Léon Vaur

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Léon Vaur.

Léon Julien Vaur, né à Tourlaville le 3 février 1895 [1] et mort à Cherbourg le 7 janvier 1994 [2], est un homme politique de la Manche, négociant de profession.

Biographie

Fils de forgeron tourlavillais, il est apprenti à partir de 13 ans comme ébéniste-menuisier. Mobilisé en 1914 lors de la Première Guerre mondiale, il intègre en octobre le 4e régiment de marche de Zouaves. Il participe à la bataille de l'Yser, puis combat en Champagne et au Chemin des Dames. Lors de la reprise du fort de Douaumont, il prend la tête de son régiment en tant qu'adjudant, du fait de la mort du commandant, du capitaine et du lieutenant. Il est blessé pour la seconde fois, et obtient une sixième citation. Il est ensuite versé en 1917 dans l'aviation comme élève-pilote. Il obtient la croix de guerre et la médaille militaire [3].

Il reprend une quincaillerie à Cherbourg, rue des Portes, en 1919 et milite au sein de la Démocrate chrétienne. Il entre au conseil municipal de Cherbourg en 1929 et est porté au conseil d'arrondissement en 1935 [3]. En mars 1941, il est reconduit dans ses fonctions de conseiller municipal par le gouvernement de Vichy [4].

Il est élu député démocrate-populaire de la Manche le 3 mai 1936 dans la circonscription de Cherbourg, grâce à la division des forces de gauche (il a face à lui le socialiste Raymond Le Corre, le communiste Édouard Lechevalier - arrêté par la police de Vichy en 1941, mort à Auschwitz en 1942 - et le député républicain-socialiste sortant, Pierre Appell, mais aussi le nationaliste Fougère), alors qu'en France, le Front populaire est amené au pouvoir. Il fait campagne pour la représentation politique des acteurs économiques au sein d'une chambre économique et professionnelle. Léon Vaur siège parmi les démocrates populaires et participe activement aux commissions de la marine militaire et des pensions. Il est nommé rapporteur d'une proposition relative aux commis et agents techniques retraités de la marine. A partir de 1938, il se préoccupe des difficultés des artisans et des petits commerçants, réclamant pour eux un assouplissement des congés payés et de la loi des quarante heures. Le 10 janvier 1939, il est élu secrétaire de la Chambre des députés [5].

Lorsque les troupes allemandes sont aux portes de Cherbourg en juin 1940, il rencontre à Équeurdreville Erwin Rommel pour négocier un délai de 24 heures avant que la ville ne se rende afin d'éviter son bombardement [3]. Le 10 juillet 1940, à Vichy, il vote les pouvoirs demandés par le maréchal Pétain, ce qui lui vaudra d'être inéligible aux élections suivant la Libération. Il siège à l'assemblée jusqu'au 31 mai 1942, selon le décret de juillet 1939 prolongeant le mandat des élus de 1936 [5].

Dans La Presse cherbourgeoise du 3 mai 1945, il déclare ne pas présenter pas aux élections municipales, considérant qu'« il est de [son] devoir de ne pas passionner les débats électoraux autour de [sa] personne, à un moment où il n'est pas possible de s'exprimer librement ». Il obtient cependant un certain nombre de suffrages, ce qui l'encourage sans doute à présenter sa candidature aux élections cantonales du 23 septembre 1945, malgré un communiqué de la préfecture de la Manche du 19 septembre 1945 précisant les modifications par ordonnance récente des règles de l'inéligibilité, toujours applicables « aux sénateurs et députés qui ont voté pour Philippe Pétain, sauf s'ils avaient été relevés de leur inéligibilité par un jury d'honneur ». Ce n'était pas le cas de Léon Vaur qui a défendu lui-même son honneur en arguant que, d'une façon générale, « on aurait beau jeu à rechercher, discuter, établir les responsabilités encourues par les dirigeants d'hier mais ce ne serait qu'un jeu et le temps passé à établir ce douloureux bilan serait perdu pour le travail qui nous attend, pour l’œuvre immense qui invite tous les Français de bonne volonté à s'unir pour des tâches constructives », ajoutant en défense de son cas personnel : « Mon action d'avant-guerre et pendant l'occupation me permettraient d'affronter sans crainte toute comparaison avec celle des politiciens qui ont conduit notre pays à la catastrophe et à la ruine ». Il en présente, pour l'Occupation, le détail dans La Presse cherbourgeoise du 22 septembre 1945 : refus de serrer la main d'officiers allemands, refus de siéger au conseil départemental (où a siégé le futur président Henri Cornat, pendant vingt-deux ans, du conseil général, refus de livrer des marchandises sur réquisition pour les Allemands, aide aux Français persécutés, interdiction faite aux journalistes par les Allemands de citer son nom dans la presse à partir du 23 octobre 1943. Léon Vaur semble toutefois être à lui-même, comme dans nombre d'autres cas, sa propre source de témoignage.

Il arrive en tête du premier tour avec 3 383 voix, suivi par André Picquenot (2 681 voix), Marcel Leclerc (1 613 voix) et Pinel (1 048 voix). Le second tour l'oppose donc à André Picquenot qui a, comme lui, partagé les valeurs pétainistes, puisqu'ayant accepté une nomination au conseil municipal de Cherbourg (arrêté préfectoral du 17 mars 1941) et ayant signé, pendant toute la durée de l'Occupation, d'abord quelques éditoriaux puis des billets sportifs, dans le quotidien collaborationniste Cherbourg-Éclair où le nom de Léon Vaur a finalement été frappé d'interdiction.

André Picquenot est élu le 30 septembre 1945 par 6 665 voix contre 4 057 à Léon Vaur. Dès le lendemain, 1er octobre 1945, la préfecture communique : « Le jury d'honneur chargé de statuer sur le cas des parlementaires déclarés inéligibles, a décidé, dans sa séance du 27 septembre, de ne pas relever de son inéligibilité M. Léon Vaur, député de la Manche », décision confirmée le 8 octobre avec publication au Journal officiel.

Dix ans plus tard, son inéligibilité est levée, lui permettant d'être élu à nouveau conseiller municipal de Cherbourg jusqu'en 1977 [3].

Il est le père de Jean Vaur (1922-2010), président de la Chambre de commerce et d'industrie Cherbourg-Cotentin de 1970 à 1976.

Distinctions

  • Chevalier (1936) puis officier (1965) de la Légion d'honneur.

Notes et références

  1. « Fichier des personnes décédées », data.gouv.fr, Insee, année 1994.
  2. « Acte de décès n° 19 - État-civil de Cherbourg - Fichier des personnes décédées », data.gouv.fr, Insee, année 1994.
  3. 3,0 3,1 3,2 et 3,3 « Léon Vaur, ancien député ancien commerçant », La Presse de la Manche, 10 janvier 1994.
  4. « Le nouveau conseil municipal de Cherbourg est désigné, Cherbourg-Éclair, 19 mars 1941.
  5. 5,0 et 5,1 Biographie sur le site internet de l'Assemblée nationale (lire en ligne).

Articles connexes