Léonor Duval-Lemonnier

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Léonor Duval-Lemonnier.

Léonor Paul Henri Duval-Lemonnier, né à Carentan le 27 novembre 1891, mort à Paris, 16e arrondissement, le 26 novembre 1965 [1], est une personnalité économique de la Manche.

Du cheval au commerce de gros

Il est le fils d'Edmond Duval-Lemonnier (1856-1913) et de Marie Renouf (1864-1950).

Issu d’une vieille famille originaire de Portbail et qui, depuis des générations, élève des chevaux pour l’armée, Léonor Duval-Lemonnier est, comme son voisin cassin Jean-Nicolas Halley, un des pères fondateurs du groupe Promodès [2]

Les Duval-Lemonnier exportent beaucoup de chevaux en Angleterre. Ils ouvrent un bureau commercial à Basingstoke (Hampshire). Léonor s’en voit confier la direction en 1911. C’est là qu’il découvre les techniques de la logistique de l’armée britannique qui lui seront plus tard fort utiles. Mais, à la veille de la Grande Guerre, l’armée abandonne le cheval pour le moteur à explosion ! C’est la ruine de la famille Duval-Lemonnier. Léonor prend l’uniforme britannique pour participer à la Première Guerre mondiale [2].

Après la mort de son père en 1915, Léonor fait face à l’adversité. Quatre ans plus tard, il décide de se lancer dans le commerce en rachetant à crédit l’épicerie en gros et demi-gros d’une cousine de Carentan, Mme Gresselin [2]. L’ancien éleveur ne tarde pas à faire merveille dans son nouveau métier qui lui permet de se bâtir en vingt ans une fortune assez colossale grâce à laquelle il achète une écurie de chevaux de course et plusieurs propriétés [2]. Le génie consistait à faire facilement crédit à ses clients détaillants et, quand l’encours devenait excessif, à cause de réelles difficultés ou par inconscience, de racheter à des conditions léonines le fonds de commerce et la maison [2]. Socialement, il y avait un revers de la merveille économique car de très nombreux épiciers, ruraux et citadins, ont vécu cette mécanique implacable comme autant de tragédies familiales [2]. Il est vrai que Léonor dirige son entreprise selon les méthodes apprises auprès de l’armée anglaise dans laquelle il servit durant la guerre. Il minute lui-même les tournées de ses représentants !

Il se marie à Caen (Calvados) le 27 juillet 1920 avec Marguerite Poulain (1899-1981), qui lui donne quatre enfants : Guy, Madeleine, Jacqueline et Jean

À la veille de la Seconde Guerre mondiale, Duval-Lemonnier est devenu un des plus importants grossistes de France [2]. Sous l’Occupation, Léonor place son affaire en sommeil, mais c’est pour rebondir très vite après la Libération. En 1947, son fils Guy part aux États-Unis et revient persuadé de l’intérêt des techniques du libre-service [2]. D’abord réticent, Léonor attend de partir lui-même en tournée outre-Atlantique en 1952 pour se convaincre de l’efficacité des « volontary chains ». Dès l’année suivante, il noue des contacts avec le Groupement d’achat de la Manche (GAM) qui deviendra la chaîne Vé-Gé en 1955 [2]. C’est la lutte à couteaux tirés avec le concurrent cherbourgeois Halley qui, lui, crée en 1956 la chaîne AMI [2]. Le hache de guerre sera enterrée en mars 1961 quand, dans son manoir de Saint-Nicolas-près-Granville, Léonor Duval-Lemonnier signera avec Paul-Auguste Halley la fusion des deux groupes concurrents, fusion qui donne naissance au géant Promodès, absorbé ensuite par Carrefour [2].

Au printemps 1963, il achète 10 hectares à Saint-Pair-sur-Mer au détriment d’Émile Davy, agriculteur, père de de cinq enfants qui exploite ces herbages, et refuse tout compromis, provoquant en réaction une manifestation le 20 juillet devant son manoir de mille cinq cents agriculteurs sous le slogan « N'exploitez pas pour votre plaisir, d'autres en ont besoin pour vivre ! ». Après le saccage par ceux-ci de son domaine (il « se plaint en outre d'avoir dû faire changer quelque quatre-vingts carreaux à ses fenêtres, remonter les statues du parc sur leurs socles, et faire remettre en état la Mercedes et la 404 qui se trouvaient dans son garage »), il porte plainte contre l'un d'eux, Arsène Ameline, accusé d'avoir détériorer une batteuse à coups de masse. Il comparait en avril 1964, devant le tribunal correctionnel de Paris, le procureur de la République ayant demandé la délocalisation du procès animé par l'avocat René Floriot pour M. Duval-Lemonnier et Mes Gallot et Bouglier-Desfontaines pour la défense d'Arsène Ameline, symbole de la lutte des agriculteurs contre l'accaparement des terres cultivables par des exploitants ayant un autre métier, à l'instar du procès Gabin à la même époque [3].

Il est le père de Guy Duval-Lemonnier (1921-2002).

Notes et références

  1. Archives de la Manche (Carentan - 5 Mi 1391 - 1891 (1891-1891) - page 109 et 110/126
  2. 2,00, 2,01, 2,02, 2,03, 2,04, 2,05, 2,06, 2,07, 2,08, 2,09 et 2,10 Dictionnaire des personnages remarquables de la Manche, tome 1, Jean-François Hamel, sous la direction de René Gautier.
  3. François-Henri de Virieu, « Le procès Duval-Lemonnier pose une nouvelle fois le problème de l'accaparement des terres par des non-agriculteurs », Le Monde, 7 avril 1964.