Émilienne Fréret

De Wikimanche

(Redirigé depuis Émilienne Maugé)

Émilienne Maugé, née Fréret à Appeville le 27 octobre 1913, est une personnalité de la Manche.

« Avec la solidarité des bouillous de Gorges »

Émilienne Fréret ne soupçonnait pas un seul instant lorsqu‘elle arrive, à 10 ans, « petite bonne » chez Henri Bulot à la ferme de la Valaisière à Gorges qu’elle aurait une vie bien remplie, marquée par un de ces faits divers qui n’arrive (fort heureusement) que rarement mais qui lui vaudra la solidarité et la reconnaissance de la population de sa commune, Gorges.

La première partie de sa modeste vie se déroule aux côtés de son mari Alfred Maugé, de manière classique, dans une petite ferme de Gorges où l’activité principale de l’automne, autour de quelques vaches, est de faire le cidre au pressoir traditionnel et de bouillir comme tout un chacun… [1]. Nous sommes alors dans les années 1950 et à cette époque la « goutte » est un sujet avec lequel on ne plaisante pas !

Le samedi 21 octobre et surtout le mardi 24 octobre 1950, vont bouleverser la vie du couple Maugé. Un contrôle (inopiné ?) d’une brigade des « indirects » fait découvrir « quatre bidons de goutte » dans le véhicule de deux « Gorgions » [1]. Les bidons sont déposés chez le buraliste de Gorges, M. Cavey. Le dimanche, tout le monde en parle. Le mardi suivant, lorsque les douaniers viennent chercher les bidons, toute la commune est là, la révolte gronde [1]. On fait même sonner le tocsin… à deux reprises ! [1]. Les fonctionnaires sont pris à partie, frappés, et le drame survient : le buraliste, François Cavey, meurt d’une crise cardiaque provoquée par l’émotion. La foule se calme, mais l’affaire prend une tournure judiciaire avec reconstitution des incidents [1].

Alfred Maugé est reconnu (à cause de ses petites moustaches ?) par les douaniers comme l’un des « activistes » [1]. Il lui en coûte 11 jours de prison, amende et déchéance de ses droits civiques, lui qui est un conseiller municipal assidu [1]. La population locale qui sait qu’il n’est ni plus ni moins responsable qu’aucun autre habitant de la commune, se solidarise en se cotisant pour payer l’amende et les frais de justice et en envoyant Émilienne au conseil municipal à l’élection qui suit, jusqu’à ce qu’Alfred retrouve ses droits en 1965 [1]. La tension s’apaise avec les années et Émilienne vivra jusqu’à 91 ans avec l’estime de sa commune qui considérait cette femme au caractère bien trempé comme la mémoire vivante locale [1]. Il faut dire aussi que son Alfred était le croque-mort de la commune, et, à ce titre, connaissait toutes les familles et leurs petits secrets.

Notes et références

  1. 1,0, 1,1, 1,2, 1,3, 1,4, 1,5, 1,6, 1,7 et 1,8 Dictionnaire des personnages remarquables de la Manche, tome 4, sous la direction de René Gautier.