Amable Troude

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Portrait d'Amable Troude par A. Maurin.

Amable [1] Gilles Troude, né à Cherbourg le 1er juin 1762, mort à Brest (Finistère) le 1er février 1824, est un marin de la Manche

Biographie

Fils d'un mercier originaire de Gatteville, qui commerce avec les armateurs et les marins, Amable-Gilles Troude est le cadet de la famille, et apprend la petite comptabilité commerciale [2].

Il embarque comme pilotin en 1776 sur la Sainte-Catherine, navire de cabotage, et fait en 1777 deux campagnes de six mois à la Martinique sur l'Aimable-Victor [3] auprès d'un capitaine proche de sa famille, lors de la Guerre d'indépendance américaine [2].

Novice puis matelot des classes [2], il sert lors de la guerre déclarée en 1779 entre la France et l'Angleterre, sur les bâtiments de l'État [4]. Au départ de Rochefort en mai 1779, il vogue sur le Pluton jusqu'à La Corogne (Espagne)[2]. Embarqué sur l'Hercule, il participe en 1781 aux quatre combats livrés dans les Antilles par Guichen et le comte de Grasse aux amiraux Graves, Hood et Rodney, ainsi qu'à la prise de Sainte-Lucie et Tabago, et en 1782 à un combat de deux heures contre un bâtiment anglais supérieur en force, en marge du siège de Gibraltar sur le Crescent [3], [5].

« Beau fait d'arme du capitaine Troude » par Léon Morel-Fatio.

La paix de 1783 le rend à la marine marchande et fait de lui un capitaine au long-cours [4]. Revenu à Cherbourg, il participe à la construction de la digue et se marie à 23 ans à la fille d'un tonnelier, nièce de ses anciens commandants. De leur union naît un fils, Anne-François, dont le parrain est Anne-François d'Harcourt, duc de Beuvron [2].

La mort de son épouse alors qu'il est parti sur un trois-mâts à Saint-Domingue, l'incite à devenir officier et il obtient le brevet d'enseigne de vaisseau au Havre le 16 janvier 1792 [2] ou 1793[5], [3] selon les sources. Membre sur L'Achille de l'armée navale de Morard de Galles, il est nommé lieutenant de vaisseau le 2 juillet 1793 après avoir sauvé son vaisseau, démâté lors d'une tempête hivernale entre Groix et Belle-Île, en se jetant dans l'eau glacée pour couper les cordages et dégager les mâts qui menaçaient de défoncer les flancs [2].

Suivant le capitaine de vaisseau Bertrand Keranguen, il sert à partir de mars 1794 sur l'Éole, à bord duquel il assiste aux trois combats soutenu contre l'armée anglaise, dont celui du 13 prairial an II (1er juin 1794), dans lequel le capitaine est tué en soutenant l'attaque de deux vaisseaux pendant une heure [3], et le trois-ponts la Montagne résiste à six vaisseaux britanniques tandis que le Vengeur préfère couler que se rendre [5].

Après deux ans sur L'Éole dont il est premier lieutenant, il est nommé capitaine de corvette en mars 1796 et prend à Rochefort le commandement de la Bergère avec laquelle il fait diverses campagnes à Cayenne, au Brésil, et à la Guadeloupe [3]. Il se marie à Marie-Josèphe Cordier, fille de quartier-maître au Corps royal [2].

En 1799, il demande à servir en second sur un vaisseau de l'escadre de l'amiral Bruix, ministre de la Marine et ancien de l'équipage de l'Éole, qui le nomme capitaine de pavillon. Mais la réception tardive de sa mutation, lui fait manquer l'embarquement, et il reste un an à Brest. Il embarque ensuite sur le Tyrannicide, rebaptiséDesaix, dans l'escadre destinée, sous les ordres du contre-amiral Gantheaume, à transporter des troupes en Égypte [3].

De retour à Toulon, l'escadre ayant été partagée en deux divisions, le Desaix passe sous les ordres du contre-amiral Linois, qui, suite à la mort du capitaine Lalonde durant l'engagement avec l'amiral guernesais Saumarez, dans la rade d'Algésiras le 6 juillet 1801, donne à Troude le commandement du Formidable [4]. Avec la division de Linois rejoint par l'escadre par l'amiral espagnol Moreno, Troude met les voiles vers Cadix le 12 juillet, mais fortement endommagé par les combats, le Formidable est distancé par le reste de la flotte et rattrapé par l'escadre anglaise. Pour la tromper, Troude fait hisser à la corne trois feux de reconnaissance identiques à ceux de l'ennemi, lui permettant d'échapper à la canonnade et reprendre la route de Cadix. Le 13 juillet à 4 h du matin, en vue du port, il fait seul face à quatre bâtiments britanniques : le César de Saumarez, le Superbe et le Vénérable, et la frégate la Tamise. Après une lutte héroïque de quatre heures, cannonant un à un les vaisseaux ennemis, Troude entre, blessé à la tête mais victorieux, dans la rade de Cadix à 2 h de l'après-midi sous les vivas des spectateurs du combat. Le seul Venerable a perdu 300 hommes, Troude seulement 25 [5].

Promu capitaine de vaisseau le lendemain, il est appelé à Paris où il est présenté au premier consul Bonaparte qui dit en le serrant dans ses bras : « Messieurs, je vous présente l' Horace français, le brave capitaine Troude » [4].

Nommé en mars 1803 au commandement de la frégate L'Infatigable, il fait une campagne de sept mois à Saint-Domingue. A son retour à Lorient, les hostilités entre la France et l'Angleterre on repris et Troude prend le commandement du Suffren. Il quitte Rochefort en janvier 1805 au sein de l'escadre (3500 hommes, cinq vaisseaux, trois frégates et deux bricks), placée sous les ordres de Missiessy, qui, après avoir ravitaillé les Antilles françaises, attaque et dévaste les Antilles anglaises. Troude, ayant pris position sous la ville du Roseau, avec le Suffren et le Jemmapes, la foudroie avec tant de vigueur qu'il fait taire les canons qui la défendent. Devenue à Rochefort, l'escadre passe sous le commandement du chef de division allemand, avec lequel le Suffren fait la campagne qui vaut à l'escadre le surnom d'Invisible [4].

Appelé en février 1806 au commandement de la frégate l'Armide', il reçoit sous ses ordres trois autres frégates afin de se rendre au cap de Bonne-Espérance. Mais la prise de cette colonie par les Anglais annule la mission et Troude prend à Lorient le commandement du vaisseau le Courageux à la tête d'une division de deux autres vaisseauxl le Polonais et le Hautpoul, trois frégates et deux flûtes, destinée à porter des troupes et des munitions à la Martinique [3], Troude ne peut appareiller avant février 1809. Mais ayant dû mouiller avec une partie des bâtiments aux Sables-d'Olonne (Vendée), il soutient contre l'amiral Stopford un brillant et victorieux combat. Ayant repris sa route, et informé que la Martinique est bloquée par les Anglais, il entre aux Saintes le 29 mars pour y attendre les ordres du gouverneur général de Guadeloupe [4]. Aperçus par les Anglais, les vaisseaux français sont bloqués dans la rade le 14 avril par cinq vaisseaux, sept frégates et des bateaux légers aux ordres de l'amiral Cochrane. Troude réussit à forcer le passage de nuit avec ses trois vaisseaux, les deux frégates laissées au mouillage profitant ensuite de la poursuite par les Anglais pour aller jeter l'ancre à Basse-Terre. Le Hautpoul est pris par les Anglais, mais Troude longe l'Irlande et les Sorlingues, et trompe la vigilance des croisières qui bloquent les côtes de France pour entrer dans la rade de Cherbourg le 29 mai avec le Courageux et le Polonais [2], [5].

Il reçoit le commandement de la division navale de Cherbourg et est chargé de la défense du port et de la gestion de ses officiers [2]. En mai 1811, Napoléon visite cette place et monte à bord du Courageux. Ayant reconnu celui que lui-même avait proclamé capitaine, il dicte au ministre Decrès l'ordre suivant : « De par l'empereur, le capitaine Troude, au reçu de la présente, arborera le pavillon de contre-amiral et sera reconnu en cette qualité. 27 mai 1811. » [4]

Désarmé lors du déclin de l'Empire, le Courageux est réarmé en 1814, avec un équipage largement étranger, de Hollandais et Polonais. L'amiral Bickerton, commandant en chef de Portsmouth, informe Troude de la levée du blocus de Cherbourg et de la libération des prisonniers si Louis XVIII est reconnu comme souverain. Le marin accepte et fait flotter les drapeaux blancs sur l'île Pelée et la flotte, ce qui incite le duc de Berry, parti de Guernesey pour Caen, à débarquer à Cherbourg [2]. Troude, à bord du Polonais que le prince rebaptise le Lys [5], reçoit de celui-ci l'ordre de se rendre dans l'un des ports anglais pour s'y mettre à la disposition de Louis XVIII. À Portsmouth, où il arrive sur le vaisseau Le Polonais ou le Lys, il reçoit un accueil triomphal de la population et les félicitations de Bickerton. À Hartwell, Troude, qui est déjà officier de la Légion d'honneur, reçoit de Louis XVIII la croix de chevalier de Saint-Louis. Mais il n'est pas de la flotte qui accompagne le retour du roi, et regagne Cherbourg avec vingt-trois prisonniers [2].

Il rejoint sa femme à Brest, puis le 28 mars part à Paris offrir ses services à l'Empereur revenu. A l'issue des Cent-Jours, probablement du fait de cette dernière offre, il est mis à la retraite le 1er janvier 1816 [2].

Installé à Brest, il achète le manoir de Lestaridec à Guipavas (Finistère), qu'il installe à la manière d'un navire. Il meurt le 1er février 1824 [2].

Il laisse trois fils : Anne-François, né le 16 novembre 1786 à Cherbourg, capitaine de vaisseau, mort en 1844, Amable-Emmanuel, né le 8 mai 1803 à Brest, capitaine d'infanterie, et Onésime-Joachim, né le 31 janvier 1807 à Brest, lieutenant de vaisseau en 1833 [3].

Distinctions

  • Officier de la Légion d'honneur en 1804.
  • Chevalier de Saint-Louis
  • Son nom est inscrit à pars, sur l'Arc de Triomphe.

Hommages

  • Une rue perpétue sa mémoire à Brest et à Guipavas, dans le Finistère.
  • Un trois-mâts barque de 2 600 tonneaux, construit en 1897 par les chantiers Laporte à Grand-Quevilly (Seine-Maritime), porte son nom. Il sera coulé par un sous-marin allemand le 3 septembre 1917 dans le golfe de Gascogne. Le nom est repris ensuite par un cargo des Chargeurs réunis de 5 589 tonnes, construit en 1903 à Saint-Nazaire (Loire-Atlantique). Il est démoli en 1929 à Gênes (Italie).

Bibliographie

  • Joseph François Gabriel Hennequin, « Troude, Aimable-Gilles », Biographie maritime, vol. 1, Regnault éditeur, Paris, 1835, p. 365-375
  • Jean, « Le contre-amiral Troude », Mémoires de la Société nationale académique de Cherbourg, vol. XVIII, 1910
  • H. Le Marquand, Vie du contre-amiral Gilles-Amable Troude, Brest, 1934

Notes et références

  1. ou Aimable.
  2. 2,00, 2,01, 2,02, 2,03, 2,04, 2,05, 2,06, 2,07, 2,08, 2,09, 2,10, 2,11, 2,12 et 2,13 Robert Dold, « Le contre-amiral Troude », Mémoires de la Société nationale académique de Cherbourg vol. 31, 1995.
  3. 3,0, 3,1, 3,2, 3,3, 3,4, 3,5, 3,6 et 3,7 Joseph François Gabriel Hennequin, Biographie maritime ou Notices historiques sur la vie et les campagnes des marins célèbres français et étrangers, volume 1, Regnault, 1835.
  4. 4,0, 4,1, 4,2, 4,3, 4,4, 4,5 et 4,6 Louis-Gabriel Michaud, Biographie universelle ancienne et moderne, 1843.
  5. 5,0, 5,1, 5,2, 5,3, 5,4 et 5,5 Vérusmor, « Le contre-amiral Troude », Annuaire du département de la Manche, vol 11, impr. J. Élie, 1839.

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