Vieil arsenal de Cherbourg

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Le vieil arsenal de Cherbourg est un ancien établissement militaire de la Manche situé à Cherbourg.

Sa construction commence en 1740 « dans la partie est de l'avant-port de commerce » [1], à l'emplacement des « petits établissements privés des frères Boulabert », [1]. Les terrains sont d'abord loués puis acquis par la marine pour 119 300 francs [1]. Le Service des constructions navales ouvre en 1793 [2]. Il est alors « le premier employeur de la ville » [2].

L'établissement se compose « de quatre grandes cours entourées de bâtiments » [1]. Il dispose de deux cales.

Description avant la destruction

À la fin de 1919, peu avant la destruction du vieil arsenal, un journaliste du quotidien Cherbourg-Éclair en donne la description suivante [3] :

« Mesurons dans toute son étendue le travail à exécuter pour l'entreprise à laquelle les Ponts et Chaussées ont adjugé la démolition du vieil arsenal.
Il s'agit d'abord de mettre par terre cette antique et branlante Inscription maritime tous les vents se donnent rendez-vous à la faveur de vitres étoilées par les tempêtes.
À côté, voici la caserne du Colombier, où naguère cantonnaient d'infortunés C.O.A. aux protestations indignées de tous les amis du soldat.
Puis, dans un habitacle lilliputien, voici le Service des transports maritimes, ex-Transit. Petite maison, grosses affaires. Ici, on remua l'or à la pelle , dit la chronique. Il n'y paraît guère à considérer l'état des lieux.
On assure qu'Inscription maritime et Service des transports vont aller s'installer dans l'ancienne étude de Me Énault, notaire, rue de l'Ancien-Quai. Voilà un déménagement qui, pour s'être fait attendre, n'en sera que mieux accueilli des intéressés.
Poursuivant notre exploration, pénétrons dans cette cour tranquille qui borde le bâtiment D, dont les fenêtres sont barrées de fer comme celles d'une prison. Deux hauts tas de charbon bravent les averses. Méticuleux et philosophes, deux ouvriers chinois chargent, morceau par morceau, sur un tracteur, la houille qu'il faut évacuer.
Trois vastes cuves pourrissent en plein air.
Interloquant le curieux, un petit écriteau : “Défense de fumer”, surmonte une montagne de boites de conserves anglaises vides et sans doute aussi de caisses de gargousses.
La cour voisine, exiguë et désertique, est un véritable capharnaüm où rouillent depuis une éternité une ancre gigantesque et des chaînes énormes. Puis voici, en complet état de pourriture des caillebotis, des échelles, des passerelles, des poutres, des barils, de vieux trucks enfoncés dans le sol, des hautes piles de toile goudronnée, des harasses de choux, des camions, bref tout ce que vous pouvez imaginer, et un peu plus même.
Voici le bâtiment B. C'est à celui-ci que les destructeurs se sont attaqués d'abord. C'était là qu'étaient installés l'Habillement, le campement, le couchage, le ravitaillement, le harnachement militaires, et aussi le service de la chaussure. On sait que de malins trafiquants visitèrent les magasins dépendant de l'intendance militaire qui, maintenant, disparaissent sous les coups du personnel de démolition. Où va-t-on transférer ces services, demanderez-vous ? Dans quelque caserne dont la garnison est riche et ne trouve plus l'emploi ? Détrompez-vous. On replie l'habillement, le campement, etc... au fond de la cour du vieil arsenal et l'on aménage le bâtiment C qui s'y trouve pour y établir les magasins militaires.
On peut voir dans la cour, faisant face aux vieilles tuiles précieusement entassées en vue sans doute d'une réutilisation prochaine, tout un mobilier de caserne : tables massives, bancs faisant le grand écart et tout cet attirail qui rapellerait à tout démobilisé d'assez pénibles souvenirs. Traversant la rue Louis-Philippe, nous découvrons la cour Suffren, assez vaste, où se trouve le groupement d'automobiles de la 10e région qui compte avec un dépôt d'essence une dizaine de voitures mises à la disposition des officiers de garnison. Il en existe idx autres dans l'arsenal, destinées aux autorités maritimes. Douze grands tracteurs servant au transport des ouvriers chinois complètent cette collection.
Dans la cour Suffren est également installé le service de l'entraînement physique de la 5e subdivision. Qui eût pu supposer que le sport irait se nicher dans ce que les yanks appellent les chenils de la vieille France ?
Et c'est encore la cour Duquesne d'où s'échappe une forte odeur de paille pourrie. Il y a là, en effet, une montagne de paille militaire, entassée sous une immense bâche.
Quelle idée baroque a poussé nos ingénieurs à dresser de ce quai des transbordeurs où l'étranger prend contact avec la terre française ce mur hideux contre lequel viennent se heurter les conceptions de la plus simple esthétique ! Nous préférons le croire et nous élevons contre ce nouvel et ridicule exemple de gaspillage inconscient, la plus vive protestation. »

Notes et références

  1. 1,0 1,1 1,2 et 1,3 Amiral Lepotier, Cherbourg, port de la Libération, éd. France-Empire, 1972, p. 268.
  2. 2,0 et 2,1 Fabrice Ripoll, « Cherbourg, ville-arsenal en crise », Norois, n° 190, 2004.
  3. « Les ruines du vieil arsenal », Cherbourg-Éclair, 16 décembre 1919.