Conséquences de la Première Guerre mondiale à Cherbourg

De Wikimanche

À Cherbourg comme partout ailleurs en France, des recommandations et des restrictions préconisées ont été établies par le gouvernement français pendant la Première Guerre mondiale.

Bien qu'étant éloignée du front, la population cherbourgeoise ne peut ignorer la guerre. Le pays dans sa quasi-totalité est déclaré en « état de guerre » et la vie quotidienne des Cherbourgeois va s'en trouver affectée.

Restrictions énergétiques

Interdiction d'allumer les lumières

Toutes les maisons, tous les magasins ou autres, qu'il s'agissait des quartiers bas de la ville ou des quartiers hauts, devaient dès la tombée de la nuit (soit en moyenne vers 18 heures) jusqu'au lever du jour n'avoir aucune lumière susceptible d'être vue de la mer afin de ne pas se faire repérer par les Allemands. À cet effet, les habitants devaient empêcher le rayonnement du côté de la mer, soit en plaçant des rideaux devant les fenêtres orientées nord, soit en closant ou abaissant suffisamment les volets des boutiques, ou bien encore en badigeonnant les vitres en bleu foncé.

Ainsi, tous feux et toutes lumières, de toute nature y compris de l'éclairage public visibles de la mer, étaient interdits sur le territoire de Cherbourg. Seuls les feux servant à la transaction et ceux qui étaient reconnus indispensables par les autorités militaires et maritimes échappaient à cette réglementation. Enfin, les infractions à cet arrêté étaient constatées et les contrevenants poursuivis par la police.

Réquisitions de gaz

De nombreuses réquisitions de gaz, pour assurer tout à la fois les besoins de la Défense Nationale d'une part et les services publics et privés d'autre part, étaient organisées. Ainsi, il y avait interdiction formelle d'utiliser du gaz. A cet effet, les robinets des compteurs et toutes les canalisations publiques ou privées, hors établissements spéciaux, devaient rester fermés jusqu'au jour où un avis de l'Administration municipale en autorisait la réouverture. Tous les contrevenants étaient donc arrêtés et s'exposaient aux poursuites.

Le 28 septembre 1916 est une date parmi tant d'autres où l'usine d'éclairage, située en périphérie de Cherbourg, allait commencer à réintroduire le gaz dans la canalisation urbaine de façon progressive. Ainsi, les habitants devaient donc fermer les compteurs et les canalisations et devaient aussi s'abstenir de les ouvrir jusqu'à ce qu'ils puissent se servir de ce gaz sans inconvénients, un nouvel avis étant donné à ce sujet. D'autre part, du fait de la guerre et de ses conséquences, les prix du charbon, matière unique de la fabrication du gaz, augmentaient en dehors de tout ce qu'il était possible de prévoir. Par conséquent, les prix du gaz suivaient cette hausse.

Les inflations de l'essence et du pétrole

Pendant la guerre, en raison notamment des réquisitions pour le front, les prix de l'essence variaient de jour en jour avec un écart de prix assez conséquent. Ainsi, les habitants de Cherbourg devaient prendre connaissance des prix du marché afin d'acheter l'essence ou le pétrole au prix le plus bas. Le 4 juin 1916, le pétrole vendu par bidon de 50 litres était facturé 38,5 francs l'hectolitre et l'essence vendu également par bidon de 50 litres se vendait à 63 francs l'hectolitre. Le 6 juin 1916, deux jours après, le prix de l'essence et du pétrole était facturé respectivement 38 francs et 60 francs dans les mêmes proportions. Le 8 juin 1916, le prix du pétrole était de 47,5 francs l'hectolitre, le prix de l'essence de 73 francs. On remarque donc une hausse d'environ dix francs sur les prix du pétrole et de l'essence en seulement quatre jours. Le jour suivant, les prix baissèrent. En effet, on note une diminution de l'ordre de 5,5 francs pour le pétrole et de 5 francs pour l'essence par rapport au jour précédent. Enfin, le 12 juin 1916, le pétrole vendu par bidon de 50 litres était facturé 30 francs l'hectolitre et l'essence vendue également par bidon de 50 litres se vendait à 60 francs l'hectolitre.

De plus, toute restriction énergétique provoquait des pertes financières pour les petits propriétaires comme pour les grands industriels. Ainsi, en plus des conditions de guerre préoccupantes, la ville de Cherbourg a subi des restrictions énergétiques très handicapantes pour sa population, provoquant des difficultés de vie plus importantes.

Pénurie des combustibles : le charbon

Lors de cette guerre, Cherbourg faisait appel à des entreprises pour se fournir en charbon. Les livraisons par la route étaient infaisables ; elles avaient donc lieu par la mer, mais les Allemands coulaient tout bateau devant réapprovisionner la Triple Entente. Cherbourg fut donc en pénurie de combustibles, sanctionnant ainsi les habitants. Le maire de Cherbourg Albert Mahieu envoya alors des demandes de réapprovisionnement en combustible à l’État (ex: demandes de 100 tonnes de charbon). La ville de Cherbourg reçut ce qu’elle demanda, mais les villes avoisinantes manifestèrent pour que ce ravitaillement leur soit aussi accessible. Alors le patriotisme prit le dessus et Cherbourg vint à donner une part de ses stocks de charbon. Le manque de charbon fut donc toujours présent à Cherbourg durant cette période.

Restrictions alimentaires

Réglementation sur la viande

Pendant la Première Guerre mondiale, des réglementations sur la vente et la consommation de la viande étaient admises. Ces réglementations furent appliqués à Cherbourg d'après les décrets du président de la République française : Henri Poincaré.

Par exemple, à partir du 14 mai 1918 et pendant toute la période d'application du décret, aucun consommateur n'a pu se faire délivrer le mardi de chaque semaine une quantité de viande de boucherie (bœuf, veau, mouton, chèvre, porc frais) supérieure à 200 grammes. Les restaurants et d'une façon générale les établissements où les repas étaient pris en commun n'étaient astreints, jusqu'à nouvel ordre, à aucune règle particulière en ce qui concerne leurs achats de viande de boucherie le mardi. Toutefois, ces établissements ne pouvaient servir ce jour, à chaque repas et à chaque consommateur, une ration de viande supérieure à 100 grammes. D'autre part, l'État imposa une augmentation des prix de la viande, qui fut de plus en plus élevée au fur et à mesure du temps. Suite aux problèmes d'approvisionnement en viande, les villes dont Cherbourg prirent l'initiative d'importer la marchandise depuis l'Angleterre mais l'État en décida autrement en interdisant ce secteur commercial avec ce pays. Les problèmes en approvisionnement étaient donc importants.

Bocaux de farines.

Réglementation sur la farine

Les agriculteurs n'avaient pas le droit de moudre leurs propres grains pour leur propre consommation. Seuls les moulins autorisés en avaient le droit, sinon les grains devaient continuer leur chemin c'est-à-dire vers le front pour nourrir les soldats.

Réglementation sur les produits laitiers : beurre et fromage

Tous les produits laitiers (fromage, beurre, etc.) étaient vendus par des fermes et des laiteries. L’État a imposé une taxe sur tout produit laitier vendu mais a aussi imposé ses propres prix sur les produits.

Exemples:

  • camembert de première qualité 0,90 francs l’unité,
  • beurre ordinaire 4,50 francs et 5 francs le beurre surfin

Il arrivait que certaines personnes se mettent à frauder, mais les ventes étaient contrôlées. Et tout fraudeur fut jugé et sanctionné.

Réglementation sur le sucre

Le sucre parvenait jusqu’à Cherbourg seulement par périodes. Lorsqu’un arrivage avait lieu, tous les habitants étaient prévenus par des affiches accrochées un peu partout. Ils devaient alors passer à la mairie selon les heures d’ouverture pour obtenir un carnet de tickets. Ensuite, ils devaient faire timbrer un ticket spécialement pour du sucre, ou pour d'autres aliments. Puis, les habitants allaient présenter leur ticket aux épiceries ayant eu des livraisons. De plus, chaque personne avait une quantité de sucre bien définie, c’est-à-dire 500 grammes par personne. Toutefois, ils avaient pour ordre de ne pas tous y aller en même temps, le même jour, puisqu'en effet, le service aurait été lent et les épiciers auraient sûrement été en rupture de stock.

Recommandations financières

Les emprunts

Pendant la Première Guerre mondiale, le gouvernement s'efforçait par tous les moyens de faire adhérer la population à l'emprunt de la Défense Nationale. La ville de Cherbourg a reçu sa première demande le 23 novembre 1915. Le but était que la population souscrive à l'emprunt de l'État qui la rembourserait à un taux de 5 % après la guerre. De plus, un discours d'Alexandre Ribot, ministre des Finances de l'époque fut diffusé à Cherbourg pendant la guerre : « L'égoïsme à cette heure n'est pas seulement une lâcheté, une sorte de trahison, mais c'est encore la pire des imprévoyances. Que deviendraient ses réserves si la France était vaincue ? Elle serait la rançon de la défaite au lieu d'être le prix de la Victoire. » Pour pousser les Français à souscrire à l'emprunt, l'État garantissait le meilleur et le plus sûr des placements, garanti par la signature de la France.

Sources

  • Archives de Cherbourg-Octeville