Paul-Louis Adam

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Paul-Louis Adam, né à Carentan le 16 juillet 1816, et mort à Lodève (Hérault) le 19 mai 1849, est un magistrat.

Il devient magistrat après ses études de droit à Caen [1].

Il tente plusieurs concours à l'école de droit de Paris, notamment pour une chaire de professeur de droit romain[2].

Repéré pour ses talents par M Taillandier, secrétaire général auprès du ministre de la Justice Marie, Adam reçoit la proposition d'être nommé procureur de la République à Lodève, commune ouvrière de l'Hérault. Après un premier refus, ne souhaitant pas « s'exiler dans le Midi », il accepte par « dévouement »[2].

Promis au parquet de la Cour d'appel de Montpellier[2], sa carrière est tragiquement interrompue. Le 19 mai 1849, une sédition ayant éclaté dans la ville, il prend la tête d’une patrouille de police et se porte au-devant des émeutiers. L’un deux sort un pistolet et l’abat froidement [1].

Le Journal des débats du 27 mai revient sur l'affaire[3] :

« Vers dix heures et demie, un attroupement de dix à quinze personnes était venu chanter bruyamment sous ses fenêtres. M. le procureur de la République sortit avec l'intention de faire cesser ce bruit. Il trouva dans la rue deux gendarmes, dont il se fit accompagner, et il alla lui-même rappeler les perturbateurs, qui avaient gagne une rue voisine, à l'exécution des lois portant défense de former des rassemblemens tumultueux. On parut l'écouter il revint sur ses pas mais se défiant des dispositions turbulentes des hommes auxquels il venait de s'adresser, et croyant devoir assurer le repos de la cité par des dispositions particulières, il laissa les deux gendarmes la porte où le passage de la malle était attendu, et il se dirigea vers la mairie afin de requérir un service de patrouilles.
« Une patrouille mise à la disposition d'un commissaire de police quitta quelques instans après l'hotel-de-ville. Le procureur de la République suivait à environ cent pas de distance, et se disposait sans doute à regagner sa demeure c'est alors que le crime fut commis.
« M. Adam entrait sur la place Bransonnelle par la rue du Parc, qui y débouche à l'angle. Il avait à tourner vers la gauche pour traverser la place; la patrouille qui le précédait se trouvait déjà dans une rue adjacente. En ce moment un assassin, embusqué vraisemblablement dans l'une des deux encoignures que forme la rue du Parc tout près de la place, déchargea sur le procureur de la République, à la distance de dix à quinze pas, une arme à feu dont la forte explosion fut entendue au loin. Atteint par derrière au milieu du dos, le malheureux magistrat tomba en s'écriant, comme le rapporte une voisine Au secours ! au secours ! je suis mort ! Ce furent ses dernières paroles. Il était alors près de onze heures et demie. La nuit était obscure, aucun réverbère n'éclairait la place. Au bruit de la décharge de l'arme, quelques personnes accoururent, parmi lesquelles le commissaire de police. On trouva M. Adam gisant sans vie, au milieu d'une mare de sang, le corps fut transporté à la sous-préfecture.
« Le premier examen auquel se sont livrés les médecins a montré qu'un coup unique de fusil ou de pistolet a été tiré, et que l'arme était chargée de deux balles et d'une chevrotine. D'un côte de l'épine dorsale, la chevrotine aplatie avait peu pénétré et s'était presque logée sous la peau; de l'autre cote étalent entrées, par une seconde plaie, les deux balles qui avaient suivi un trajet dînèrent l'une était allée ressortir par la poitrine, l'autre était restée dans le corps.
« M. Adam était âge de trente-trois ans; ce jeune magistrat n'avait plus que sa mère qui habite les environs de Chartres. Il n'était pas marié, ses débuts dans la magistrature avaient été brillans. Laborieux, connaissant à fond la jurisprudence, il avait précédemment concouru à Paris pour l'obtention d'une chaire de professeur de droit romain. Il combattait avec fierté les obstacles qu'il rencontrait sur sa route, et particulièrement ceux que lui suscitaient les passions politiques. Dans ces circonstances, son langage a l'audience était d'une vive énergie dans ses paroles éclatait un dévouement absolu et courageux à son devoir. Faut-il donc voir dans M. Adam une victime des fureurs de la démagogie ?
« Les obsèques de M. Adam ont eu lieu le lundi 21, au milieu d'un concours immense de population. M.le procureur-général a prononcé sur la tombe du jeune magistrat un discours qui a fait une profonde impression sur les assistans.
« La ville de Lodeve est tranquille. Un détachement de trois cents hommes du génie y est arrive. L'instruction est commencée, et déjà les magistrats, qui ont fait preuve du plu& grand zèle, espèrent être sur la trace des auteurs de ce crime abominable. Un fait a été remarque avec douleur par la population dé Lodeve. Le lendemain de l'assassinat de M. Adam, une société d'ouvriers, célébrant une fête de corporation, a voulu défiler, musique en tête, sur le lieu même où fumait encore le sang de l'infortuné et courageux magistrat. »

Le 10 août, l'Assemblée nationale « accorde, à titre de récompense nationale, à M. Jean-Baptiste-François Adam, père de M. Paul-Louis Adam, ancien procureur de la République, tué à Lodève, le 19 mai 1849, une pension annuelle et viagère de deux mille francs réversible, en cas de prédécës, sur la tête de Mme Victoire-Justine Lebarbanchon, sa femme »[4]

Notes et références

  1. 1,0 et 1,1 Dictionnaire des personnages remarquables de la Manche, tome 2, Jean-François Hamel, sous la direction de René Gautier, ISBN : 2-914 541 14-7.
  2. 2,0 2,1 et 2,2 Journal des débats politiques et littéraires, 25 mai 1849.
  3. Le Journal des débats, 27 mai 1849. Sur Gallica
  4. La Presse, 11 août 1849. Sur Gallica

Voir aussi