Légende de saint Aubert

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Crâne supposé de saint Aubert. Reliquaire en la Basilique Saint-Gervais à Avranches
Troisième apparition de saint Michel à saint Aubert

Saint Aubert est une personnalité ecclésiastique et saint de la Manche, évêque d'Avranches et fondateur de l'Abbaye du Mont-Saint-Michel.

Hagiographie

L'essentiel des sources concernant Aubert proviennent de la Revelatio ecclesiae sancti Michaelis in monte Tumba, récit légendaire de la fondation du sanctuaire consacré à saint Michel, rédigé au début du IXe siècle à partir de la tradition orale[1].

Aubert est né à l'époque mérovingienne près d'Avranches, dans une famille pieuse et fort considérée, soit à Genêts, soit à Huisnes-sur-Mer.

À la mort des siens, il distribue son héritage aux pauvres et se fait prêtre. Prélat charitable et sage, il est tout naturellement élu douzième évêque d'Avranches. Pieux et solitaire, saint Aubert a coutume de se retirer au Mont Tombe pour se recueillir dans l’oraison et échanger avec les solitaires qui y mènent une vie érémitique.

Parvenu à la tête de l'épiscopat avranchin sous le règne du roi Childebert III (695-711), il aurait rêvé à trois reprises de l'archange qui lui ordonne de lui consacrer un sanctuaire au sommet du mont Tombe, à l'instar du mont Gargan en Italie, créé au Ve siècle. Hésitant par crainte d’être le jouet d’une illusion du Malin, l'homme est convaincu par la troisième apparition de l'archange qui sermonne l'évêque, lui répète l’ordre du ciel. La forte pression (« pulsatur hausterius ») évoqué dans le Revelatio se traduit dans la légende par le doigt angélique qui laisse une cicatrice profonde à la tête et un trou sur la face postérieure, du côté droit, de la relique du crâne, conservé à la basilique Saint-Gervais d'Avranches[1].

Suite à cette troisième apparition, saint Aubert n’hésite plus et se met à pied d’œuvre. De nombreuses légendes viennent enjoliver ces débuts :

La légende de l’enfant du notable de Bain.
La légende de la rosée du matin.
La légende de la femme d’Astériac .
La légende de la découverte de la source d’eau douce au pied du Mont.

La tradition veut qu'Aubert célèbre la première messe le 16 octobre 709. Il établit sur le mont une collégiale de 12 chanoines désignés dans son diocèse, pour accueillir les pèlerins. Le mont Tombe prend alors le nom de « Mont Saint-Michel au péril de la mer ».

La présence d'Aubert n'est attestée lors d'aucun concile de cette époque, ce qui a poussé Mgr Duchesne à réfuter la fonction d'évêque à Aubert[1].

Aubert meurt en 725. Conformément à son souhait, il aurait été enseveli au Mont, dans l’église paroissiale Saint-Pierre, qu’il aurait fait élevé[2].

Reliques

Selon l’Introductio monachorum, le chanoine Bernier aurait caché les ossements d’Aubert dans les combles de sa demeure, près de l'oratoire primitif, lors du remplacement des clercs par les bénédictins en 966. Un second récit, De translatione et miraculis beati Autberti, explique que les bénédictins retrouvent les ossements et les placent sur un autel dédié à la Sainte-Trinité, dans le vaisseau occidental de Notre-Dame-sous-Terre ou dans l’abbatiale des bénédictins du Xe siècle[2].

A partir de cette redécouverte, entre 1009 et 1023, les bénédictins vénèrent ce squelette d’un homme au crâne perforé par un trou pariétal, identifié comme la marque de la pression du doigt de saint Michel sur la tête d'Aubert par une réinterprétation du texte de la Revelatio[2].

Le bras disparait en même temps que l'Ancien Régime mais subsiste le crâne, grâce au maire, le docteur Guérin, qui le met à l'abri en 1791 prétextant un examen médical. Remise à la paroisse après la Révolution, la relique est toujours conservée à Avranches, dans le trésor de la basilique Saint-Gervais[1].

Des études au début du XXe siècle laissent penser à un trou provoqué par une trépanation. On imagine même que le crâne date du néolithique[3]. Mais, selon les analyses effectuées dans les années 2000, le crâne est celui d'un homme de 60 ans ou plus, ayant vécu dans les temps historiques et ayant survécu à la perforation crânienne due, si ce n'est à la sainte intervention, à un kyste épidermoïde de la voûte, une affection bénigne formant une bosse du vivant du malade. L'état de conservation laisse supposer que le corps a été inhumé dans un sarcophage[4].

Bibliographie

  • Camille Mauclair, Le Mont Saint Michel, éditions Arthaud, Grenoble / Paris, 1931
  • Marcel Lelégard, « Saint Aubert », Millénaire monastique du Mont-Saint-Michel, t. 1, 1966, p. 29-52
  • Emmanuel Poulle , « Le crâne de saint Aubert entre mythe et histoire », dans Revue de l’Avranchin, t. 76, 1999, p. 167-188.
  • Pierre-Léon Thillaud, « Le crâne perforé de Saint-Aubert », Dossier Pour la Science, n° 50, janvier 2006
  • David Nicolas-Méry, Avranches, capitale du Mont Saint-Michel, éd.Orep, 2011, pages 24-25

Notes et références

  1. 1,0, 1,1, 1,2 et 1,3 Emmanuel Poulle, « Fondation d'un lieu de culte : le Mont-Saint-Michel - 16 octobre 708 », www.archivesdefrance.culture.gouv.fr, 2008 (lire en ligne)
  2. 2,0, 2,1 et 2,2 De translatione et miraculis beati Autberti / Translation et miracles du bienheureux Aubert, Les Chroniques latines du Mont Saint-Michel (IXe-XIIe siècle), Presses universitaires de Caen et le Scriptorial – Ville d’Avranches.
  3. La Trépanation Préhistorique christianisée, Bulletin de la Société préhistorique de France, volume 7, n° 12, 1910.
  4. David Nicolas-Méry, Avranches, capitale du Mont Saint-Michel, éd.Orep, 2011, pages 24-25