie Paul Delesalle, 1921
  • Gaétan Pirou, Georges Sorel, Rivière, 1927
  • Pierre Lasserre, Georges Sorel, théoricien de l'impérialisme, Choureau & Cie, 1928
  • Fernand Rossignol, Pour connaître la pensée de Georges Sorel, Bordas, 1948
  • Pierre Andreu, Notre maître, M. Sorel, Grasset, 1953
  • Michel Charzat, Georges Sorel et la révolution du XXe siècle, Hachette, 1977
  • Larry Portis, Georges Sorel, Maspéro, 1982
  • Shlomo Sand, L'illusion du politique. Georges Sorel et le débat 1900, La Découverte, 1984
  • Willy Gianinazzi, Naissance du mythe moderne. Georges Sorel et la crise de la pensée savante (1889-1914), Ed. de la Maison des sciences de l'Homme, 2006
Articles
  • Christophe Prochasson, « Sorel, connais pas ! », Le Nouvel Observateur, 3 janvier 1986
  • Bruno Centorame, Philippe Duval, « Georges Sorel », Mémoires de la Société nationale académique de Cherbourg, vol. 31, 1995

Distinctions

Il est nommé chevalier de la Légion d'honneur en 1892 [2].

Hommages

Une rue de Cherbourg honore sa mémoire. Trois autres villes françaises honorent Georges Sorel à travers leurs rues : Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine), Perpignan (Pyrénées-Orientales) et Saint-Cyprien (Pyrénées-Orientales).

Notes et références

  1. Roland Godefroy, « Georges Sorel, le philosophe méconnu de ses concitoyens », La Presse de la Manche, 24 et 28 novembre 1972.
  2. 2,0, 2,1, 2,2, 2,3, 2,4, 2,5 et 2,6 Pierre Andreu, Notre maître, M. Sorel, éd. Grasset, 1953.

Liens internes

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