Henri Lecrès

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Henri Lecrès, né à Cherbourg le 2 mars 1907, mort le 25 janvier 2005, est une personnalité politique de la Manche.

Co-fondateur de la première cellule du réseau Libé-Nord ?

Comme l’ont souligné ses proches à sa mort, Henri Lecrès aura été toute sa vie un combattant épris des idéaux de liberté, de solidarité et de fraternité [1].

Formé au sein de l'école publique d'Équeurdreville qui joue alors un véritable rôle « d’ascenseur social », Henri Lecrès n’oubliera jamais ses origines modestes du milieu ouvrier [1].

Il s’engage d’abord dans les rangs du parti communiste puis au parti socialiste jusqu’à sa dissolution en 1940. Il est d’ailleurs, à sa mort, le plus vieil adhérent actif du parti socialiste et ce, sans interruption [1].

Après son certificat d’études, obtenu à 12 ans avec la mention « très bien », reçu deuxième sur 200 candidats à l’école des apprentis de l’arsenal, il choisit par force la fonderie. En 1929, il rentre à l’école élémentaire puis technique supérieure dont il sort en 1932 avec le titre d’ingénieur ce qui lui donne la responsabilité de l’atelier de fonderie de l’arsenal, poste qu’il occupe à la déclaration de la guerre en 1939 [1].

Après la défaite de 1940, il refuse de travailler avec les Allemands et de prêter serment au maréchal Pétain, ce qui lui vaut d’être rayé de tout avancement. Avec Jean Goubert, son voisin, ami d’enfance et mentor en politique, et René Schmitt, futur maire de Cherbourg à la Libération, il crée la première cellule du réseau de résistance Libération-Nord [1]. Toutefois, cette affirmation est contredite par l'historienne Alya Aglan, spécialiste de la Résistance : « Les premiers membres qui adhèrent au Mouvement [de Libération-Nord] se rassemblent autour du professeur Jean Goubert, de René Schmitt, professeur au lycée de Cherbourg, de François Renouf, Charles Bellanger et Arthur Beuraërt, cheminots, ainsi que de l'instituteur Marcel Leclerc [2]. » Le nom d'Henri Lecrès n'apparaît pas parmi les membres fondateurs de la cellule de Libé-Nord dans la Manche. Il n'apparaît pas plus comme membre fondateur dans le livre de Marcel Leclerc La Résistance dans la Manche [3].

Muté en zone sud aux arsenaux d'Indret (Loire-Atlantique), puis de Toulon (Var), il intègre les réseaux Libé-Sud et franco-polonais F2 [1].

Revenu à Cherbourg en avril 1943, [et revenant aussi sur son refus, manifesté en 1940, de travailler avec les Allemands] il reconstitue un réseau de renseignement démantelé par les Allemands. Rendu prudent par ses expériences successives, qui ne lui ont pourtant valu aucun ennui, il structure en petits noyaux de six hommes ses équipes chargées de la diffusion du journal Libération parmi les ouvriers et de la collecte de renseignements. À l’arsenal, il s’est donné pour tâche de saboter autant que possible les ordres des Allemands. Il s’ingénie, dans des fonctions tout à fait subalternes, à allonger les délais de réparation des navires et à employer des alliages de mauvaise qualité, [sans que soit attesté le moindre impact de cette ingénieuse activité sur l'efficacité de l'action militaire des Allemands]. En 1944, sur les conseils de Maxime Leluan qui le prévient que la Gestapo s’intéresse à lui, il part se réfugier et continuer la lutte à Saint-Georges-de-la-Rivière [1].

Avec l'arrivée des Américains, il participe aux actions de la coupure du Cotentin, et fournit à l’état-major allié de précieux renseignements sur les défenses de Cherbourg et les effectifs nazis de sa zone d’influence [1]. Aucun lien avec une unité combattante américaine n'est pourtant attesté et aucun calendrier des actions mises en œuvre n'est venu documenter ces affirmations. Il n'apparaît pas que la qualité de ces renseignements soit attestée par une source militaire [elle semble plutôt reposer sur l'appréciation toute subjective que leur prêtait l'intéressé].

Il est un membre important, et très écouté, du comité départemental de Libération [1].

Il lui faudra pourtant attendre le 1er décembre 1950 pour que, par lettre à en-tête de l'Assemblée nationale, René Schmitt « responsable départemental du mouvement Libération-Nord atteste sur l'honneur que Monsieur Henri Lecrès est entré dans notre réseau en juillet 1943 (venant de Libé-Sud) après avoir pris contact avec MMrs Raymond Le Corre, Joseph Bocher et moi-même et a rempli les fonctions d'agent de renseignement (section Arsenal) à Cherbourg et dans la région du Cotentin jusqu'à la Libération ». À hauteur de « juillet 1943 », l'intéressé note en marge : « Non, le 5 mai 1943 » [4]. Dans son livre La Résistance dans la Manche, Marcel Leclerc précise, page 127, note 335, que c'est Henri Lecrès lui-même qui a informé René Schmitt assez tardivement, par lettre du 22 septembre 1953, de ses contacts en mai 1943 avec Raymond Le Corre [5][6].

Après la guerre, il suit René Schmitt au Secrétariat d’État à la Reconstruction, mais son caractère entier n’est pas compatible avec le monde politique [1].

Il occupe ensuite des postes techniques importants à l’administration du désarmement des usines de la région berlinoise, aux arsenaux de Diego-Suarez à Madagascar, au ministère de la marine à Bizerte (Tunisie), son dernier poste jusqu’en 1958. Il est dix ans encore directeur technique de la fonderie Blachère à Hussein Dey en Algérie [1].

Il passe sa retraite à Portbail jusqu’à son décès, toujours avec les mêmes convictions, humanistes et inébranlables. Injustement attaqué sur son passé de résistant, il répondait avec humour : « On ne fait pas de procès à l’âne qui vous a donné un coup de pied » [1].

Notes et références

  1. 1,00 1,01 1,02 1,03 1,04 1,05 1,06 1,07 1,08 1,09 1,10 et 1,11 René Gautier (dir.), Dictionnaire des personnages remarquables de la Manche, tome 4, éd. Eurocibles.
  2. Alya Aglan, La Résistance sacrifiée. Le mouvement « Libération-Nord », Paris, Flammarion, 1999, p. 128.
  3. Marcel Leclerc, La Résistance dans la Manche, Cherbourg, La Dépêche, 1980.
  4. Document déposé aux archives municipales de la ville de Cherbourg-Octeville.
  5. Marcel Leclerc, La Résistance dans la Manche, Cherbourg, La Dépêche, 1980, p. 127, note 335.
  6. Raymond Le Corre, dont il faut rappeler qu'il avait accepté de Vichy une nomination au conseil municipal d'Équeurdreville en mars 1941 (arrêté préfectoral du 19 mars 1941).