Abbaye Notre-Dame (Montebourg)

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Vue de face.

L'abbaye Notre-Dame de l'Étoile est une abbaye bénédictine de la Manche, située à Montebourg.

Historique

L'abbaye bénédictine

Ruines vers 1825

Aucune charte de fondation n'est conservée. Le fondateur pourrait être Richard de Reviers, dont la tombe arbore ce qualificatif, le duc Guillaume le Conquérant, a qui la tradition donne le titre, ou Roger, moine de La Croix Saint-Leufroy (Eure), premier abbé de Montebourg à qui Robert de Torigni attribue la création du sanctuaire.

La légende, retranscrite par le moine Clémence en 1448[1], affirme que deux moines savoyards, partis pour fonder un monastère dans un lieu isolé dans l'ouest de la France, longent la côte de la Neustrie jusqu'à Grandcamp (Calvados). Fatigués par leur voyage, l'un s'allonge sur la plage tandis que l'autre se couche dans une barque échouée. La barque est emportée par la marée haute, et le moine débarque à Salisbury en Angleterre, où il devient évêque. À son réveil, son compagnon, Roger, part à sa recherche le long du rivage du Cotentin puis se repose au pied d'une colline. Dans un songe, il voit une étoile lui désigner le lieu d'érection d'un oratoire sous le vocable Notre-Dame de l'Étoile, pour laquelle il sollicite l'aide des Cassins[2]. On retrouve cette légende sur trois vitraux de la chapelle du transept sud de l'abbatiale[3].

L'aventure des deux savoyards arrivée aux oreilles de Guillaume, duc de Normandie et nouveau roi d'Angleterre, le souverain donne les terres au frère Roger en 1084 pour bâtir sur son emplacement actuelle une abbaye. Plus tard, entre 1100 et 1107, Henri Ier Beauclerc confie à son connétable, Richard de Reviers, baron de Néhou, le soin d'achever l'abbaye grâce aux revenus du bailliage du Cotentin[2]. Désireux d'y installer un établissement puissant, sur les routes entre Barfleur et la baie des Veys, Guillaume autorise le monastère à fixer une population à proximité et à organiser un marché et trois foires, à la Chandeleur, l'Ascension et l'Assomption, et le dote de biens en Angleterre[3].

Roger, que Robert de Torigni dit ancien moine de La Croix-Saint-Leufroy, sans que cela puisse être confirmé, meurt le 10 ou 11 novembre 1093. Ours, précédemment sous-prieur puis prieur de Jumièges, guéri par l'intercession de saint Valentin, lui succède et poursuit l'érection de l'église[4].

Pierre puis Gautier, tous deux moines de Montebourg, accèdent successivement à l'abbatiat[4]. La dédicace est faite en 1152 en présence de Hugues d'Amiens, archevêque de Rouen, Richard, évêque de Coutances, et Rotrou, évêque d'Évreux[2]. Les biens de l'abbaye sont alors confirmés[4].

Placée sous la règles de Saint-Benoît, l'abbaye accueille de nombreux moines de Jumièges et de La Croix-Saint-Leufroy[2].

Après Richard, abbé entre les environs de 1157 et sa mort le 2 octobre 1182, la direction de l'abbaye revient à Robert, moine puis prieur de Montebourg, mort le 29 juillet 1184, Guillaume, également issu du monastère, mort vers 1211[4]. Face à l'essor du culte mariale à Montebourg, le pape Nicolas IV accorde par un bref du 23 juillet 1290, une indulgence d'un an et quarante jours, au fête de la Purification (2 février), de l'Annonciation (25 mars), l'Assomption (15 août) et de la Nativité de la Vierge (8 septembre)[3].

La Guerre de Cent ans à partir de la fin du XIVe siècle abîme les bâtiments : le chœur, le transept et la tour centrale s'écroulent[2].

Ils sont relevés après 1450, mais sont pillés le 14 juin 1562 par 2 000 huguenots qui brûlent le mobiliers[2].

Les bâtiments, devenus avant la Révolution française maison de retraite pour les prêtres du diocèse[2], sont vendus comme bien national en 1791, et utilisés pour entreposer du fourrage, tandis que l'église devient une carrière de pierres à la Restauration[2].

L'école

Le vicaire général de Coutances, François-Auguste Delamare, achète les ruines en 1842 pour y installer les Frères de la Miséricorde, congrégation créée avec le soutien de Marie-Madeleine Postel pour améliorer la présence de l'instruction catholique en milieu rural[2].

En 1892, Mgr Germain, évêque du diocèse, demande aux religieux de reconstruire la vieille abbatiale rasée. Ils sont alors une centaine, enseignant dans la Manche et au-delà[1].

La signature en 1902 des « décrets Combes », qui ferment de nombreuses écoles confessionnelles, marque le coup d'arrêt des travaux[2]. Autour d'Edme Le Saché, des Montebourgeois rachètent l'abbaye qui abrite une école normale d'instituteurs catholiques, et la redonnent aux religieux à leur retour en 1922[1].

La reconstruction reprend en 1932, époque où le chœur est achevé, les vitraux posés, les autels érigés dans les cinq absides, la chaire élevée, le pavage réalisé. L'abbatiale est achevée en 1937[1]. En 1938, les Frères de la Miséricorde intègrent la congrégation des Frères des écoles chrétiennes de Jean-Baptiste de La Salle[2].

La Seconde Guerre mondiale vient à nouveau arrêter les travaux. Le clocher doté deux tourelles encadrant la façade ne sont jamais édifiés[2]. Des familles y trouvent refuge durant les combats de la libération de la Manche[1].

À la Libération, l'institution religieuse poursuit sa mission éducative, consacré à l'enseignement général et agricole. En 1986, la communauté quitte les lieux au profit de professeurs laïcs de l'enseignement catholique diocésain[1].

Patrimoine

L'abbatiale abrite une statue de Notre-Dame de l'Étoile, vierge à l'Enfant Jésus, couronnée et tenant un sceptre, sculptée en 1893 par les ateliers Saint-Luc de Tournai, qui devient la protectrice de toutes les communautés des Frères des écoles chrétiennes le 1er mai 1960, à l'occasion d'une grande fête.

Bibliographie

  • Pierre Godefroy, « Légende et histoire à l'abbaye de Montebourg », La Normandie bénédictine au temps de Guillaume le Conquérant, Facultés catholiques de Lille, 1967
  • Éric Van Torhoudt, « L'énigme des origines de l'abbaye de Montebourg : une question de méthode », Cahier des Annales de Normandie, n° 35, 1969

Notes et références

  1. 1,0, 1,1, 1,2, 1,3, 1,4 et 1,5 « Célébration clé dans l'histoire de l'abbaye », La Presse de la Manche, 6 mai 2017.
  2. 2,00, 2,01, 2,02, 2,03, 2,04, 2,05, 2,06, 2,07, 2,08, 2,09, 2,10 et 2,11 Michel Hébert et André Gervaise, Les 15 abbayes de la Manche... et le début du christianisme, éd. Charles Corlet, 2002.
  3. 3,0, 3,1 et 3,2 « La Vierge Marie à l'honneur à l'Abbaye », La Presse de la Manche, 12 août 2017.
  4. 4,0, 4,1, 4,2 et 4,3 Véronique Gazeau, Normannia monastica : Prosopographie des abbés bénédictins (Xe-XIIe siècle).

Lien interne