Surcouf (NN-3)

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Le Surcouf est un sous-marin français lié au département de la Manche.

Il est construit en 1929 à Cherbourg. Il rejoint l'Angleterre et les rangs de la France libre en 1940. Il disparaît en mer en 1942.

Le Surcouf en 1935.

Caractéristiques techniques et essais

Son rôle est d'assurer le contact avec les colonies, de chercher et détruire les flottes ennemies en collaboration avec les escadres de surface et de pouvoir mener une guerre de course contre les convois ennemis.


Caractéristiques
Type de coque Sous-marin à double coque
Tonnage surface 3 304 t
Tonnage en plongée 4 218 t
Longueur 110 m
Largeur 9 m
Tirant d'eau 7,07 m
Vitesse en surface 18 nœuds
Vitesse en plongée 8,5 nœuds
Immersion maximale de sécurité 80 m
Équipage (off. + s-off. + mat.) 8 + 110
Armement 4 tubes avant de 550 mm + 2 tourelles triples comprenant un tube de 550 mm et 2 tubes de 400 mm + 18 torpilles de 550 mm + 4 torpilles de 400 mm + 640 obus + 2 canons de 203,2 mm sur tourelle double + 2 canons AA de 37 mm + 4 mitrailleuses Hotchkiss de 8 mm + 1 hydravion d'observation  [1]
Motorisation 2 moteurs Diesel de 3 800 ch + 2 moteurs électriques de 850 ch
Propulsion 2 hélices
Source : .- Caractéristiques, histoire et destin des sous-marins français

Le premier commandant du bâtiment est le capitaine de frégate De Belot (15 août 1929).

Essais du sous-marin croiseur Surcouf

1930
  • 19 décembre : première sortie en mer. Essais du moteur électrique principal (MEP).
  • 25 décembre : le capitaine de vaisseau Roquebert, frère de l’ingénieur constructeur, est nommé président de la Commission locale des essais.
1931
  • 7 mars : premiers essais des diesels.
  • 3 avril : essais préliminaires des MEP.
  • 16 avril : essais préliminaires des diesels.
  • 12 mai : passage au bassin pour la révision jusqu’au 15 mai.
1933

Le Surcouf avant la Seconde Guerre mondiale

Avant la Seconde Guerre mondiale, le Surcouf effectue de nombreuses et diverses missions. Il aura d'ailleurs de nombreux commandants à sa direction.

« C'est en 1929 que le capitaine de frégate De Belot est désigné pour armer le Surcouf. Tâche difficile, le Surcouf est un prototype. Bien des appareils sont expérimentés sur lui pour la première fois et jamais on n’a encore fait plonger un navire aussi grand. C’est le géant des sous-marins avec ses 3 000 tonnes, ses 150 marins, sa tourelle extraordinaire qui renferme 2 canons de 203 mm et ses 14 tubes lance-torpilles.

Sous l’impulsion du commandant De Belot, secondé par le lieutenant de vaisseau Baussant et d’un jeune officier qui s’appelait Ortoli, le Surcouf fut rapidement armé, effectua ses premiers essais et accomplit une longue croisière d’endurance. Le commandant De Belot a terminé sa carrière d’une manière originale. Il fut à la fois préfet des Pyrénées Orientales et Contre-amiral.

Après lui, les commandants Leportier, Derrien et Le Gouic commandèrent chacun pendant les deux années réglementaires le sous-marin qui, au cours de ses croisières en Afrique et en Amérique, faisait sensation et qui, au cours des manœuvres, se révélait un croiseur sous-marin d'une redoutable efficacité[2]. »

Le Surcouf de 1940 à 1942

Dès le début de la guerre, le Surcouf rejoint les rangs de la France libre en Angleterre, alors sous les ordres du général Charles de Gaulle.

« Au mois de juin 1940 ; le Surcouf était en Angleterre. Il fut l’un des premiers bâtiments à porter la marque des Forces navales françaises libres, et sous les ordres du commandant Ortoli, il participera activement, en liaison avec les alliés, à la recherche des corsaires ennemis dans l’Atlantique Nord. Au cours de nombreux mois de navigation en opérations de guerre, il fit preuve de magnifiques qualités d’endurance.

En décembre 1941, il faisait partie de l’expédition de Saint-Pierre-et-Miquelon.

Peu après, se rendant compte des remarquables services qu’il pouvait rendre, les alliés demandèrent à l’utiliser sur le vaste théâtre du Pacifique, où ils envisageaient une lutte dure et longue. Le Surcouf, commandé alors par le capitaine de frégate Blaisot, fut mis à leur disposition [3]. »

« Vint la guerre. Le Surcouf était en réparation à Brest sous les ordres du commandant P. Martin. Au prix d'incroyables difficultés et à l'extrême limite des possibilités, Martin put échapper aux Allemands et conduire son bateau à Plymouth. Là, on sait dans quelles douloureuses et tragiques conditions - Churchill l'a raconté sans ambages dans ses mémoires - les Anglais s'emparèrent du Surcouf à l'aube du 3 juillet 1940. Mais peu de temps après, le Surcouf redevenait français, et sous les ordres du commandant Ortoli, continuait la guerre [2]. »

La fin tragique du Surcouf

Le 18 février 1942, le Surcouf, en mission vers le Mexique, fit une rencontre fatale, au large des Caraïbes, avec un cargo... Les causes de la disparition du Surcouf ont longtemps été inconnues, jusqu'au jour où les Américains publièrent un rapport expliquant au monde entier les circonstances du naufrage.

Voici son histoire racontée par un journaliste de l'époque :

« Avec une émotion profonde, les Français ont appris, à la Libération, que le Surcouf avait disparu, corps et biens. Ils étaient fiers de ce sous-marin géant, chef d’œuvre de nos constructions navales, qui, au cours de lointaines croisières, avait montré le pavillon sur les deux rives de l’Atlantique. Le Surcouf était un redoutable et puissant instrument de combat, non seulement en tant que sous marin mais encore en tant que croiseur. [...] Son rayon d’action de 10 000 milles était largement suffisant pour accomplir trois fois sans escale la traversée du Havre à New-York.

La principale caractéristique du Surcouf était son avion. Dans un hangar spécial, semblable à un gros cylindre, placé derrière la tourelle, il y avait effectivement un petit avion de croisière, à ailes repliables, qui augmentait dans des proportions immenses les possibilités d’action du Surcouf. Les aménagements étaient particulièrement soignés, et c’est dans un confort satisfaisant que l’équipage vivait et travaillait.

[...] Au début de février, le Surcouf appareilla pour le canal de Panama. D’après les ordres de route qu’il avait reçus, il devait arriver à Cristobal, à l’entrée du canal, le 19 février. Ce jour-là à Cristobal, on l’attendit, en vain. Et le lendemain, et les jours suivants, il en fut de même. Le Surcouf jamais ne parvint à destination. On ne le revit plus. Perdu corps et biens.

En Angleterre, en France, les bruits les plus divers coururent. D’après les uns, le Surcouf avait été coulé à la suite d’un abordage avec un cuirassé américain. D’après les autres – et des récits de nombreux journalistes - il avait été, par méprise, canonné et coulé par un croiseur allié au large d’Halifax. Mais au final on ne savait rien. Et le mystère, longtemps, demeura entier. Jusqu’au jour, tout récent, où les États-Unis publièrent le rapport d’une commission d’enquête qui s’était réunie au début d’avril 1942 pour établir dans quelles circonstances le vapeur américain Thompson Lykes avait subi des avaries à la suite d’une collision. Et le rapport disait ceci :

« Dans l’après midi du 18 février 1942, le Thompson Lykes, cargo à une hélice, construit en acier, jaugeant environ 7 000 tonnes, appareillait de Cristobal pour se rendre à Cuba. Il était en partie chargé avec une cargaison de l’armée, et avait un tirant d’eau de 10 pieds 6 pouces soit un peu plus de la moitié de son tirant d’eau en pleine charge normale.

Les ordres du Thompson Lykes ne lui prescrivaient, pour se rendre à Cuba, aucune route ni aucune vitesse, si bien que le commandant adopta la route normale commerciale, de Cristobal à Guantanamo Bay (Cuba). Il lui était seulement enjoint de naviguer tous feux éteints et avec un obscurcissement total.

À 21 h 45, au reçu d'un message chiffré du Canal Zone lui ordonnant de se rendre à Cienfugos au lieu de Guantanamo, le commandant prit la route au 356, puis quitta la passerelle, laissant les instructions écrites pour la nuit, parmi lesquelles celle de l'appeler en cas d'urgence.

Il restait sur la passerelle l'officier de quart et l'homme de barre. Un matelot avait été placé en vigie, et d'autres étaient de veille avec l'armement du canon du bord.

À 22 h 30, tandis que le Thompson Lykes faisait route par nuit obscure et assez forte houle, un brillant feu blanc fut aperçu à un quart sur l'avant tribord, à courte distance. C'était un feu analogue à celui d'une lampe à main à éclats, du type courant. Le feu s'éteignit aussitôt."

Pour laisser la route libre au navire inconnu d'où il émanait, l'officier de quart donna l'ordre de mettre la barre tout à gauche. Mais, avant que le Thompson Lykes ait pu répondre à la barre, le feu apparut de nouveau, juste sur l'avant et tout près, indiquant par là au Thompson Lykes que l'autre bâtiment lui coupait la route de tribord à bâbord."

Aussitôt, l'officier de quart fit mettre la barre tout à droite, afin d'essayer de doubler le bâtiment par l'arrière, mais presque immédiatement, l'avant du Thompson Lykes entra brutalement en contact avec l'autre navire.

La violence du choc réduisit momentanément l'allure du Thompson, et c'est alors que, sous son avant, un brillant jet de flammes jaillit. Il était semblable à celui que produit l'explosion d'un combustible liquide, et on perçut l'odeur du mazout enflammé.

Le jet de flammes disparut rapidement, et on vit passer le long du bord, la silhouette d'un bâtiment, silhouette basse sur l'eau, pareille à celle d'un sous-marin, qui s'enfonça promptement sous la houle. Aussitôt après sa disparition, une violente explosion sous-marine fit trembler le Thompson Lykes, et un autre jet de flammes s'éleva à la surface de l'eau.

Le commandant du Thompson Lykes, qui avait bondi sur la passerelle, fit stopper la machine. Puis il vira de bord et revint sur les lieux de l'accident. Il alluma son projecteur et chercha jusqu'au jour. Il ne trouva rien. Pas un survivant. Pas une épave.

Au matin, il fit route sur Cristobal pour réparer ses avaries. »

La commission d'enquête conclut que le Thompson Lykes avait abordé un bâtiment inconnu, de nationalité inconnue, et qu'il en était résulté la perte, corps et biens, de ce navire et de son équipage.

Et ceci se passait à 80 miles de Cristobal. Or, dans la même nuit, au même endroit, le Surcouf devait passer. Il est donc certain, hélas ! que ce navire, c'était le Surcouf, et que cet équipage, c'était ses 150 marins[3]... »

Hommage

À Cherbourg, un monument construit sur la petite jetée honore la mémoire de l'équipage. Il est inauguré le 23 septembre 1951 par le général de Gaulle.

Notes et références

  1. Hydravion d'observation type Besson  M.B 411, d’un poids de 765 kg, moteur Salmon AC9 pouvant voler 7 heures à 130 km/h. Il fallait 30 minutes pour le sortir et le mettre en œuvre par  mer calme.
  2. 2,0 et 2,1 Le Surcouf et ses commandants, n° 333, p. 235, 16 janvier 1954.
  3. 3,0 et 3,1 Pierre Tardino, « Comment le Surcouf disparut », Cols bleus, 1947, p. 235.

Sources

  • Service historique de la défense, Département de la Marine, Cherbourg-Octeville.
  • Pierre Tardino, « Comment le Surcouf disparut », Cols bleus, 1947, p. 235.
  • Livre d'or du croiseur sous-marin Surcouf.
  • Le Surcouf et ses commandants, 16 janvier 1954, n° 333, p. 235.