Cas régime

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On appelle cas régime la forme particulière que prend en ancien français un nom, un adjectif, un article ou un pronom lorsqu'il a une fonction de complément dans une phrase. Il est à l'origine de la quasi-totalité des formes actuelles des noms, adjectifs et articles en français moderne.

Historique

Origine

Le cas régime est l'un des deux cas de la déclinaison en ancien français (l'autre étant le cas sujet aujourd'hui disparu à quelques exceptions près). Il résulte de la fusion progressive, en latin vulgaire puis en gallo-roman, de l'accusatif (cas du complément d'objet direct) avec divers cas obliques tels que le datif (complément d'attribution) et l'ablatif (complément d'agent, de manière, de lieu, etc.). Le cas sujet, pour sa part, continuait l'ancien nominatif latin. Il a pratiquement disparu à l'époque du moyen français, et ne susbsite aujourd'hui que dans quelques mots.

Caractéristiques

Le cas régime comporte des caractéristiques variables selon la déclinaison latine à laquelle appartenait l'étymon du mot considéré. Il concerne en majorité les noms masculins, et une petite proportion de noms féminins.

En règle générale, alors qu'au cas sujet la plupart des masculins singuliers comportent un -s final (issu des nominatifs latins en -us, -is et -es), le cas régime correspondant n'en comporte pas. On oppose ainsi li murs (sujet) à le mur (régime). Ces formes sont issues, par l'intermédiaire du gallo-roman, de celles d'un nom latin appartenant à la deuxième, troisième [1], quatrième et cinquième déclinaisons; pour les substantifs issus de la deuxième déclinaison, l'opposition sujet / régime se manifeste également au pluriel :

Cas sujet  : murs < MÚRUS < nominatif latin mūrus [2].
Cas régime : mur < MÚRU < accusatif latin mūrum [3].

Ces formes se retrouvaient inversées au pluriel :

Cas sujet  : mur < MÚRI < nominatif latin mūrī.
Cas régime : murs < MÚROS < accusatif latin mūros.

Autre exemple :

Cas sujet  : pains < PÁNIS < nominatif latin pānis [4].
Cas régime : pain < PÁNE < accusatif latin pānem.

Il n'y a par contre plus de différence sujet / régime au pluriel dans ce cas :

Cas sujet  : pains < PÁNES < nominatif latin pānes.
Cas régime : pains < PÁNES < accusatif latin pānes.

Un certain nombre de mots issus de la troisième déclinaison latine avaient dans cette langue un radical plus court au nominatif qu'aux autres cas. Cette différence morphologique se retrouve en ancien français : la place de l'accent et la structure du mot ayant influencé son évolution phonétique en gallo-roman, puis en ancien français, le couple sujet / régime finit parfois par manifester des formes très différentes. Ainsi, au singulier :

Cas sujet  : cuens < CÓMES < nominatif latin cŏmĕs.
Cas régime : comte < CÓMITE < accusatif latin cŏmĭtem.

L'accent latin se plaçait sur l'avant-dernière syllabe si celle-ci était longue, d'où un autre type d'évolution phonétique :

Cas sujet  : pastre [5] < PÁSTOR < nominatif latin pastŏr.
Cas régime : pastor < PASTÓRE < accusatif latin pastōrem.

Une mention particulière doit être faite au sujet des finales latines en , dont l'accusatif était en -ōnem, à l'origine d'une opposition / -ÓNE en gallo-roman aboutissant en ancien français à un cas régime en -on s'opposant à un cas sujet sans marque particulière. Ces finales sont fréquentes dans les mots d'origine germanique (noms propres et noms communs) désignant des personnes, et passés en gallo-roman. De la même manière, le gallo-roman utilise au féminin un couple d'origine germanique / -ÁNE, qui aboutit en ancien français à une opposition -e / -ain, même pour des mots d'origine latine :

Cas sujet  : ber < BÁRO.
Cas régime : baron < BARÓNE.
Cas sujet  : Ive < ÍVO.
Cas régime : Ivon < IVÓNE.
Cas sujet  : ante [6] < ÁMITA.
Cas régime : antain < AMITÁNE
Cas sujet  : none [7] < NÓNNA.
Cas régime : nonain < NONNÁNE [8].
Cas sujet  : Eve < ÉVA.
Cas régime : Evain < EVÁNE.

Situation actuelle

En français moderne, le cas sujet ne subsiste que dans quelques noms communs, qui désignent tous des personnes : sœur < latin sŏrŏr (le cas régime était soror, sereur < latin sŏrōrem), fils < latin filius (le cas régime était fil, normalement prononcé [fi] dans fi de garce), et un certain nombre de mots en -re issus de noms latins en -or : pâtre (latin pastor), chantre (latin cantor), ancêtre (latin antecessor), etc.

Par contre, le cas sujet s'est plus souvent maintenu pour les noms propres, et tout particulièrment dans les prénoms : c'est là l'origine du -s final de Charles, Jacques, Georges, Gilles où il est étymologique (latin Carolus, Jacobus, Georgius, Ægidius), mais aussi de Hugues ou Yves, où il est analogique (Hugo, Ivo, formes latinisées de noms germaniques). Dans certains cas, le -s a disparu : Jean, Pierre, Philippe s'écrivaient autrefois Jeans, Pierres, Philippes (en latin médiéval Johannes, Petrus, Philippus).

Attestations dans la Manche

Dans les toponymes

(à compléter au fur et à mesure)

Dans les hydronymes

(à compléter au fur et à mesure)

Dans les anthroponymes

(à compléter au fur et à mesure)

Dans les texte anciens

(à compléter au fur et à mesure)

Notes et références

  1. Pour les mots parisyllabiques, c'est à dire ayant le même nombre de syllabes au nominatif et, ici, à l'accusatif.
  2. Mot de la deuxième déclinaison.
  3. Le -m final de l'accusatif est muet dès l'époque classique.
  4. Mot de la troisième déclinaison (parisyllabique).
  5. Ce mot ne comporte pas d'-s final au cas sujet, car il n'y en a pas dans le latin pastor. Cependant, un -s a parfois été ajouté aux mots de ce type, par analogie avec les autres formes en -s, plus fréquentes.
  6. Tante.
  7. Nonne, religieuse.
  8. On a sur le même modèle pute / putain, toutes deux conservées en français moderne. La première forme n'est donc pas, comme on le pense trop souvent, l'abréviation de la seconde, mais représente l'ancien cas sujet, et la seconde l'ancien cas régime.