Paul Guilbert

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Paul Guilbert.

Paul Marie Jean Baptiste Guilbert, né à Airel le 28 juin 1888 [1] et mort à Cherbourg le 12 mai 1973[1], est un homme politique de la Manche, résistant déporté, pharmacien de profession.

Le militant

Il est issu d'une famille de boulangers [2].

Il fait ses études secondaires à l'Institut Saint-Lô à Agneaux avant de fréquenter les bancs des facultés de pharmacie de Lille et de Paris [2].

Il est réformé en 1914 et évite ainsi les durs combats de la Première Guerre mondiale. Il se marie en 1916 et aura 12 enfants [2].

Il ouvre son officine en 1920 à Cherbourg [2].

Il fonde les premières colonies de vacances de la Manche. Son engagement au sein du mouvement social chrétien le porte à la présidence de l'Association catholique de la jeunesse française. Il milite activement à la CFTC (Confédération française des travailleurs chrétiens) et à la Jeunesse ouvrière chrétienne [2]. Il est un ardent défenseur du catholicisme social et œuvre au rapprochement de celui-ci avec la République.

Il adhère au Parti démocrate populaire [2].

Le résistant

Il est particulièrement actif durant les années noires de la Seconde Guerre mondiale. Dès mai 1940, il s'occupe des réfugiés du nord de la France, puis des prisonniers de guerre français internés à la caserne Proteau de Cherbourg [2].

Le 18 mars 1941, le gouvernement de Vichy le nomme conseiller municipal de Cherbourg [3]. Une excellente couverture. Il fait partie, en effet, des premiers résistants du département puisqu'il est désigné dès octobre 1940 pour être l'agent de renseignements pour le Nord-Cotentin du Mouvement de libération nationale d'Henri Frenay. Il devient également l'agent de liaison du réseau « Hector ». Il transmet des informations sur les effectifs allemands de la région, les mouvements de navires dans le port de Cherbourg et l'état d'avancement de la construction des bateaux à l'arsenal. Il organise la diffusion des premiers journaux clandestins dans la région cherbourgeoise[2]. Étant membre d'un réseau franco-polonais [4], il héberge des agents polonais à son domicile [2]. En mars 1941, il est nommé au conseil municipal de Cherbourg.

Le 20 novembre 1941, il parvient à s'introduire, déguisé en ouvrier, dans l'important poste de radar allemand de Sortosville-en-Beaumont et à en transmettre les relevés à Londres [4]. Entretemps, une partie du réseau « Hector » est démantelé dans le Calvados et la Manche [5]. Accusé d'espionnage, Paul Guilbert est arrêté une première fois le 29 novembre 1941. Il est remis en liberté provisoire la veille de Noël car il est père de famille nombreuse (il a alors neuf enfants). Mais il est arrêté à nouveau le 29 avril 1942 [4], incarcéré à Cherbourg avant d'être transféré à Caen (Calvados) [2]. Le tribunal de la Feldkommandantur le condamne à cinq ans de travaux forcés le 1er mai 1942 [5]. Après un séjour à Fresnes (Seine, aujourd'hui Val-de-Marne), il est déporté vers la prison de Karlsruhe [6] (Allemagne) le 8 septembre 1942 [2]. Dans le même transport de déportés se trouve Albert Lepicard. Déporté « NN » [7], il est transféré à la prison de Diez/Lahn, située près de Coblence [6].

Il ne doit sa libération qu'à l'avancée alliée en territoire allemand le 27 mars [6] 1945. Les Cherbourgeois lui font un accueil triomphal à son retour le 10 mai 1945[4].

Il est membre fondateur et président d'honneur de l'Association des déportés [2].

Le politique

Il est élu député à la première Assemblée nationale constituante le 21 octobre 1945, seulement quelques mois après son retour d'Allemagne, sur la liste du Mouvement républicain populaire (MRP). Il est nommé membre de la Commission de la famille, de la population et de la santé publique à l'Assemblée et siège également à la Haute cour de justice [2].

Il est réélu à deux reprises : le 2 juin 1946, cette fois-ci à la seconde Assemblée nationale constituante, puis le 10 novembre de la même année, toujours sur la liste MRP [2].

Il conserve son mandat jusqu'à son terme en 1951. Durant ses législatures, son action est remarquée dans le domaine de la santé publique, de la famille, de la pêche et des pensions [2].

Entre autres interventions à la Chambre, il dépose, le 28 février 1950, une proposition de loi tendant à préciser les conditions dans lesquelles peuvent être relevés de l'inéligibilité les parlementaires ayant voté en faveur du maréchal Pétain le 10 juillet 1940 à Vichy (Allier) [2].

Il est candidat aux élections législatives du 17 juin 1951, mais il n'est pas réélu car la liste MRP est en recul de deux sièges [2].

Le retour aux sources

Après sa carrière politique, Paul Guilbert se consacre à l'action sociale comme son ami l'abbé Pierre. Il fonde en 1951 le Comité interprofessionnel du logement qui fournit un toit aux familles de travailleurs, et devient compagnon d'Emmaüs [2].

Il organise la première campagne des chiffonniers d'Emmaüs. Il parvient à affréter un avion pour le transport de vivres à l'attention d'une communauté de religieuses indiennes [2].

Distinctions

Il est officier de la Légion d'honneur, titulaire de la Croix de guerre et médaillé de la Résistance et de la France libre [2].

Hommage

Il existe une allée Paul-Guilbert à Cherbourg-Octeville.

Notes et références

  1. 1,0 et 1,1 AD50, NMD Airel, 1888 - 1897 (5 Mi 516), page 12/233 Acte de naissance n° 25 (lire en ligne).
  2. 2,00 2,01 2,02 2,03 2,04 2,05 2,06 2,07 2,08 2,09 2,10 2,11 2,12 2,13 2,14 2,15 2,16 2,17 2,18 et 2,19 Biographie sur le site internet de l'Assemblée nationale (lire en ligne).
  3. « Le nouveau conseil municipal de Cherbourg est désigné, Cherbourg-Éclair, 19 mars 1941.
  4. 4,0 4,1 4,2 et 4,3 Jean-François Hamel, sous la direction de René Gautier, Dictionnaire des personnages remarquables de la Manche, tome 1, éd. Eurocibles, Marigny, 2001.
  5. 5,0 et 5,1 « Le réseau Hector », SGM (lire en ligne).
  6. 6,0 6,1 et 6,2 Fondation pour la mémoire de la déportation.
  7. Nacht und Nebel = "Nuit et brouillard" - interprétation du signe N.N. accolé par l'administration SS à tout détenu désigné dès sa déportation.

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