Georges Lefranc

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Georges Eugène Auguste Lefranc, né au Mesnil-Rouxelin le 25 octobre 1904 [1] et mort à La Verrière (Yvelines) le 30 août 1985 [2], est une personnalité politique et intellectuelle de la Manche.

Biographie

Jeunesse engagée

Parmi les aïeux de Georges Lefranc, un grand-père est douanier de Barfleur puis cultivateur, l'autre est agent technique à l’Arsenal de Cherbourg. Son père est instituteur, plus jeune inspecteur de l’enseignement primaire en France, sa mère institutrice, directrice d’école à vingt-deux ans. Il est élevé dans une famille de gauche, attachée à la laïcité[3].

Au gré des postes de son père, Georges Lefranc est élève à Saint-Yrieix (Haute-Vienne), Mamers (Sarthe), Alençon (Orne) et Barfleur. Il entre au lycée d’Alençon en 1912 où il est marqué par les cours d'histoire d'Arthur Calmette et de philosophie de René Lafon[3].

Georges Lefranc fait hypokhâgne au lycée Louis-le-Grand à Paris à partir d'octobre 1922, pour préparer l'entrée à l’École normale supérieure de la rue d’Ulm[3], où il est admis en 1924, condisciple de Raymond Aron, Paul Nizan et Jean-Paul Sartre [4]. Il est fondateur, animateur et secrétaire général d'un Groupe d’études socialistes des Écoles normales supérieures auquel participe Claude Lévi-Strauss. Il y rencontre Émilie Lamare et l'épouse en 1927[3].

Adhérent à la SFIO à partir de 1925, il fréquente à la section du Quartier latin à Paris, qu'il représente aux congrès fédéraux de la Seine en 1927, 1932 et 1939, Jean Zyromski, Max Bonnafous, Léo Lagrange, Suzanne Buisson, Georges Bourgin, Marcel Mauss, mais aussi Lucien Herr, bibliothécaire à l'ENS. Il participe à la création du mouvement des étudiants socialistes, rattachée à ce parti et à l’Internationale des étudiants socialistes[3].

À la même époque, il adhère au syndicat de l’enseignement secondaire et supérieur[3]. Il s’intéresse également au mouvement coopératif à partir de 1925 et s'occupe de la rédaction du Bulletin de l’Amicale l’Arc-en-ciel jusqu'à l'expression de désaccords avec Ernest Poisson, secrétaire général de la Fédération nationale des coopératives de consommation[3].

En 1928, il est reçu à l'agrégation d'histoire et géographie.

Animateur de la Révolution constructive

Inspiré par sa rencontre avec le néo-socialiste belge Henri de Man en septembre 1927, il rassemble autour de lui un groupe d'intellectuels (dont Claude Lévi-Strauss, Pierre Dreyfus, Robert Marjolin, Maurice Deixonne, Guy Mollet, Georges Guille, Georges Albertini, Ludovic Zoretti…) qui forme le mouvement Révolution constructive pour promouvoir au sein de la SFIO une troisième voie entre capitalisme et marxisme par une planification démocratique.

En 1929, Fernand Maurette et Célestin Bouglé choisissent Lefranc pour enseigner deux ans à l’École internationale de Genève (Suisse). Peu attiré par les mandats, il refuse le poste de secrétaire général de la mairie d'Évian (Haute-savoie) visant à succéder au maire socialiste Paul Léger, tout en participant auprès de lui aux élections cantonales, puis d'être candidat aux législatives de 1932 à Bonneville (Haute-Savoie), Chambéry (Savoie) ou Lodève (Hérault). Il est entretemps muté au lycée de Béziers (Hérault).

Il rejoint la CGT, où il dirige l'Institut supérieur ouvrier [4].

Reprochant au SFIO d'avoir laissé le pays glisser vers la guerre, Georges Lefranc quitte le parti définitivement en janvier 1940. Pacifiste, il accepte la collaboration, comme plusieurs membres de la Révolution constructive. Il approuve l'armistice et la nomination de René Belin, responsable de la CGT, comme ministre du Travail dans le gouvernement de Vichy, au cabinet duquel il refuse d'entrer mais fait nommer sa femme, Émilie Lefranc, comme chargée de la revue de la presse et des questions éducatives. Il participe aux journaux de gauche collaborationniste, Le Rouge et le Bleu de Charles Spinasse, et L'Œuvre[3].

De chroniqueur à historien

À la Libération, il est arrêté le 20 août 1944 au lycée Henri-IV à Paris, détenu près de six mois. La Cour de justice classe l'affaire le 15 mars 1945. La Chambre civique le condamne le 9 décembre 1946 à 5 ans d’indignité nationale. Révoqué de l’enseignement le 5 février 1947, il est gracié par Vincent Auriol en 1948[5]

Il participe au lancement par le compagnon de la Libération Jean Gemähling de la revue économique et politique, Bilans hebdomadaires que reprend ensuite la Société générale de presse (SGP) de Georges Bérard-Quelin. Lefranc est successivement rédacteur de la revue, directeur du service de documentation de la SGP, puis rédacteur en chef. Il signe sous pseudonyme des articles sur les questions syndicales dans la Revue de l’Action populaire, Informations économiques sociales et politiques, la Revue syndicale de l'ex-syndicaliste collaborationniste Raymond Froideval. Il fait paraitre sous le nom de Jean Montreuil, Histoire du mouvement ouvrier[3]. Il publie également 22 articles dans L'Information historique, de 1956 à 1980, les [5].

Il enseigne également l’histoire ouvrière auprès de futures assistantes sociales, puis est réintégré au lycée Voltaire en mai 1951, et quitte la Société générale de presse[3].

Il devient un historien de renommée internationale [6], publiant d'abord sur l'histoire du syndicalisme à partir de son engagement à la CGT et de son enseignement à l’Institut supérieur ouvrier avant guerre (Des expériences syndicales en France de 1939 à 1950, Aubier, 1950 ; Les expériences syndicales internationales des origines à nos jours, 1952 ; Le syndicalisme en France, PUF, 1953)[5].

Il est lauréat du Prix Broquette-Gonin de l’Académie française en 1964 (Le Mouvement socialiste dans la IIIe République), 1966 (Histoire du Front populaire), 1974 (Les Gauches en France. 1789-1972) et 1976 (Histoire du travail et des travailleurs)[7]. L’Académie des sciences morales et politiques lui attribue également le prix Paul-Michel Perret pour l’Histoire du Front populaire.

« Il laisse une œuvre historique qui fait autorité, et qui a été traduite en plusieurs langues sur l'histoire du travail, le syndicalisme en France et dans le monde, l'histoire des doctrines sociales, le socialisme français, et notamment le Front populaire. » [4].

Chaque été jusqu’à sa mort, il vient passer ses vacances à Barfleur [6] .

Il finit sa vie à Antony. Il meurt à La Verrière (Yvelines) le 30 août 1985, âgé de quatre-vingt ans et est enterré civilement à Barfleur [3].

Publications

  • Le Syndicalisme en France, coll. Que sais-je ?, Presses universitaires de France, 1953
  • Histoire du travail et des travailleurs, 1957
  • Histoire des doctrines sociales dans l'Europe contemporaine, 1960
  • Le Syndicalisme dans le monde, 1963
  • Le Mouvement socialiste sous la IIIe République 1875-1940, 1963
  • Histoire du Front populaire 1934-1938, 1965
  • Histoire du commerce, 1965
  • Le Front populaire 1934-1938, coll. Que sais-je ?, Presses universitaires de France,1965
  • Juin 36, l'explosion sociale, 1966
  • Jaurès et le socialisme des intellectuels, 1968
  • Grèves d'hier et d'aujourd'hui, 1970
  • Le Socialisme réformiste, 1971
  • L'Expérience du Front populaire, 1972
  • Les Gauches en France (1789-1972), 1973
  • Les Organisations patronales, du passé au présent, 1976
  • Visages du syndicalisme ouvrier français : jadis, naguère, aujourd'hui, 1982
Sous le pseudonyme de Jean Montreuil
  • Histoire du mouvement ouvrier français des origines à nos jours
  • Les Expériences syndicales en France de 1939 à 1950, 1950

Distinctions

  • 24 octobre 1970 : chevalier de la Légion d’honneur, remis par l’Inspecteur général Marcel Bouisset, pour service rendu à l’Université[5].
  • 1984 : officier de la Légion d’honneur, reçu dans les salons du directeur de l’ENS[5].

Notes et références

  1. « Fichier des personnes décédées », data.gouv.fr, Insee, année 1985.
  2. « Acte de décès n° 26 - État-civil de La Verrière - Fichier des personnes décédées », data.gouv.fr, Insee, année 1985.
  3. 3,00 3,01 3,02 3,03 3,04 3,05 3,06 3,07 3,08 3,09 et 3,10 Jean Maitron, « Lefranc, Georges », Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, 1964-1997. (lire en ligne).
  4. 4,0 4,1 et 4,2 Le Monde, 5-6 mai 1985.
  5. 5,0 5,1 5,2 5,3 et 5,4 Vincent Chambarlhac. « Georges Lefranc ou la construction d’une position historiographique ». Recherche socialiste, Office universitaire de recherche socialiste, 2007.
  6. 6,0 et 6,1 Jean-François Hamel, sous la direction de René Gautier, Dictionnaire des personnages remarquables de la Manche, tome 3, Éditions Eurocibles, ISBN 2914541171.
  7. « Georges Lefranc | Académie française », sur www.academie-francaise.fr. (lire en ligne].

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