Basilique Sainte-Trinité (Cherbourg-Octeville)

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La Trinité au début du 20e siècle.
La Trinité aujourd'hui.

La basilique Sainte-Trinité est une église de la Manche, située à Cherbourg-en-Cotentin.

Ancienne église paroissiale, elle est l'un des plus anciens monuments de la ville.

Histoire

La Trinité hier.
La place après la disparition de la tour de l'Église.

La première église de la commune érigée vers 435 par l'évêque de Coutances saint Éreptiole, est détruite par les Normands vers 841 [1].

Au XIe siècle, Guillaume le Conquérant ordonne la construction d'une nouvelle église, qui s'élève probablement sur les ruines de la première, et dont les évêques de Coutances reçoivent le patronage. Une bulle pontifical d'Eugène III mentionne déjà sa consécration à la Sainte-Trinité en 1145, alors que la dédicace intervient en 1055 [2]. Elle est la seule église paroissiale de Cherbourg jusqu'à la Monarchie de Juillet, le château disposant de sa propre église, dédiée à Notre-Dame jusqu'à son arasement au XVIIe siècle.

Placée à l'intérieur des remparts lors de la fortification de la cité en 1300, l'église subit néanmoins des nombreuses destructions, notamment pendant la Guerre de Cent Ans [1].

Au XVe siècle, à la demande du diocèse de Coutances, un nouvel édifice est rebâti sur les ruines de l'ancienne église paroissiale, en adoptant le style gothique flamboyant. Projetée en 1412, la construction est suspendue à cause du siège de 1418 et la famine qui le suit, pour reprendre en 1423 sous domination anglaise avec le clocher et le chœur, dont le pavage provient de Caen [2]. Achevée entre 1450 et 1466, l'église est consacrée le 24 mai de cette même année, par Jean Tustot, curé de Cherbourg et official de Valognes [3].

Après la délivrance de la ville en août 1450, les Cherbourgeois décident d'ériger un monument dédié à l'Assomption de Marie. Ouvragé par un riche bourgeois nommé Jean Aubert, et fixé en 1466 sous la voûte de la nef, un système de ressorts et de mécanique fait bouger tous les 15 août pendant près de trois siècles, des personnages représentant l'assomption et le couronnement de la Vierge. Une importante confrérie dite de « Notre-Dame-Montée », est créée pour sa surveillance, au sein de laquelle on compte au cours des siècles les gouverneurs de la ville, les abbés réguliers du Vœu et la noblesse du Cotentin et de France, jusqu'à compter 1 200 membres [4]. Selon Fleury, cette confrérie, dont il retrouve trace en 1200, n'est alors que réveillé, par la confection de ce monument. Selon ce dernier, la fête annuelle de l'Assomption est supprimée en 1702 [2].

En 1473, on inhume dans le chœur Pierre Turpin, évêque d'Évreux, mort à Cherbourg lors d'une visite. Son épitaphe y était encore plus de deux siècles après. La réalisation d'une tour et d'un portail débute en 1531, mais les fidèles doivent donner l'argent prévu à François Ier pour le rachat de ses fils, livrés par le traité de Madrid, justifiant la visite royale l'année suivante[2]. Jamais achevée, l'église est complétée au grès des siècles « sans caractère ni style », à l'image de la chapelle du Saint-Sacrement, contruite au XVIIIe siècle comme une excroissance sans motif [5]. L'église est saccagée en janvier 1794 par les Révolutionnaires, qui détruisent le moment de l'Assomption.

L'église vue de l'entrée de l'avant-port

Au XIXe siècle, l'édifice est profondément restauré et consolidé, sous l'égide de l'architecte de la ville, Dominique Geufroy‎. On adjoint à l'église en 1828 une tour carrée de vingt-six mètres de haut, sur le portail occidental, qui est probablement le premier ouvrage néo-gothique en France. L'ensemble est consolidé, et l'arcade de l'ancien portail est rebâti [5]. D'autres églises paroissiales sont érigés à Cherbourg : Notre-Dame du Roule, Notre-Dame du Vœu, Saint-Clément.

En décembre 1921, le pape Benoît XV élève l'église au rang de basilique mineure [1].

Parmi les plus vieux vestiges de la ville, elle est inscrite à l'Inventaire supplémentaire des monuments historiques dans un premier temps le 14 mars 1944, puis le 2 septembre 2015 avec les vestiges de l'enceinte de Philippe IV le Bel et le bâtiment adossé au chevet, où sont conservés des objets du culte, une cloche anglaise du XVIIIe, des archives (registres de baptême et de mariage) ainsi qu'une bibliothèque du XIXe.

Riche d'un mobilier cultuel, elle abrite notamment un maître-autel de 1809, une chaire en bois sculptée de Pierre Fréret (1767) et un retable de François-Armand Fréret (1814), ainsi que les grandes orgues de Cavaillé-Coll. Elle possède également des panneaux sculptés représentant des scènes de la vie du Christ et une danse macabre, une toile attribuée à Philippe de Champaigne, Les Saintes femmes au tombeau du Christ. Elle abrite également deux ex-voto marins. Scellés dans les colonnes ouest de la croisée du transept, des albâtres (Nottingham, XVe) représentent des scènes de la vie du Christ, notamment une crucifixion, au nord et des scènes de la vie de la Vierge, au sud.

Voisin La Hougue cite un crucifix « de cinq pieds 7 pouces de hauteur », « qui est un des plus beaux ouvrages qui soient au monde » [6].

Le bâtiment

Plan de l'église de la Trinité par l'abbé Demons
Portail.

Description de 1839

L'église est décrite en 1839 ainsi[2] :

« L'édifice a trois nefs ; le maître-autel est adossé à la muraille ; une petite fenêtre placée derrière un Jehovah, éclaire un baptême de Jésus-Christ, œuvre d'Armand Fréret, ainsi que le reste de l'autel. Le chœur est fermé par une grille en fer, et contient 46 stalles.
L'église a quatre grandes chapelles latérales : dans celle dite de Jésus ou du Sépulcre, on a lu pendant longtemps l'inscription suivante :
« Messire Le Parmentier, seigneur de Cosqueville et bourgeois de cette ville, et sa femme Françoise, ont donné cette chapelle du Sépulcre, l'an MVCCLIII. »
[…] Le portail et la tour qui n'ont été construits qu'en 1825, jurent étrangement par leur lourdeur et leur mauvais goût avec le reste de l'édifice. Cette tour a 26 mètres de haut. On a établi dans la voûte des tribunes en amphithéâtre à la place d'un demi-jeu d'orgues qui s'y trouvait avant la révolution.
L'édifice a 46 mètres de long sur 28 de large, et peut contenir environ trois mille personnes. Il est encombré de bancs, comme toutes les églises du nord du département. Outre le monument de l'Assomption qui passait pour un chef-d'œuvre, on y voyait encore autrefois un crucifix de cinq pieds sept pouces, que Voisin-la-Hougue appelle un des plus beaux ouvrages du monde.
La chaire, qui est très-élégante, est d'Armand Fréret, ainsi que la statue de la Vierge. Celle de Ste-Anne, qui est dans la chapelle des fonts, est de Louis Fréret, fils d'Armand. Parmi les tableaux, on remarque une Visite des saintes femmes au tombeau de Jésus. Cette belle toile qui est attribuée à Gaspard Crayer, à Bon Boullongne et à Philippe-de-Champagne, a été restaurée par Langevin. Le tableau de Jésus porté au tombeau est de ce dernier artiste.
On y trouve encore,
Dans la chapelle du St-Sacrement : Jésus portant sa croix ;
Une Adoration des Mages ;
Une Adoration des Bergers, par La Hire,
Un St-François d'Assises et un Prophète Élie dans le désert, par M. Le Sauvage.
Sur la porte de la Sacristie :
Un St-Pierre.
Dans la chapelle des Fonts : Un Baptême de St-Jean, par Langevin.
Et dans la tribune : Un tableau de la Cène, par M. Le Sauvage. »

La danse macabre

Au dessus de la galerie nord de la nef, une « danse macabre » a été édifiée au XVIe siècle après les ravages des guerres et de la Grande peste qui ont affligé la ville au siècle précédent. Cette série de panneaux sculptés met en scène des cadavres décharnés symbolisant la Mort, et ses victimes, de tout âge et de toute classe sociale : pape, empereur, roi, bourgeois, journaliers, moine, aveugle, enfant... Elle a été restaurée en 1864[7].

L'Assomption

Pour commémorer la délivrance de la ville en août 1450, Jean Aubert construit un spectacle mécanique, fixé en 1466 sous la voûte de la nef et activé tous les 15 août. Il représente l'Assomption de la Vierge vers les trois personnages de la Trinité, couronné par le Père, et entourée d'anges la saluant en montant et descendant. Selon Gilles de Gouberville, le Diable est adjoint à la scène en 1560[7].

Le mécanisme est détruit par les révolutionnaires en janvier 1794, et en 1864, on place pour cacher le trou de la machine au-dessus de l'arc triomphal, une peinture représentant l'Assomption, avec la phrase « VOEU SOLENNEL DES HABITANTS DE CHERBOURG EN 1450. DELIVRANCE DE LA DOMINATION ÉTRANGÈRE »[7].

lire l'article détaillé Monument de l'Assomption (Cherbourg)

Maitre-autel et grand retable

Vue du chœur avec le retable et le maître-autel.

Le maitre-autel et grand retable sont l'œuvre de François-Armand Fréret. Il réalise l'ensemble en 1809. Le tableau est retiré deux ans plus tard[8].

Le retable présente le Baptême du Christ par saint Jean-Baptiste, éclairé en clair-obscur par la lumière naturelle provenant de l'extérieur du mur du chevet par une cheminée couverte d'une vitre à demi-inclinée vers l'est. La sculpture est encadrée par une moulure de feuille de chêne[8].

Deux statues d'anges adorateurs en chêne veillent le tabernacle, daté de 1815. La porte représente le sacrifice d’Isaac par Abraham. Il est orné de deux hauts palmiers de sept pieds et d'une couronne de roses[8].

Jubé

Construit au XVIIe siècle, mais gênant la visibilité de ouailles, le jubé est interdit d'accès en 1761, avant d'être étançonné par François-Armand Fréret en mai 1791 lors de la visite de l'évêque François Bécherel. Le sculpteur propose le 16 octobre 1792 à la municipalité de procéder à ses frais à sa destruction, voulue depuis plusieurs décennies par les archidiacres, mais qui n'intervient qu'en janvier 1794, lors de la vague de déchristianisation[8].

Les curés

De 1466 à 1729[9], puis à nos jours[10]
  • 1466 : Jean Tustot, bachelier en théologie, curé de Cherbourg et official de Valognes ;
  • 1496 : Guillaume Bacheler, bachelier en théologie, curé de Cherbourg et official de Valognes ;
  • 1517 : Robert Le Serreur, bachelier en théologie, curé de Cherbourg et official de Valognes ;
  • 1541 : Yves Le Bailly, bachelier en théologie, curé de Cherbourg et officiai de Valognes ;
  • 1569 : Guillaume Jouan, écuyer, docteur en théologie, curé de Cherbourg ;
  • 1582 : Guillaume Nicole, bachelier en théologie, curé de Cherbourg ;
  • 1606 : Gracien Boullon, bachelier en théologie, curé de Cherbourg , mort de la peste le 15 août 1626 ;
  • 1627 : Raoul Grisel, bachelier en théologie , curé de Cherbourg ;
  • 1659 : Michel Groult, bachelier en théologie, curé de Cherbourg ;
  • 1678 : Jacques Gaudebout, bachelier en théologie, curé de Cherbourg et doyen des Iles, mort le 4 octobre 1687 ;
  • 1688 : Antoine Paté, bachelier en théologie, curé de Cherbourg et doyen de la Hague, décédé en odeur de sainteté le 21 mars 1728 ;
  • 1729 : Michel Le Héricey, bachelier, licencié en droit civil et canon, curé de Cherbourg ;
  • 1758 : Jean Paris ;
  • 1763 : Jean Le Terouilly ;
  • 1779 : Charles François Le Vacher ;
  • 1803 : Claude Ebinger ;
  • 1813 : Constant Germain Demons ;
  • 1817 : Pierre Luc Laisné ;
  • 1830 : Pierre Briquet ;
  • 1844 : Louis Aimable Vaultier ;
  • 1850 : Jean-Baptiste Le Goupils ;
  • 1851 : Paul Lepelley ;
  • 1884 : Jacques Bon Tirhard ;
  • 1886 : Jean-Baptiste Leroux ;
  • 1897 : Jean-Louis Lepetit
  • 1899 : Pierre Leprovost
  • 1917 : Alfred Poignant ;
  • 1927 : Auguste Dogon (jusqu'en 1943) ;
  • 1945 : Edmond Milcent ;
  • 1958 : Jean Bimont ;
  • 1972 : André Henry ;
  • 1981 : Michel Hervieu ;
  • 1993 : Michel Paysant ;
  • 2003 : Louis Deschamps

Les Parapluies de Cherbourg

Jacques Demy tourne la scène du mariage de Geneviève (Catherine Deneuve) dans la basilique et sur le parvis de l'édifice[11].

Bibliographie

  • Henri Jouan, « L'église Sainte-Trinité à Cherbourg », La Normandie monumentale et pittoresque, édifices publics, églises, châteaux, manoirs, etc. Manche, partie 2, éd. Lemasle & Cie, Le Havre, 1899, p. 1-5 (lire en ligne)

Notes et références

  1. 1,0 1,1 et 1,2 Site internet officiel de la ville de Cherbourg-Octeville.
  2. 2,0 2,1 2,2 2,3 et 2,4 Hippolyte Vallée, « Précis sur l'histoire de Cherbourg », in Jean Fleury et Hippolyte Vallée, Cherbourg et ses environs : nouveau guide du voyageur à Cherbourg. Cherbourg : Impr. de Noblet, 1839 - pp 74-81.
  3. Voisin La Hougue, Histoire de la ville de Cherbourg, p. 90-91.
  4. Voisin La Hougue, Histoire de la ville de Cherbourg, p. 86-88.
  5. 5,0 et 5,1 Dominique Geufroy‎, « Notice sur les restaurations de l'église Sainte-Trinité de Cherbourg », Mémoires de la Société nationale académique de Cherbourg, 1871.
  6. Voisin La Fougue, Histoire de la ville de Cherbourg (continuée depuis 1728 jusqu'à 1835 par Vérusmor), Boulanger, 1835, p. 2.
  7. 7,0 7,1 et 7,2 Jean Margueritte, Cherbourg, au gré de la mer, coll. La ville est belle, OREP, 2006.
  8. 8,0 8,1 8,2 et 8,3 Hugues Plaideux, « François-Armand Fréret, sculpteur de Cherbourg », Mémoires de la Société nationale académique de Cherbourg, tome 31, 1995.
  9. Voisin La Hougue, op. cit, p 127-28.
  10. Liste des curés de la basilique, présente dans la nef centrale de la Trinité.
  11. Sur les pas de Jacques Demy, Brochure éditée par la Ville de Cherbourg-Octeville, 2013.

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