Jérôme-Frédéric Perrette-Lamarche

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Jérôme Perrette-Lamarche.

Jérome-Frédéric Perrette, dit Lamarche, né à La Meauffe le 20 juillet 1779, mort à Saint-Lô le 26 décembre 1847, est une personnalité militaire et littérateur de la Manche, capitaine de frégate de son état.

Biographie

Apprentissage sur les côtes de la Manche

Mousse et novice sur le lougre Le Rayon, commandé par Gosselin du 28 octobre 1793 au 9 juillet 1797, pour la protection du cabotage dans la Manche, il soutient plusieurs combats [1].

Il devient aspirant de 1re classe le 12 octobre 1797 [2] et embarque le même jour sur la goélette L'Arc, commandée par Burnel pour une campagne jusqu'au 4 novembre 1797, suivie d'une seconde entre le 29 novembre et le 31 mars 1798. Il sert ensuite sur le transport Le Mélomane de Quentin (4-29 novembre 1798 puis 30 mai-15 septembre 1799), puis escorte dans la Manche avec l'aviso Le Pérou de L'Amoureux (23 septembre 1799-6 janvier 1800), la canonnière La Brutale de Perrée (6 janvier-14 février 1800), le transport Le Frédéric commandé par Vrac (14 février-20 juillet 1800), le lougre Le Maringouin de Gizolme (20 juillet-13 novembre 1800) [1].

Il embarque au Havre le 12 décembre 1800, sur la corvette commandée par Lambers La Serpente, d'où il passe le 29 avril suivant sur la canonnière Le Volcan.

L'attaque anglaise de Boulogne

Son commandant, Deben, met à la voile avec cinq autres canonnières pour se réunir à la flottille de Boulogne. Elles sont attaquées, devant le cap Gris-Nez, par la station anglaise. Elles se défendent courageusement sous la grêle de boulets que lui lance l'escadre ennemie forte de dix-sept voiles dont quatre bâtiments de haut-bord. Elles parviennent à destination le 28 juillet [3].

Défaite de Nelson contre Latouche-Tréville près de Boulogne, par Crépin.

Cette affaire n'est que le prélude d'un combat plus sérieux. Dans la nuit du 15 au 16 août, Nelson en personne tente d'enlever la ligne d'embossage de bateaux plats et de canonnières qui couvre le port de Boulogne à 500 toises en avant de la plage. L'apparition d'une multitude d'embarcations légères, se dirigeant sans bruit sur la flottille est signalée à minuit, à travers une épaisse obscurité ; nos canonnières s'entourent à l'instant de filets d'abordage. Bientôt, l'attaque commence avec une fureur incroyable. Le Volcan, qui porte le guidon du capitaine de vaisseau Pévrieux, est un des premiers assaillis. Les Anglais, culbutés avec pertes, reviennent à la charge ; la canonnière, abordée de tribord et de bâbord, de l'avant et de l'arrière, est enfin envahie. L'ennemi réussit à se rendre maître de la moitié du bord. Une lutte corps à corps s'engage sur le pont ; le combat est long et meurtrier. Il faut une heure entière pour exterminer les assaillants ou les jeter à la mer. Lamarche s'y distingue particulièrement. En récompense, il est mis à l'ordre du jour de la flottille par le contre-amiral Latouche-Tréville, et nommé enseigne de vaisseau provisoire le 17 août. Le Volcan est désarmé le 28 novembre [3].

Enseigne de vaisseau sur les mers de l'Inde, de l'Afrique et des Antilles

Il embarque le 24 janvier 1802, sur la corvette le Diligent. Après avoir parcouru avec la division du contre-amiral Linois les mers de l'Inde, de l'Ile de France au Malabar, du Coromandel à Java, le Diligent revient à Brest le 1er mai 1805. Sa campagne a duré plus de trois ans [3].

Il réarme le 30 août à Lorient, et Lamarche est de nouveau à bord comme enseigne de vaisseau titulaire, grade obtenu le 1er avril 1803. Le Diligent, dont le commandement est passé de Ruault à Thévenard, est une des cinq voiles composant la division de croisière aux ordres du capitaine de vaisseau Lhermite. Cette division avait parcouru les eaux des Açores, les îles du Cap-vert, la côte d'Afrique, les rives du Brésil. La prise de 50 navires de guerre ou de commerce aux Anglais avait marqué son passage. Elle était arrivée dans la mer des Antilles, lorsqu'un ouragan la surprend et la disperse. Ses bâtiments, poussés à l'aventure pendant deux jours, ne peuvent se rallier après la tempête. Ils prennent chacun une direction opposée. Le Diligent se rend à la Guadeloupe [3].

Après quelques jours passés au mouillage de la Basse-Terre, il remet à la voile vers la France. Bientôt un bâtiment de guerre apparait au vent. C'est la corvette anglaise le Renard, de 22 caronades. Elle poursuit la voile française et au bout de 60 heures de chasse, la capture au débouquement du canal entre Porto-Rico et Saint-Domingue, le 21 mai 1806 ; à 2 heures du matin. Le Diligent porte 14 canons et 2 obusiers ; il aurait pu, sinon triompher, du moins se défendre. Le capitaine Thévenard ne le veut pas. Il laisse amariner sa corvette sans brûler une amorce, comme un misérable transport chargé de farine ou de sucre. Le Diligent et son équipage sont conduits à la Jamaïque [3].

Lieutenant de vaisseau sur Le Polonais en rade de Cherbourg

Lamarche reste prisonnier de guerre pendant quatre ans. Il est échangé le 5 novembre 1810 et embarque le 23 janvier 1811 sur la corvette La Diane, l'un des bâtiments que le contre-amiral Amable Troude commande en rade de Cherbourg [3]. Nommé lieutenant de vaisseau le 28 mai 1811 [2], il passe, le 17 juin 1812, sur le vaisseau Le Polonais, de la même division, où il se trouve encore lorsque le duc de Berry arrive de Jersey à Cherbourg par la frégate l'Eurotas, le 13 avril 1814. Le Polonais, à bord duquel le contre-amiral Troude a son pavillon, reçoit le prince en rade. La Restauration va remplacer l'Empire ; tout se métamorphose en un instant. Les hommes et les choses prennent une physionomie nouvelle. Les noms changent comme les couleurs du drapeau. Le Polonais s'appellera le Lys, et il est envoyé le 15 avril à Portsmouth, où il arrive le même jour, à quatre heures du soir, afin de s'offrir à Louis XVIII pour son passage en France [3].

Les évènements n'apportent aucun changement à la position de Lamarche. Il reste sur le Lys, fait un voyage aux Antilles et ne débarque qu'en janvier 1815 [3].

Après une année de service à terre à Lorient, il embarque le 8 janvier 1816 comme lieutenant de la frégate L'Hermione. De retour à Lorient d'une campagne de dix mois au Portugal et au Brésil [3], le navire est désarmé le 30 novembre [1]. Entre temps, il est fait par le roi, chevalier de la Légion d'honneur le 28 février 1816.

L'expédition de Freycinet autour du globe

Il sert sur l'Uranie, sous le commandement du capitaine de frégate Louis de Freycinet, armée du 1er au 28 mai 1817 en rade de Toulon [1]. Quand la corvette doit partir pour un voyage scientifique autour du globe, Lamarche est choisi pour être du voyage. L'expédition part le 17 septembre. Madame de Freycinet, jeune femme de 23 ans, veut accompagner le commandant, son mari. La veille de l'appareillage, elle se rend à bord, déguisée en matelot et elle ne reprendra ses habits féminins qu'à Ténérife [3].

Le but de l'expédition est de déterminer la figure du globe, le magnétisme terrestre dans l'hémisphère australe et de faire des observations sur les questions météorologiques. La géographie occupe un rang secondaire ; cependant il donne sur cette science d'importants résultats, ainsi que sur les mœurs et les langues des insulaires de la Polynésie. L'Uranie arrive au mouillage du cap de Bonne-Espérance le 7 mars 1818 et à celui de la baie des Chiens-Marins, sur la côte occidentale de la Nouvelle-Hollande, le 12 septembre suivant [3].

Baptême de Kalanimoku, chef des îles Sandwich, à bord de L'Uranie, le 12 août 1819, par Jacques Arago.

L'expédition explore la terre d'Endracht, l'île de Dirck-Hatich's, le havre Hamelin, la presqu'île de Péron, jette l'ancre devant Coupang le 18 octobre, se porte sur Amboine, parcourt les Moluques, touche à Rawak, visite la Nouvelle-Guinée, les îles Anachorètes, celles de l'Amirauté, les Carolines, les Mariannes, relâche à Guam le 19 mars 1819, atterrit le 5 août à Owhée, l'une des îles Sandwich, passe en vue des îles du Danger, découvre l'île Rose, traverse l'archipel des Amis, reconnait les îles Howe et fait relâche au Port-Jakson à la Nouvelle-Hollande le 18 novembre. Elle reprend la mer au bout d'un mois, franchit la pointe australe de la Nouvelle-Zélande le 7 janvier 1820, poursuit sa route à l'est, se trouve en vue du cap de la Désolation et des côtes de la Terre-de-Feu le 5 février, puis double le cap Horn [3].

Le temps est affreux. L'Uranie se réfugie dans la baie du Succès, à l'entrée du détroit de Le Maire. Mais un ouragan fait dériver le bâtiment. Il faut gagner les îles Malouines ou Falkland. Le 14 février, on arrive à la Baie-Française, mais la corvette heurte une roche sous-marine qui ouvre une voie d'eau. On met les embarcations à la mer. L'Uranie échoue sur la plage dans la baie Pernetti, le 15 à 3 heures du matin. Il n'y a pas de victimes et les instruments de l'expédition sont sauvés [3].

Des avaries amènent dans la même baie le trois-mats américain Le Mercury. Freycinet l'affrète et l'achète, au nom du gouvernement. Arrivé à Montevideo, le 8 mai, Freycinet change le nom du Mercury en celui de La Physicienne. Le 13 novembre, après une courte relâche à Cherbourg, il entre au Havre où sont déchargées ses précieuses collections [3].

Capitaine de frégate puis major de marine

Direction des mouvements du port.

Au retour de cette belle expédition, Lamarche est promu capitaine de frégate et attaché au port de Cherbourg. Après avoir commandé successivement la corvette d'instruction La Zélée, puis La Bayadère, et la frégate La Clorinde de 58 canons [3], avec laquelle il commande la station de Cadix [4], il prend à Cherbourg, le 1er mars 1830, le commandement de la frégate La Melponème de 60 bouches à feu et participe à l'expédition d'Alger. Il a son guidon sur La Melponème jusqu'au 27 octobre 1830, date à laquelle se termine son service en mer [3].

Pendant les onze mois suivants, il est employé à Cherbourg comme directeur des mouvements du port, puis comme major de la marine[3].

Il prend sa retraite le 6 septembre 1842 et se retire à Saint-Lô, où il meurt le 26 décembre 1847 [3].

Il consacre ses dernières années à la rédaction d'un Dictionnaire du vieux langage ou patois des habitants des arrondissements de Cherbourg, Valognes et Saint-Lô, dont deux extraits paraissent l'un dans les mémoires de la société académique de la Manche en 1843, l'autre par la Société d'agriculture, d'archéologie et d'histoire naturelle du département de la Manche en 1851 [5].

Il est également l'auteur d’un Projet d’établissement d’une colonie pour condamnés aux îles Malouines[4].

Œuvres

  • Extrait d'un Dictionnaire du vieux langage, ou patois du pays.
  • Projet d'établissement d'une colonie de condamnés aux îles Malouines.

Notes et références

  1. 1,0, 1,1, 1,2 et 1,3 Site internet Culture.gouv..
  2. 2,0 et 2,1 Etats de services, base Léonore, Ministère de la Culture.
  3. 3,00, 3,01, 3,02, 3,03, 3,04, 3,05, 3,06, 3,07, 3,08, 3,09, 3,10, 3,11, 3,12, 3,13, 3,14, 3,15, 3,16 et 3,17 Vérusmor, Annuaire du département de la Manche, 1848, imprimerie d'Élie fils, Saint-Lô.
  4. 4,0 et 4,1 Jean-François Hamel, sous la direction de René Gautier, Dictionnaire des personnages remarquables de la Manche, tome 2, Éditions Eurocibles, Marigny, ISBN 2914541147.
  5. Louis François Du Bois et Julien Travers, Glossaire du patois normand: augmenté des deux tiers, Éditeur Hardel, 1856.