Mytiliculture dans la Manche

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Moules de bouchots à Armanville-Plage à Pirou.

La mytiliculture dans la Manche

Les débuts

Le grand froid de l'hiver 1962-1963 fait geler la mer sur la côte ouest du département. Les praires et de nombreux poissons disparaissent, le secteur de la pêche est en difficulté[1]. Le directeur des affaires maritimes de Cherbourg incite les pêcheurs à développer la culture de la moule et plusieurs familles de Bricqueville-sur-Mer se lancent dans l'aventure : les Onfroy, Duclos et Lenfant[1]. Elles sont suivies par les frères Auguste et Maurice Maine, de Bricqueville, qui obtiennent des concessions à Lingreville et plantent avec une simple masse leurs quinze premiers pieux[1]. Un peu plus tard, d'autres concessions sont exploitées à Annoville[1]. Après des débuts difficiles, les pionniers investissent dans les moulières et la mécanisation de leur exploitation, leurs enfants prennent la relève[1].

Production

La Manche produit 15 000 tonnes de moules en 2013, soit le tiers de la production nationale [2].

Situation économique

En 2005, le prix du kilo de moules de bouchot avait perdu en moyenne 15 centimes d’euro. En 2007, les prix retrouvent le taux de 2004, soit un prix moyen départ-expédition de 1,65 €.

Cette chute des prix était due au mauvais rendement et à la petitesse de la coquille. Les clients ont boudé le produit et se sont tournés vers des moules d’importation, naturellement, plus grosses.

Heureusement, les taux de rendement 2006 viennent contrecarrer la mauvaise période connue en 2005.

Même si des disparités de taille persistent en fonction des lieux d’élevage, la saison 2006 est belle, les conditions climatiques hivernales pluvieuses et l’arrivée tardive des cordes de naissain, ont permis une belle pousse de coquilles avec un taux de chair optimum. Les producteurs sont contents.

En 2005, 17 500 tonnes de moules de bouchots ont été commercialisées en Normandie et 3 000 tonnes pour le Nord-Pas-de-Calais. Ce qui fait de la Normandie la première région française productrice de moules de bouchots. Les élus de la section régionale conchylicole aspirent à la mise en place d’une attestation de spécificité sur la moule de bouchot. Ce sera la reconnaissance européenne de ce mode d’élevage spécifique, qui lui donne ce caractère unique gustatif si particulier. Cette protection est en bonne voie et permettra de sanctionner la fraude.

Par ailleurs, la mise en place de la certification de conformité produit (CCP), en fin d’année dernière n’avait pas eu de véritable répercution sur les ventes, néanmoins les différentes opérations de promotions qui ont été régulièrement menées par L’organisation des producteurs normands ont porté leurs fruits. Le signe CQC a été obtenu dans le cadre d’une demande de CCP. L’adhésion est une démarche volontaire basée sur le respect d’un cahier des charges qui recouvre tout le processus de la production et de la commercialisation des moules de bouchot certifiées : captage, élevage, purification, stockage, conditionnement, expédition, transport et vente.

Les affiches « Moules de bouchots – La Belle de la mer » trônent en bonne place chez les poissonniers et dans les restaurants qui propose ce produit de qualité.

Les mytiliculteurs normands sont soumis à différents problèmes. L’impact des prédateurs n’est pas négligeable ; malgré la traque soutenue envers les bigorneaux perceurs, eiders, leurs nombre ne cesse de croître, ce qui cause des pertes sèches.

La nouvelle direction de la section régionale conchylicole, par son président Joseph Costard, prône le respect du schéma des structures qui détermine les configurations d’exploitations sur l’estran, en l’occurrence le nombre de pieux à la file. Selon lui, la remise en conformité des élevages, favorisera la croissance, du fait de l’apport supplémentaire de phytoplancton.

En ce qui concerne la pêche de la moule de Barfleur, elle a rouvert en juin 2006. Soixante-cinq bateaux licenciés de l’est-Cotentin ont entamé une campagne de quatre mois. Mais le résultat n’est pas au rendez vous. En 2005, les pêcheurs n’ont pas reconquit le marché fermé en 2003 et 2004. Et la perte a été importante. La saison 2006 s’annonce elle aussi moyenne. Le problème récurrent reste l’ensablement du produit. Des bassins de désensablement sont à l’étude pour y remédier.

Gestion à problèmes

L’élimination des petites moules, issues des chaînes de lavage, a toujours posé problème aux professionnels. Que faire de ces moules vivantes, sous tailles, non commercialisables, et surtout comment s’en débarrasser ? Le traitement dans des décharges spécialisées n’est pas réalisable en raison du coût financier trop important. Aussi la solution adoptée depuis toujours est de les remettre sur l’estran, sous la laisse de mer, afin qu’à chaque marée, le site redevienne vierge.

Pendant l’été 2002, les maires d’Hauteville-sur-Mer et Montmartin-sur-Mer déposent plainte contre X. En effet, les centres de secours sont submergés de demandes de soins pour des pieds entaillés par des coquilles de moules et les municipalités le sont par les plaintes des estivants. Naît alors une tension entre élus locaux et professionnels. Des photos sont prises, et des accusations lancées. Les services de l’État sont appelés à légiférer pour organiser « officiellement » et cadrer ces rejets.

Des autorisations d’occupation temporaire pour chaque secteur vont être alors mises en place. Huit zones d'épendage entre 2 000 m² pour Pirou jusqu’à 70 000 m² pour Agon sont décidées par un arrêté préfectoral du 17 novembre 2003. Cet arrêté a pris fin en 2005. « Cette démarche était expérimentale, il était nécessaire de mesurer l’impact sur le support. Nous avons conclu qu’il n’était pas possible de déterminer s’il y en avait un. Même si des pics bactériologiques ont été enregistrés, ils n’étaient pas contaminant aux poches tests », explique Pierre Faguet, ingénieur divisionnaire de Direction départementale de l’équipement maritime.

Lors de cette période d’autorisation, des abus ont été constatés, comme le rejet de déchets en tout genre (plastiques, coquilles d’huîtres, bulots morts), la verbalisation a mis fin à la pratique.

Le renouvellement de cet arrêté préfectoral passe par la création d’une redevance domaniale, que les usagers du site, par l’intermédiaire de la Section Régionale conchylicole, reverseront aux services de l’état, en financement du comité de suivi.

Quelques modifications ont été apportées, comme la réduction de la surface d’épandage à Agon qui passe à 50 000 m², et la suppression d’une des deux zones à Pirou. De plus, la notion de broyage avant rejet a été introduite pour éviter que les byssus des moules ne se maillent entre elles. Le broyage permettra une dissipation plus facile des coquilles sur l’estran.

Source 
Infomer, juillet 2006

Bibliographie

  • Jean-Luc Péchinot, « La moule de bouchot », Patrimoine Normand, n°105, 2018

Notes et références

  1. 1,0 1,1 1,2 1,3 et 1,4 « Il y a juste cinquante ans, les premières moulières de la Manche », Bulletin municipal de Lingreville, n° 11, 2013, p. 15-17(lire en ligne).
  2. Manche Mag', n° 42, mars-avril 2014.