Paul Foubert (1812)

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Paul Foubert.

Paul, Louis, Amédée, Foubert, né à Entrammes (Mayenne) le 21 mai 1812, décédé à Paris le 19 janvier 1886[1], [2], est un homme politique de la Manche, avocat de profession.

Biographie

Origines et débuts professionnels

Fils de Joseph Foubert, propriétaire et homme d'affaires mayennais et de Perrine Gontier, originaire de la Manche, il hérite de celle-ci du château de la Forêt à Saint-Sauveur-le-Vicomte où il passe la majeure partie de sa vie[3]. Il est également un important propriétaire forestier du département[4].

Il est envoyé jeune à Paris, auprès de son frère aîné, avoué[3]. Après ses études de droit, il exerce la profession d'avoué, au tribunal civil de la Seine[4], puis celle d'avocat[5].

Parlementaire de la Manche

Orléaniste, proche de l'opposition constitutionnelle[5], il se présente aux élections législatives de 1848 en Mayenne[6]. Après son échec, il se retire à Saint-Sauveur pour s'occuper surtout d'exploitation agricole[5].

Il est maire de Saint-Sauveur-le-Vicomte, de 1853 à 1872, et conseiller général du canton de Barneville de 1864 à 1877[7].

Candidat contre le général Meslin dans la circonscription de Cherbourg lors des élections législatives de 1863[4], alors qu'il soutient Léonor-Joseph Havin à Saint-Lô, il se présente à la mort de celui-ci, en 1868, déclarant que « convaincu que la liberté peut être obtenue sous tous les régimes, il n'était point éloigné du régime impérial, et qu'il l'aiderait dans toutes les mesures libérales qu'il prendrait, jugeant ses actes sans faiblesse et sans passion »[5]. Avec moins de 5 000 voix, il est battu par Louis Auvray, de Kergorlay et Lenoël[8].

Après la chute du Second Empire, il est élu, 11e et dernier, représentant de la Manche à l'Assemblée nationale le 8 février 1871, avec 59 725 voix sur 88 856 votants. Sur les bancs du centre droit, il vote « pour la paix, pour les prières publiques, pour l'abrogation des lois d'exil, pour le pouvoir constituant de l'Assemblée ». Il siège à la commission de décentralisation et participe aux débats sur les conseils généraux, la loi militaire, l'électorat municipal, etc[5]. En 1872, Le Petit Journal dresse son portrait[9] :

« Député de la Manche, un gros homme, content de soi, qui a une grande figure, de grands cheveux et une grande barbe. C'est un de ces gaillards récalcitrants qui ne sont jamais de l'avis de personne. Par ses opinions, par ses relations, l'honorable M. Foubert appartient au centre droit ; mais il vote avec le centre gauche. Et lorsque le centre gauche croit le tenir, alors il se retourne, et met dans l'urne un bulletin centre droit. C'est un contrariant ! Cette façon d'en user vient évidemment de la haute idée que M. Foubert a de M. Foubert. Seul contre tous, cela lui plaît et le flatte. Cent personnes pensent ainsi ; pourquoi ne penserais-je pas autrement ? Cent contre un! Voilà qui donne de l'importance à l'unité. Du reste un fort brave homme, incapable de faire du mal à une mouche. Il n'en veut qu'au traitement des employés. Il a lu dans les journaux, sous l'Empire, que chaque ministère était une espèce de Capoue ou l'on vivait grassement sans rien faire. Et comme il en est là lui-même, il n'entend pas que le même sort soit acquis aux employés. Il tonne contre les gros traitements de 1 800 fr et comme orateur, il laisse à désirer. Bien qu'il écrive ses discours, et qu'il les apprenne par cœur, à un moment donné la fureur de l'improvisation l'emporte, et alors il se promène à travers la langue française avec une désinvolture incomparable. Généralement, ses amendements sont repoussés ; mais il effraie l'Assemblée en lui jurant qu'il les représentera l'année prochaine. »

Devenu partisan de la République conservatrice et de la politique d'Aldolphe Thiers, il s'oppose vainement aux monarchistes lors la séance de nuit du 24 mai 1873, pour que la démission de Thiers soit ajournée et que la nomination d'un nouveau président de la République attende. Il siège par la suite dans les rangs du centre gauche en votant contre le septennat, contre l'état de siège, contre la loi des maires, contre le ministère de Broglie, pour l'amendement Wallon et pour l'ensemble des lois constitutionnelles[5].

En 1874, il démissionne de la mairie de Saint-Sauveur-le-Vicomte, pour protester contre la révocation par le gouvernement de l'Ordre moral des maires manchois Émile Lenoël et Hippolyte de Tocqueville, parlementaires comme lui[5]. Il retrouve sa fonction après les élections municipales de 1878[3].

Il prend la défense de l'écrivain Jules Barbey d'Aurevilly lorsque celui-ci est accusé d'atteinte à la morale publique en 1874-1875[7].

Sénateur inamovible

Porté par la gauche comme candidat, il est élu sénateur inamovible le 10 décembre 1875, le 11e sur 75, avec 355 voix sur 690 votants au 2e tour de scrutin[5]. Le Figaro le décrit ainsi à l'occasion de la première séance du Sénat en février 1876 : « Républicain et Normand. Bon pied, bon œil, bon estomac mange bien, boit sec, vote rouge. N'a parlé que le 24 mai dans la soirée, ce qui Ici a valu le Sénat trois ans plus tard. »[10]

Au sein du centre gauche, il vote en juin 1877 contre la dissolution de la Chambre des députés, s'oppose au ministère du 16 mai, soutient le cabinet Dufaure, vote en faveur des lois sur l'enseignement, de l'article 7, des lois nouvelles sur la presse et le droit de réunion, de la réforme du serment judiciaire, de la réorganisation du personnel de la magistrature (1883), de la loi du divorce (1884)[5]...

Le 8 mai 1881, il donne la majorité aux Républicains du conseil général de la Manche en étant élu conseil général dans le canton de Barneville en remplacement de Jules Besnard[11]. Il siège jusqu'à sa mort[7].

Il est le sixième immortel à mourir après la loi du 9 décembre 1886 mettant fin au mandat à vie des sénateurs par voie d'extension[1]. Mort à son domicile parisien de la rue de Varenne, il est inhumé dans le cimetière de Tirepied[3], après des obsèques le 21 janvier à Sainte-Clotilde, en présence des ministres en poste et des deux Chambres, ainsi que du général Pittié et du colonel Lichtenstein, représentant le Président de la République. Le cortège compte MM Floquet, Humbert, Le Royer, Jules Ferry, général Grévy, de Marcère, Cochery, Cazot, Andrieux, Ribot, Caubet, Madier de Montjau, Frédéric Passy, etc. et des représentants de la presse, parmi lesquels MM. Hébrard, Gaston Carle, Ed. Millaud, etc. [12]. Il laisse une fortune estimée à 400 000 francs[3].

Marié à Émilie Fourchon en 1844, il a trois enfants[3] :

Hommage

La rue du Sénateur-Foubert, à Saint-Sauveur-le-Vicomte honore sa mémoire.

Bibliographie

Pierre Leberruyer, « Il y a cent ans disparaissant Paul Foubert », La Presse de la Manche, 25 septembre 1986.

Notes et références

  1. 1,0 et 1,1 Le Temps, 21 janvier 1886.
  2. On trouve parfois 1885, comme dans Robert et Cougny, Dictionnaire des Parlementaires français, 1889, Site du Sénat.
  3. 3,0, 3,1, 3,2, 3,3, 3,4 et 3,5 Les immortels du Sénat, 1875-1918.
  4. 4,0, 4,1 et 4,2 La Presse, 11 décembre 1868.
  5. 5,0, 5,1, 5,2, 5,3, 5,4, 5,5, 5,6, 5,7 et 5,8 Robert et Cougny, Dictionnaire des Parlementaires français, 1889, Site du Sénat.
  6. Le Figaro, 20 janvier 1886.
  7. 7,0, 7,1 et 7,2 « Tout sur la Manche », Revue du département de la Manche, tome 29, n° 113-114-115, 1987.
  8. Le Figaro, 22 décembre 1868.
  9. Le Petit journal, 19 décembre 1872.
  10. Le Figaro, 6 février 1876.
  11. Le Gaulois, 10 mai 1881.
  12. Le Figaro, 22 janvier 1886.