Forges de Bourberouge

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L'entrée d'une galerie.

Les forges de Bourberouge étaient une installation sidérurgique de la Manche, situées à Bion, en bordure de la forêt de la Lande Pourrie.

Créées en 1794, pour la fabrication de boulets pendant la Révolution[1], elles ont cessé leur activité en 1901.

Histoire

Dessin des corons de Bourberouge,
réalisé par Camille Corot

Les mines de fer, s'étendant sur 1 322 hectares, sont exploitées dès le 18e siècle par de petites associations de paysans qui fondent le minerai sur place, « dans des fours d'argile chauffés au charbon de bois », pour le vendre aux forges de Bourberouge [2].

Le 16 octobre 1792, Philippe-Égalité, duc d'Orléans, comte de Mortain vend le domaine à M. Collet de Saint-James, maître de forge à Champsecret (Orne) qui est autorisé à construire un haut-fourneau dans la forêt de Mortain pour couler des fontes et des projectiles[3]. Le haut fourneau utilise sur place le minerai de fer et le charbon de bois fourni par la forêt.

Tombé en faillite, ce fourneau est vendu en 1801 à Jean-François Juetz d'Inglemare, Bachelier et Foubert[3] qui ne réussiront pas mieux[4].

En 1823, Athanase de Pracontal (1793-1840) (ou plus exactement Marie-Renée de Valleaux, sa première femme) en devient propriétaire. En trois ans il complète les bâtiments d'exploitation et améliore, en qualité et quantité, la production des fontes moulées qui atteint 500 tonnes au bout de dix ans[4]. En 1835, le haut-fourneau occupe « plus de 200 ouvriers » [5]. Athanase de Pracontal est très estimé de ses ouvriers, « aussi bon chimiste qu'agronome », mais ses talents ne suffisent pas à la réussite de l'entreprise qui périclite[4]. Après sa mort en 1840, son fils Armand (1816-1880) gère l'usine jusqu'en 1844[4].

En 1844, après son mariage avec la veuve d'Athanase de Pracontal , Gustave de Failly devient propriétaire du domaine[4]. Il en assume la gestion de 1848 à 1869[4]. Devenue amodiataire[6] de la mine, la Société française de mines de fer y poursuit les travaux commencés auparavant par Gustave de Failly, son propriétaire à partir de 1844[1]. Des études permettent d'y repérer un filon d'une longueur de près de 5 kilomètres, formant une couche régulière, inclinée à 38 degrés, d'une puissance de 3 mètres environ. Le tonnage potentiel est évalué, par les géologues, à 70 millions de tonnes. « Lorsque la mine sera en pleine exploitation, la production, qui n'est encore que de 15 000 tonnes, pourra atteindre 400 000 tonnes par an » [2]. Malgré la modernisation des installations et la réouverture de deux gisements, l'entreprise fait faillite à cause de l'éloignement de toute mine de houille et des conséquences du traité de commerce de 1860 avec l'Angleterre[4].

D'autre part, comme pour la mine de fer de Barenton et celle de Cambremont au Neufbourg, le développement du haut-fourneau est compromis par la difficulté d'acheminement du minerai, le port de Granville, situé à 94 km, n'étant pas aménagé pour un trafic de ce type. Alors que 70 à 80 ouvriers produisent 800 tonnes de poteries et de moulages en fonte, les forges sont fermées en 1901, le village abandonné[1] et les petites maisons ouvrières abattues entre 1904 et 1910[4].

Bibliographie

Notes et références

  1. 1,0 1,1 et 1,2 François Dornic, « L'Industrie du fer en Basse-Normandie et au Perche. », Hors-série des Annales de Normandie. Recueil d'études offert en hommage au doyen Michel de Boüard , volume I, 1982. pp. 226. (lire en ligne)
  2. 2,0 et 2,1 Louis Bruneau, L'Allemagne en France : enquêtes économiques, Plon-Nourrit et Cie, 1914 (lire en ligne)
  3. 3,0 et 3,1 J-B Lefebvre, « Bourberouge », Revue de l'Avranchin, 1910-1911, p.101-124 (lire en ligne)
  4. 4,0 4,1 4,2 4,3 4,4 4,5 4,6 et 4,7 Jean Durand de Saint-Front, Les Pracontal de Normandie : histoire et généalogie d'un rameau établi dans l'Avranchin vers 1474, 1978 (lire en ligne)
  5. Annuaire du département de la Manche, vol. 7, impr. Élie, 1835
  6. locataire exploitant